Le 18 juin 2009 est paru dans le journal "La Croix" (comme par un heureux hasard juste avant l'Année Sacerdotale que Benoît XVI vient d'ouvrir avec une magnifique lettre à lire absolument !) un sondage Sofres disant qu'une majorité de "catholiques" serait favorable à des femmes prêtres ou au mariage des prêtres. Or, vouloir que les femmes puissent être prêtres, ou vouloir que des prêtres puissent être mariés atteste d'une grave perte de la notion de sacerdoce chez des fidèles qui se disent catholiques. Nous ne savons plus, aujourd'hui, ce qu'est le ministère sacerdotal…
 
 
 
 
La prêtrise, contrairement à ce que croient de nombreux fidèles, n'est pas une "fonction" : elle est un "état" de vie librement accepté et assumé. Quand un homme se marie, il choisit librement un état de vie qui implique pour lui d'assumer les fonctions d'époux, de père, d'éducateur des enfants... etc. On ne choisit pas de devenir époux ou épouse comme on choisit d'être boulanger ou fraiseur... Il en est de même pour la prêtrise au sens catholique du terme : la prêtrise est d'abord un état de vie accepté et non une fonction qui donnerait des droits ou des privilèges. Or la prêtrise, en tant qu'état de vie, oblige à deux choses : une disponibilité totale dépassant le cadre d'une famille, et une vie identifiée à celle du Christ. Cette identité est telle, que le prêtre, à la Messe, dit bien : "ceci est MON Corps..." et non pas "ceci est le Corps du Christ". "MON" : le prêtre est ici totalement identifié à Celui dont il est le ministre. Certes, si l'on perd ceci de vue, alors le prêtre devient un homme comme les autres : il peut se marier, et le jour où il est fatigué ou malade, il pourra demander à sa femme d' "animer" la messe à sa place... S'il ne s'agit que d' "animer"... Mais selon l'enseignement reçu du Christ et transmis par l'Eglise fidèle à la Foi reçue des Apôtres, ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit : un homme ne choisit lui-même pas d'être prêtre. C'est l'Eglise, par le biais de l'évêque, qui le choisit et qui l'invite à dire un "oui" définitif à l'appel qu'il a un jour entendu. Ce "oui" répondu à l'invitation de l'évêque doit être une réponse libre et responsable qui nécessite une réflexion préalable et une grande maturité. C'est cette maturité qui fait que l'homme qui répond "oui, me voici" accepte de s'associer pleinement au ministère de Jésus. Ce n'est pas une association qui dure 35 heures ou qui ressemblerait à un Pacs - on vit ensemble mais sans qu'il soit question de fidélité -, mais c'est une alliance qui saisit toutes les composantes de la vie humaine : amour humain, affection et sexualité y compris. Toutes ces notions ont été perdues de vue à partir du moment où les prêtres se sont habillés comme tout le monde, ont voulu se fondre dans la masse, se sont mis à célébrer une Messe qui ressemblait de plus en plus à un simple happening, ont semblé de moins en moins occupés à prier, de moins en moins préoccupés par les choses essentielles de la foi, et de plus en plus accaparés par des réunions... généralement aussi épuisantes que stériles. Alors oui : si l'exercice du sacerdoce se limite à gérer le bien matériel des paroisses et à animer des réunions, ou à faire un vague travail de psychologue auprès des gens, une femme peut être prêtre : elle exercera la "fonction" aussi bien que n'importe quel homme... et peut-être même mieux. Mais le prêtre n'est pas un "fonctionnaire" paroissial ! Il n'est pas qu'un gentil organisateur de kermesses. Le prêtre est avant tout "en état permanent de représentance de Dieu". Il est le "représentant de Dieu sur la terre", disait-on autrefois. Ce qui est exact mais a été perdu de vue dans nos sociétés matérialistes où la foi se dilue et où les connaissances religieuses se font de plus en plus vagues. Cette notion de l' "état sacerdotal" est tellement enracinée dans la foi chrétienne, tellement au cœur de l'enseignement même du Christ, que l'Eglise a toujours su qu'un prêtre, même mécréant, incroyant, voleur, libidineux... célèbre validement les sacrements dès lors qu'il a l'intention de faire ce que veut faire l'Eglise. C'est bien la preuve que le prêtre ne s'appartient plus : il est l' "instrument" par lequel Dieu agit au milieu des hommes. [...]

