Il y a deux choses qui font qu'en France, la liturgie de l'Eglise ne sera pas rétablie avant longtemps dans les paroisses. Premièrement, la perte du "sens de la liturgie" - comme l'avait remarqué le Cardinal Ratzinger - par la grande majorité des fidèles qui pratiquent encore, et deuxièmement le fait que, dans les diocèses, ce sont des prêtres systématiquement opposés au respect de la liturgie qui ont été nommés aux postes-clés, que ce soit dans les paroisses d'une certaine importance ou dans les instances diocésaines. Etudions brièvement ces deux aspects de la question.

 

 

 

Premièrement, la perte du sens de la liturgie fait que, dans les paroisses, les fidèles trouvent "bien" ou "sympathiques" des célébrations qui, en réalité, sont passablement éloignées de ce que devrait être une "messe" au sens où l'entend l'Eglise. Ainsi par exemple, pour le Jeudi-saint, on a organisé dans de nombreuses paroisses une célébration eucharistique qui se déroulait autour d'une grande table mise dans la nef : les fidèles ont trouvé ça très bien. A tel endroit, la table était dressée dans le chœur et les enfants du catéchisme étaient invités à se mettre autour, chacun ayant devant lui un vase en terre cuite pour pouvoir communier au précieux Sang. Les fidèles qui ont assisté à cette célébration ont tous trouvé cette façon de faire tellement plus "parlante" et tellement plus "conviviale" qu'une messe "normale", sans même s'apercevoir qu'ils participaient ainsi à une totale désacralisation doublée d'une grave désobéissance sur le plan liturgique et doctrinal, le tout conduisant peu à peu à une auto-célébration de type sectaire. Il est donc devenu très difficile de faire comprendre à des fidèles auxquels on a désappris la liturgie et qui ont perdu le sens de la liturgie au point de ne plus "sentir" ce qu'est une vraie liturgie, que ce à quoi ils participent et cautionnent n'est plus catholique et ne peut plus se prévaloir d'être un acte d'Eglise. De plus, parmi les grands admirateurs et promoteurs de telles cérémonies anti-liturgiques se trouve généralement l'équipe de catéchistes paroissiaux, dont les membres sont les premiers à vouloir inventer des nouvelles façons de célébrer : des façons qui leur permettent de se mettre en valeur dans le chœur des églises. On invente ainsi des "célébrations m’as-tu-vu" où l'important n'est plus de s'effacer devant le Seigneur pour lui laisser toute la place, mais d'utiliser la célébration en prenant Dieu comme une simple prétexte permettant de se mettre soi-même en avant.

 

Deuxièmement, les postes-clés diocésains sont aux mains de responsables opposés à la liturgie de l'Eglise. Comment cela a-t-il été rendu possible, demanderont certains ? Pour répondre à cette question, il faut remonter aux années 1970-80. A cette époque sont nommés, dans les séminaires diocésains, des Supérieurs et des Directeurs souffrant gravement du complexe anti-romain dénoncé par Hans-Urs von Balthazar et qui, par conséquent, interdisent aux séminaristes - nos prêtres d'aujourd'hui - d'appliquer les directives venant de Rome. Il est donc interdit, dans les séminaires, de célébrer la liturgie ou de participer à la liturgie telle qu'elle figure dans le missel romain : on va apprendre à tout une génération de futurs prêtres à haïr le latin et le chant grégorien, et à improviser les messes. On lui apprendra même à inventer des oraisons et... des prières eucharistiques. A cette époque se trouve, dans un diocèse, un prêtre qui va lancer une des revues liturgiques les plus utilisées dans les paroisses bien qu'elle propose sans arrêt des expériences et des innovations illégitimes en matière de liturgie... Ce prêtre choisira, pour collaborer à sa revue, les séminaristes ou jeunes prêtres les plus favorables à la démolition de la liturgie mais qui, en même temps, ont les connaissances théologiques et historiques les plus faibles. Ainsi se créent des réseaux d'influences... Dans les séminaires diocésains ne restent alors que les jeunes qui "marchent à fond dans le système", ceux dont la faiblesse de caractère (dénoncée par Mgr Gaidon dans son dernier ouvrage) et l'inculture théologique va être compensée par un autoritarisme démesuré qu'ils imaginent inhérent au "statut" que leur confère l'ordination sacerdotale. Ainsi se renforcent les réseaux d'influences...

