Auteur d’un ouvrage sur la franc-maçonnerie, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, rappelle que pour l’Eglise, on ne peut pas être à la fois catholique et membre d’une loge maçonnique. « Peut-on être chrétien et franc-maçon », tel le titre d’un ouvrage publié l’an dernier aux éditions Salvator et écrit par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Notre entretien avec Mgr Rey : 

 
 
 
 


1. Mgr Dominique Rey, dans le nouveau code de droit canonique l’Eglise ne parle plus de la franc-maçonnerie. Le jugement de l’Eglise a-t-il changé à son sujet ?
Le 26 novembre 1983, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, par son préfet qui était alors le cardinal Josef Ratzinger a fait une mise au point sur la Franc-maçonnerie. Cette déclaration a été approuvée par le pape Jean-Paul II. Elle dit ceci : « On a demandé si le jugement de l’Église sur les associations maçonniques était changé, étant donné que dans le nouveau Code de droit canonique il n’en est pas fait mention expresse, comme dans le Code antérieur. Le jugement de l’Église sur les associations maçonniques demeure donc inchangé […] et l’inscription à ces associations reste interdite par l’Église ».
 

2. Quels sont les éléments de l’enseignement maçonnique de base que l’Eglise trouve incompatibles avec la foi catholique ?
La franc-maçonnerie, qu’elle soit opérative ou spéculative, est de type gnostique (la gnose est une hérésie déjà condamnée par St Irénée au IIème siècle et que l’on retrouve dans tous les ordres initiatiques). Elle prétend donner à ses adeptes une formation ésotérique, enseignement secret qui révèlerait le sens caché de l’univers. Tous les rituels font miroiter aux yeux des initiés l’acquisition d’une « Tradition primordiale », et d’une « Lumière » qui, au mieux, est celle de l’intelligence humaine, mais en aucun cas, celle de la Transfiguration en Christ.
 

3. Comment peut-on concilier cette nécessité d’attester notre foi avec l’interdiction, faite à l’intérieur de la loge, d’aborder les problèmes religieux ?
La condamnation de l’Eglise porte sur l’ésotérisme, c’est-à-dire le fait de transmettre la doctrine à un cercle restreint d’initiés. Le goût pour les doctrines secrètes a toujours été perçu comme inconciliable avec l’Evangile. Dans l’Eglise catholique, il n’y a pas d’enseignement secret. La doctrine de la foi chrétienne est accessible à tous. Le christianisme est la Révélation de l’amour de Dieu manifesté en son Fils Jésus-Christ. Il ne voile pas. Au contraire, il dévoile.
 

4. Quelles sont les conséquences théologiques de cette incompatibilité ?
Elles sont multiples. Par exemple, le christianisme comporte un certain nombre de dogmes qui sont autant de « fenêtres » ouvertes par la lumière de la foi sur le Mystère de Dieu. Ces affirmations dogmatiques objectivent notre foi. Celle-ci peut alors s’exposer de façon structurée et structurante, et ainsi proposer une intelligibilité du « croire ». Ces affirmations constituent le Credo. Le maçon soutient au contraire le primat et l’autonomie de la raison par rapport à toute vérité révélée. Le concept de « norme » ou, pis encore, de loi morale, devient ainsi de lui-même une valeur négative. Par exemple, la théologie du salut ou de la grâce. Selon la « philosophie humaniste », prônée par la maçonnerie, l’homme n’a pas besoin de salut. Il se perfectionne sans cesse lui-même. De plus, pour accéder au salut, le chrétien compte d’abord sur la grâce miséricordieuse de Dieu qui éclaire son intelligence, soutient son agir, attise son désir… plus que sur ses propres ressources ou ses seules œuvres ! D’où l’importance de la prière et de la vie sacramentelle. A contrario, le maçon compte essentiellement sur son pouvoir « auto-créateur » et sur la force de solidarité de sa loge !
 

5. Qu’en est-il sur le plan moral ? Sur le plan éthique, les différences sont également substantielles.
Pour le franc-maçon, les règles morales sont appelées à évoluer sans cesse sous la pression de l’opinion publique et des progrès de la science. Aucune règle n’est intangible. La morale doit évoluer au gré du consensus des sociétés. Elle devient contingente. On ne peut nier que l’homme se situe toujours dans une culture particulière, mais on ne peut nier non plus que l’homme ne se définit pas tout entier par cette culture. Du reste, le progrès même des cultures montre qu’il existe en l’homme quelque chose qui transcende les cultures. Ce « quelque chose » est précisément la nature de l’homme : cette nature est la mesure de la culture et la condition pour que l’homme ne soit prisonnier d’aucune de ses cultures, mais pour qu’il affirme sa dignité personnelle dans une vie conforme à la vérité profonde de son être. L’Internationales Freimaurer Lexikon (dictionnaire international franc-maçon), source reconnue comme objective, met en cause ce qui pour elle relève du dogmatisme de l’Eglise catholique : « Toutes les institutions qui reposent sur un fondement dogmatique, et dont l’Eglise catholique peut être considérée comme la plus représentative, exercent une contrainte de la foi » (Lennhoff-Posner, Vienne, 1975, p 374). Ce n’est pas sans raison que, à l’intérieur de la loge, toute discussion sur les phénomènes religieux est sévèrement interdite. D’autre part, la franc-maçonnerie prône le naturalisme, sans que ce dernier repose absolument sur un principe de transcendance. « En toute chose, c’est la raison humaine et la nature humaine qui restent maîtresses et souveraines. » La franc-maçonnerie refuse tout phénomène surnaturel (apparitions, miracles, théophanie…) considéré comme une intervention divine.
 