Si le Christ a voulu que son sacerdoce ministériel soit exercé par des hommes (cf : Lettre Apostolique "Ordinatio Sacerdotalis", Jean-Paul II), ce n'est pas à nous de faire en sorte qu'il soit exercé par des femmes. Non pas qu'une femme soit moins compétente qu'un homme, mais simplement parce que l'homme et la femme ont vocation à exercer des fonctions différentes qui ne doivent pas être confondues si elles veulent pouvoir s'enrichir par leur complémentarité. En instituant le sacerdoce, au cours de la dernière Cène, Jésus a expressément demandé que le Saint-Sacrifice de la Messe soit célébré par des hommes. Il ne revient ni à l'Eglise, ni à chacun d'entre nous, de trahir la volonté du Maître en falsifiant Son enseignement. C'est ainsi : dans le projet de Dieu pour l'humanité, l'homme et la femme n'ont pas une nature interchangeable, et le sacerdoce ministériel accompli au nom et à la place du Christ n'est pas réductible à l'exercice d'une charge de façon asexuée.
On répond que, pourtant, chez les protestants, les femmes peuvent être pasteurs et que les pasteurs peuvent se marier. Cet argument que l'on trouve souvent dans la bouche de fidèles catholiques, montre la méconnaissance qu'ils ont de leur propre religion. Dans le Protestantisme, la notion de sacerdoce ministériel - de prêtrise - n'existe plus. Le pasteur n'est pas un prêtre : il est un lecteur-prédicateur dont la compétence est affirmée par le port de la toge du théologien. Martin Luther avait d'ailleurs bien vu les choses. En bon théologien, il savait parfaitement quelle doit être la spécificité du sacerdoce ministériel. Mais comme il estimait cette spécificité trop exigeante - à tous les points de vue -, il a supprimé la notion de prêtrise. Du coup, il a été obligé de supprimer aussi certains sacrements : dans le protestantisme, il n'y a plus ni Eucharistie, ni Pénitence, ni Sacrement des Mourants... Ayant aboli le sacerdoce ministériel Martin Luther se devait, en toute logique, de supprimer la "messe papiste". Il l'a remplacée par la Cène, qui n'est pas, comme chez les catholiques, la réactualisation du Sacrifice du Calvaire, mais simplement une façon de faire mémoire d'un fait passé, de manière totalement symbolique. Alors que le prêtre catholique donne la communion en disant à chaque fidèle "le Corps du Christ", ce qui est une claire affirmation de la réalité eucharistique, le pasteur protestant donne le pain et le vin en ne disant rien, laissant chacun libre d'y voir le symbole qu'il veut. (On peut ici souligner que, de bricolages liturgiques en bricolages liturgiques, la réalité de l'Eucharistie est devenue moins affirmée chez les catholiques, ce qui fait que de plus en plus de fidèles qui vont à la Messe reçoivent aujourd'hui la communion à la façon des fidèles protestants, sans voir dans la Sainte Hostie autre chose qu'un symbole...).

En conclusion, on peut dire que s'il y a actuellement tant de confusions touchant à la notion de prêtrise (et aussi tant de réactions épidermiques dès qu'un évêque remet les choses à leur place concernant un curé vivant en concubinage), c'est parce que les bricolages liturgiques ont conduit les fidèles catholiques à penser que désormais, chacun pouvait se fabriquer une religion à la carte, celle qui nous arrange, avec un peu de ça et un peu de ci, en fonction des modes : des femmes-prêtres ? Pourquoi pas. Des prêtres concubins ? Pourquoi pas. Des prêtres homosexuels ? Bah, du moment qu'ils s'aiment... Or on ne construit pas la Foi Catholique en l'adaptant aux tendances du jour : les Evangiles n'ont pas été écrits après consultation de Madame Soleil, et le relativisme n'est pas le propre d'une religion cohérente capable de guider les hommes dans les difficultés de la vie.
 
 
 
 

commentaires

yves 07/11/2009 23:56


Soit! Je respecte bien sûr votre position, mais je ne pensais pas que je m'étais acharné, comme vous le dites; défendu, oui, sans doute...
Bonne nuit.


yves 07/11/2009 22:49


Je vous propose de voir que le mot célébration a un sens plus large que celui que vous vous obstinez à voir comme le seul... Quand on proclame, dans la prière eucharistique "Nous célébrons le
mystère de la foi", que disons-nous? Premièrement, on dit "nous" - c'est donc une action commune au prêtre et aux fidèles, et puis il est clair (et c'est une acception parfaitement "catholique")
que le verbe célébrer est utilisé dans un sens plus large que le sens de "faire une action performative", en l'occurence celle de la transubstantiation. Célébrer veut dire faire mémoire, fêter,
honorer, ici. Il est faux de restreindre son sens à "agir", tout comme il est faux de dire qu'une célébration n'est qu'une action performative que, pendant la messe, seul le prêtre accomplit. Les
fidèles célèbrent le mystère de la foi tout autant que lui.


