Rengaine édifiante de la morale consensuelle, la tolérance n’affiche pas toujours son vrai visage. Indulgente et conviviale en apparence, elle revêt volontiers, depuis Voltaire, l’habit blanc de Torquemada, pour exclure ou condamner, au titre du « fanatisme » (ou de l’intégrisme), toute trace de certitude - en particulier chrétienne. Tel est le prêche du directeur des consciences molles, André Comte-Sponville, au chapitre « Tolérance » de son Petit Traité des grandes vertus : « Le catholique [...], s’il est intellectuellement honnête, aime la vérité plus que la certitude. […] Aimer la vérité jusqu’au bout, c’est accepter aussi le doute à quoi, pour l’homme, elle aboutit » !

 

 

 

 

 

Du scepticisme à l’intolérance des Lumières

 

Pour les Lumières, la foi est une opinion et ne doit plus prétendre à la Vérité. Reste ce commandement universel et absolu : Il faut être tolérant… l’impératif moral est unique et catégorique : il faut ! Adossée à un dogmatisme d’autant plus virulent qu’il demeure opaque, la « tolérance » voltairienne se dérobe elle-même au dialogue contradictoire. Sur un versant, elle fuit : il est facile d’avoir le courage des idées de tout le monde. Mais sur l’autre, la tolérance ne tolère pas l’idée de Vérité. Elle lui préfère le doute ; ce faisant, elle ne tolère qu’elle-même, ce qui est chose aisée. Car elle doute de tout, sauf d’elle-même. En quoi elle confine à la tartufferie qui raffine le vice. Les récalcitrants qu’elle ne peut convertir à ses doutes sont pour elle autant de marginaux qu’elle exclut car ils ne peuvent à ses yeux la mériter. Voltaire annonce le modèle cloné de la vertu aujourd’hui « citoyenne », d’une rigidité pateline, qui n’est plus le témoignage d’aucune vérité sinon “plurielle” : vérité individuelle, incernable et façonnable à merci, au gré du ressenti. Irréfutable aussi. Car le pluralisme philosophique s’arroge insidieusement un statut de religion surplombante et universelle. Voilà son dogme et sa certitude : la vérité est plurielle, seule l’erreur est unique, qui consiste à croire que la vérité peut être une et certaine. Dès l’origine, la tolérance voltairienne est une arme sémantique qui vise non pas à promouvoir la paix civile ; elle est engagée dans un combat, spécialement dirigé contre l’Infâme, l’Église et ses certitudes superstitieuses. Veut-elle donner mauvaise conscience aux catholiques de bonne foi ? Sans doute : le Traité sur la tolérance (1763) les dénonce, pape inclus, comme sectaires et fanatiques ; mais elle se projette bien au-delà : vers l’établissement d’un consensus permettant le libre-échange mondial des biens, des sexes et des idées reçues. De Voltaire à John Rawls, cette drôle de vertu sublime malaisément son inconscient mercantile et ses pulsions opéistes de troc, de trust ou autre trafic du capitalisme boursier.

 

 

 

 

Le haut-lieu de la tolérance voltairienne : la Bourse de Londres ou de Bassora…

 

Pour Voltaire en effet, selon Ghislain Waterloot (« Voltaire ou le fanatisme de la tolérance », Esprit, août-sept. 1999), « la tolérance doit servir le développement du libéralisme naissant », « l’essor du commerce » et « indirectement la célébration moderne du travail ». Elle est la vertu cardinale unique du concert des nations. Le Dictionnaire philosophique (Genève, 1764), ouvertement dirigé contre l’Église, définit ainsi la tolérance : « C’est l’apanage de l’humanité. […] Pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature. » Chacun a intérêt à pardonner son voisin s’il veut faire affaire avec lui. L’aspect doucereux et commisératoire est mis en avant. Mais aussitôt, Voltaire illustre son propos. Le haut-lieu de cette vertu unique n’est rien d’autre que « la bourse d’Amsterdam, de Londres, ou de Surate ou de Bassora », où « le banian, le juif, le mahométan, le déicole chinois, le chrétien, le quaker […] trafiquent ensemble ». Cette définition marque la fin ultime de la tolérance : le travail et libre marché. Il en va de même dans Zadig (scène du « Souper ») où la dispute religieuse entre marchands est résolue par la reconnaissance commune d’un Être suprême, qui leur permet enfin de conclure entre eux d’excellentes affaires. Dans la 6e Lettre philosophique, le lexique religieux est emblématique : la tolérance substitue le culte de Mammon à celui de Dieu et de Jésus-Christ. La bourse est une « assemblée » universelle, de connotation cultuelle ; l’échange du travail et des contrats y tient lieu de rite œcuménique ; y sont conviés tous les « fidèles » : ceux qui possèdent des biens à échanger. Cette religion de la « raison », seule sérieuse, célèbre le travail et l’argent (qui tient lieu de certificat de baptême), et vise « l’utilité [matérielle] des hommes » (qui remplace le Salut éternel). Le commerce mondial et l’enrichissement nécessitent une paix entre des religions devenues ridicules. L’« excommunication » prévue par le patriarche de Ferney n’est pas anodine. Elle marque l’ambivalence venimeuse de sa « tolérance ». Trente ans seulement séparent le Traité sur la Tolérance de la Terreur. Comme le conclut Ghislain Waterloot (ibid.) : « il n’est pas absurde de parler de la tolérance voltairienne comme d’un fanatisme. Arme dans un combat destiné à promouvoir une vision politique et sociale du monde, la tolérance devient violence. »

 

Source : Revue ‘’Objections’’ n°5, avril 2006 - Directeur de la publication : Abbé Guillaume de Tanoüarn

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