6. Pourtant les franc-maçons n’attaquent pas le principe des religions et prônent un humanisme fait de tolérance, valeurs aujourd’hui considérées comme universelles.
La franc-maçonnerie est une philosophie humaniste consacrée à la recherche de la Vérité, mais elle estime celle-ci inaccessible. Elle rejette tout dogme. Elle conduit au relativisme, au prétexte de la tolérance absolue, au « constructivisme », au nom de la capacité de l’homme à « s’auto-créer ». En raison de son relativisme religieux, les religions se retrouvent sur le même plan, comme autant de tentatives concurrentes pour exprimer la vérité sur Dieu qui, en soi, est inatteignable et insaisissable. Les diverses communautés religieuses auxquelles appartiennent les membres des loges, sont de fait considérées secondaires par rapport à l’appartenance plus englobante et supra confessionnelle à la fraternité maçonnique. L’engagement, au sein de cette fraternité, transforme la structure de l’acte de foi chrétien. Celui-ci n’est plus perçu comme une adhésion globale qui engage toute la personne pour le Christ, en suivant son enseignement. « Car en Lui, dans Son propre Corps, habite la plénitude de la divinité. En Lui, vous avez tout reçu en plénitude, car Il domine toutes les puissances de l’univers. » (Col 2, 9-10)
 

7. Avez-vous rencontré des franc-maçons de haut rang, en activité ou « repentis » qui vous ont parlé à cœur ouvert ? Vous ont-ils dit des choses qui vous ont frappé ?
J’ai eu l’occasion de côtoyer quelques francs-maçons. J’ai retenu deux choses de ces contacts : L’idéologie de la franc-maçonnerie est difficile à cerner, d’une part parce qu’elle cultive le secret, et d’autre part, en raison de son éclatement en divers courants. Elle se fixe comme but de « travailler à l’amélioration matérielle et morale, ainsi qu’au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité. » J’ai eu l’occasion de rencontrer des francs maçons qui se déclarent chrétiens. En effet, la franc-maçonnerie anglo-saxonne confesse sa foi en Dieu, « Grand Architecte de l’univers ». Cependant, les constitutions d’Anderson de 1723, texte de référence pour tous les francs-maçons, ne comportent pas la moindre référence à Dieu en Jésus-Christ, ne mentionnent jamais la Sainte Trinité, le péché, le salut, la résurrection, la venue de l’Esprit-Saint… Ils ne voient pas l’incohérence de la double appartenance. Le déficit de transmission de la Vérité, l’absence de chaleur humaine et la tendance à la désacralisation de la vie ecclésiale, qui affectent parfois les communautés chrétiennes, pourraient expliquer en partie l’attrait exercé par la franc-maçonnerie. La culture relativiste et de « tolérance », le souci humaniste de bienfaisance, le refus de toute forme d’obscurantisme et de toute forme d’intégrisme… consonnent avec les attentes de nos contemporains, et les discours actuellement véhiculés par les politiques et les médias. La proposition est attractive et séduisante. Enfin, le divorce entre la foi et la raison, dénoncé par le pape Jean-Paul II dans sa lettre encyclique Fides et Ratio (n° 48), déporte insidieusement la foi vers un certain piétisme, un sentimentalisme religieux. Livrée à elle-même, la raison n’est plus finalisée par la recherche de la Vérité. Elle se trouve à la merci des idéologies ou des constructions subjectives. L’engagement du chrétien dans la franc-maçonnerie relève, dans bien des cas, d’une méconnaissance de ce lien organique entre foi et raison.
 

8. La franc-maçonnerie est-elle vraiment une société secrète dans ses structures et ses enseignements ?
Il suffit de demander à un ami franc-maçon de vous faire connaître la liste de ceux qui fréquentent sa loge ou d’avoir accès au rituel d’initiation pour se rendre compte qu’il y a une culture du secret.
 

9. La franc-maçonnerie a-t-elle un réel poids sur la société à travers des réseaux ou est-elle une sorte de relique de la gnose antique un brin désuète dans ses rites ? En avez-vous des exemples ?
Son influence sur les idées politiques a été déterminante dans l’histoire de la République française. Je pense bien sûr à la IIIème République. Son rôle fut indéniable dans l’émergence des libertés publiques. Mais dans un contexte très polémique, ses mots d’ordre anti-cléricaux et laïcistes dirigés contre l’Eglise, s’insurgeaient contre l’autorité morale et doctrinale qu’elle représentait. Par l’entremise de cercles de pensées et de réseaux d’influence, certains projets de loi votés par le Parlement, ont été préparés dans le silence des couvents maçonniques (en particulier les frères furent actifs sur la question scolaire [et de l’avortement. NDLR]). Cependant, la franc-maçonnerie offre aujourd’hui une image extrêmement diversifiée où s’affrontent et se confrontent divers courants de pensée et diverses traditions. Malgré une volonté affichée de donner une image positive de transparence, une certaine opacité entretenue interdit de disposer de données objectives sur l’impact réel de la franc-maçonnerie sur la société française. Par exemple, on trouve une grande différence d’une obédience à l’autre quant au rapport au religieux : depuis l’athéisme déclaré jusqu’à des loges dites de « franc-maçonnerie chrétienne ». La franc-maçonnerie constitue un réseau d’influence et de pouvoir dans plusieurs secteurs de la société. On dénonce quelquefois ses intrigues, les tractations affairistes de certaines « Fraternelles » (celles-ci regroupent par profession des initiés de toutes obédiences). Mais il ne faut ni exagérer l’influence de la franc-maçonnerie, ni sous-estimer son emprise, ni diaboliser ses membres.
 
Entretien Vincent Pellegrini/Le Nouvelliste
 
 

commentaires

Matthieu 24/02/2008 17:56

M'est avis que ce Mgr Rey est un don de Dieu!

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