Admin 07/11/2009 23:51


Bon, écoutez, on ne va pas se chamailler pour des mots. C'est votre position, je la respecte. Respectez aussi la mienne. J'ai peut-être poussé un peu fort dans mon "tatillonnement", mais de votre
côté, je trouve très bizarre aussi votre acharnement pour un mot qui, dans le fond, ne change pas grand chose dans l'action proprement performative du prêtre seul (qui ne se résume pas du tout à la
transsubstantiation, contrairement à ce que vous dîtes) lors de la Messe.


yves 07/11/2009 18:31


Lorsque "les fidèles offrent à Dieu la victime divine, et s offrent aussi eux-mêmes avec elle", que célèbrent-ils? Ils célèbrent le don que chacun individuellement et l Eglise collectivement fait
au Seigneur. Ils célèbrent le mémorial que Jésus leur a demandé de faire à sa suite, et ils participent en tant que peuple sacerdotal au sacrifice opéré par le prêtre en tant que ministre. LG
écrit:" ils prennent leur part originale dans l action eucharistique. Peut-être limitez-vous par trop cette action eucharistique à la seule transubstantiation? Car celle-ci est le coeur du
sacrifice, mais autour d elle, en quelque sorte, se trouvent célébrés tous les autres mystères de l Eglise: communion, pardon, rédemption...


Admin 07/11/2009 19:22


Non, toute célébration implique une "performation". Les fidèles n'ont pas accès à cette "performation". Ils ne peuvent donc pas "célébrer" dans le sens catholique du terme, c'est-à-dire être performatif dans l'action sacrificielle. Je vous assure que si le Concile Vatican II via Lumen
Gentium utilise des termes bien précis, ce n'est pas par hasard. Donc ce n'est pas à nous de les changer.


yves 07/11/2009 16:37


Mais la participation des fidèles à la célèbration eucharistique n'est-elle pas quand même une célébration, selon leur sacerdoce propre? Comment comprenez-vous le sacerdoce des fidèles qui
participent à l'eucharistie en tant que membres du corps du Christ?


Admin 07/11/2009 17:01



Une célébration non performative alors ? Mais pour moi, le mot "célébration" est synonyme "d'action". Je ne connais pas de célébration - dans le sens catholique du terme - qui "n'agit" pas en
elle-même. Et encore une fois, le seul qui agit (pendant le Saint-Sacrifice de la Messe), d'un point de vue strictement performatif, c'est le prêtre, pas les fidèles. Mais peut-être n'avez-vous
pas la même définition que moi du mot célébration...



yves 07/11/2009 15:03


Je suis d'accord avec vous. Cependant, je pense que vous devez admettre que les fidèles célèbrent l'eucharistie, au cours de la messe, à leur niveau, selon leur ordination propre. Ce n'est pas
qu'une question de mot: car si vous excluez les fidèles de la célèbration, d'un véritable concours eucharistique, vous mettez à bas une part importante de la théologie catholique de l'Eglise telle
que Vatican II l'a réactualisée. Avant, on pouvait penser que l'action eucharistique était surtout le fait du prêtre qui, dos aux fidèles, intercédait pour eux, en quelque sorte. Depuis Vatican II,
il convient d'insister sur le fait que le prêtre est au service de l'Eglise qui, toute entière, fait face au Christ, le seul qui, en rigueur de termes, agit dans le sacrement. Rappellez-vous en
effet les paroles de la Prière eucharistique: "Nous te prions, Père tout-puissant, envoie ton Esprit sur ce pain et ce vin afin que le Christ Jésus réalise au milieu de nous la présence de son
corps et de son sang". Le fait que le prêtre a pour mission d'être le "sacrement du Christ tête", ne retire pas que cette tête n'est rien sans le corps qui est l'Eglise.