 

Que se passe-t-il ensuite ? Rien de plus simple : tous ces gens qui se connaissent, qui partagent la même inculture théologique et la même haine de la liturgie de l'Eglise vont "magouiller" auprès des instances diocésaines pour être peu à peu nommés à des postes importants du diocèse. Une fois l'un "casé", il attirera à lui les autres. Aujourd'hui, ils sont qui vicaire épiscopal, qui responsable diocésain de la liturgie, qui évêque (!), qui curé d'une importante paroisse et par le fait même responsable d'une "zone"... etc. En d'autres termes, ils auront réussi un véritable "putsch" leur permettant d'avoir la mainmise sur toute la liturgie. Mais là ne s'arrête pas le processus de parasitisme. A présent qu'ils ont pris le pouvoir dans les instances diocésaines et les paroisses, ces prêtres dont les modes d'action s'apparentent parfois à ceux d'une véritable maffia, veulent conserver le pouvoir. Pour y parvenir, ils vont faire le vide autour d'eux, c'est-à-dire évincer tous les fidèles qui ne pensent pas comme eux car ils souhaitent pouvoir participer à des liturgies qui soient au diapason de la foi de l'Eglise, et créer des "équipes" où se retrouveront uniquement ceux qui partagent leurs points de vue et qu'ils peuvent totalement contrôler par le biais de sessions de formation liturgique organisées par leurs propres soins. Enfin, pour couronner le tout, ce sera parmi ces mêmes fidèles très "engagés" que seront choisis celles et ceux qui seront chargés de la catéchèse paroissiale. Comme on le voit, tout est bien verrouillé : on a désormais, de façon plus ou moins généralisée, une pastorale qui, force nous est de le reconnaître, fonctionne sur le mode soviétique. Nommés dans les diocèses, que peuvent faire les nouveaux évêques qui héritent d'une telle situation - à supposer qu'ils veuillent faire pour le mieux - ? A vrai dire, pas grand-chose... malheureusement. Vue la raréfaction des prêtres, vu le manque de formation solide d'un grand nombre de clercs, vu le grand nombre d'états-majors de fidèles laïcs qui ont pris l'habitude de se croire indispensables dans des domaines qui ne sont pas de leur compétence... les évêques n'ont plus qu'une chose à faire : couvrir de leur autorité tout ce qui ne fonctionne déjà plus, en demandant au Seigneur de faire en sorte que les choses n'aillent pas plus mal. On imagine sans difficulté que ce n'est pas dans un tel contexte que le redressement liturgique tant souhaité par les papes pourra se faire rapidement.

 

Pro Liturgia

commentaires

Philalèthe 09/04/2008 22:00

Ah ! Mais vous m'avez encore déprimé !Je lis, presque chaque jour, parfois plusieurs fois par jour, votre blog avec plaisir. J'y apprend beaucoup. Vraiment.Et je m'exerce aussi à vivre dans l'espérance.On fait comment pour passer à l'acte ? Concrètement, vous proposez quoi ? C'est une demande sincère.in XTO,"Phlalèthe".

Yves 09/04/2008 22:29



Pour passer à l'acte d'espérance ? Très simple. On récite chaque jour son "acte d'espérance" (http://notredamedesneiges.over-blog.com/article-3933988.html) et on lit la dernière encyclique de Benoît XVI "Spe Salvi" (http://notredamedesneiges.over-blog.com/article-14242806.html) ; Et puis gardez le sourire ! (http://notredamedesneiges.over-blog.com/article-18218448.html)



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