Admin 07/11/2009 16:17


Il faut être précis dans les termes. "L'ordination" n'existe que pour le Sacerdoce ministériel.
Idem, vous ne pouvez pas parler de "célébration" pour les fidèles mais de "participation".


yves 07/11/2009 12:23


Bonjour,

Je relis Lumen Gentium (n°11): "Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils (les fidèles) offrent à Dieu la victime divine, et s'offrent eux-mêmes avec
elle; ainsi, tant par l'oblation que par la sainte communion, tous, non pas indifféremment, mais chacun à sa manière, prennent leur part originale dans l'action eucharistique." Voilà
l'explicitation du "concours" des fidèles à l'eucharistie mentionné dans le n° 10 que vous avez l'air de réserver si exclusiment au prêtre. Si ce concours n'est pas lui aussi une célébration, je ne
sais pas ce qu'elle est. S'il est dit (n°10) que "les fidèles concourent à l'offrande de l'eucharistie", il y a là célébration commune. Non pas identique, j'en suis bien d'accord, mais certainement
commune.


Admin 07/11/2009 13:14


Je n'ai pas nié que les fidèles "concourent à l'offrande eucharistique". Je dis juste - conformément à la doctrine catholique - qu'ils ne célèbrent pas dans le sens que c'est le prêtre seul qui
fait et célèbre "l'action performative" du Saint-Sacrifice Eucharistique. Les fidèles n'ont pas ce pouvoir. Ils ne peuvent que "concourir" à l'action eucharistique selon leur état propre. Ils n'ont
aucune "performativité".


millou yves 05/11/2009 17:11


"Contrairement aux coutumes de l'époque": que voulez-vous dire? La Palestine du temps de Jésus ne l'aurait guère incité à choisir des apôtres de l'autre sexe...

Quant au sacerdoce des fidèles, il est effectivement différent de celui du prêtre, mais il n'en demeure pas moins un sacerdoce, conféré par leur baptême, ne l'oubliez pas. Or, si le baptisé est
prêtre de par son baptême, vous ne pouvez pas décider qu'il ne fait que "participer" à la messe. Il célèbre bel et bien.

Maintenez-vous que Jésus a "expressément demandé à ce que ce soit des hommes qui célèbrent le sacrifice de la messe"?
Merci.


Admin 05/11/2009 17:25


A l'époque, les groupes de juifs étaient mixtes.
Non, les fidèles ne célèbrent pas. Relisez Lumen Gentium.
Jésus a choisi seulement des hommes pour apôtres. Aucune femme.


millou yves 05/11/2009 14:57


Bonjour,

Vous écrivez: "le prêtre est ici totalement identifié à celui dont il est le ministre." Même si vous faites attention de distinguer le moment bien particulier de la consécration, où le prêtre est
uni à Jésus-Christ, vous semblez faire comme si ce n'était pas le cas des membres de l'assemblée: or ceux-ci célèbrent tout autant le sacrifice de la messe. En affirmant trop unilatéralement la
spécificité du prêtre, ne risquez-vous pas de l'isoler, alors que sa mission n'a de sens que pour l'Eglise rassemblée?
Vous dites par ailleurs que Jésus a expressément demandé au cours de la dernière cène que le sacrifice de la messe soit célébré par des hommes: non, il n'a pas demandé cela; il a dit: "faites ceci
en mémoire de moi." C'est l'Eglise, à sa suite, qui a pris la décision de n'ordonner que des hommes. Ne mélangeons pas tout! Si vous modifiez l'évangile à votre guise, comment voulez-vous après
vous être crédible sur le reste (et pourtant l'ensemble de votre message est important).
Merci.


Admin 05/11/2009 15:21


Jésus-Christ a choisi que des apôtres hommes (contrairement aux coutumes de l'époque). La vocation de la femme est tout autre. (Cf : Ordinatio Sacerdotalis ; Mulieris Dignitatem). L'Eglise décide
ce que l'Esprit-Saint lui dicte par la Tradition. Par ailleurs, l'essentia et la hiérarchie du sacerdoce commun des fidèles diffèrent de celui du sacerdoce ministériel (cf : Lumen Gentium N°10).
Contrairement à ce que vous dîtes, les fidèles ne célèbrent pas. Ils participent seulement. Seul le prêtre accomplit le Sacrifice.


e 07/05/2007 11:53

"chercher à paraitre, c'est faire disparaitre Jésus" disait le Père E.Poppe et c'est vrai que lorsque le prêtre célèbre et vit la liturgie comme cela lui est demandé sans vouloir faire plaisir à untel mais en étant tout à Jésus, alors et surtout au moment de la consécration, on ne voit plus qu'une seule âme et un seul corps et c'est magnifique ; j'ai la grâce de connaitre cela.

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