Les derniers temps, c'est-à-dire le temps de l'Église qui s'écoule de la Résurrection du Christ à la fin du monde, revêt un caractère de lutte particulièrement acharnée contre le démon. Celui-ci, en effet, se sachant vaincu par la Croix salvifique du Christ (Catéchisme de l'Eglise Catholique, N°1086, N°1708), veut mettre à profit ce qui reste de l'histoire humaine pour ôter à Dieu un maximum de gloire. Le combat est dès lors inévitable. Voilà pourquoi l'Apocalypse en particulier décrit la vie de l'Église avec cette vision de lutte.

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

Comme Patrick de Laubier le rappelle dans "Le Temps de la fin des temps", l'expérience des mystiques nous est précieuse par les informations qu'elles nous apportent sur les réalités surnaturelles. Sainte Thérèse d'Avila est peut-être l'une des mystiques chrétiennes qui a le mieux décrit l'action de Dieu dans son âme. Elle nous livre aussi de nombreuses descriptions et réflexions sur l'action du diable dans sa vie. En effet, s'il est vrai que le diable tente de détourner l'humanité entière de Dieu, il mène aussi un combat particulièrement rude contre les saints, car ce sont eux qui lui enlèvent le plus de proies. Plus l'action du saint sera profonde et universelle, plus le diable s'acharnera d'une manière ou d'une autre contre lui, comme l'histoire de l'Église nous le montre. Les récits de Sainte Thérèse nous permettront de guider et d'orienter notre réflexion sur la nature et l'activité du diable. Ils renferment en outre une véritable praxis sur la conduite à tenir à son sujet pour le maîtriser et le vaincre. La sainte d'Avila était en toute circonstance une femme pratique. Elle faisait sien l'adage castillan : « Celui qui se sauve a le vrai savoir, autrement il ne sait rien » (Dictionnaire Académie Espagnole Ed. Gredos, 1984, Lettre S, p.4). Le savoir définitif est le savoir qui sauve, c'est-à-dire le savoir pratique qui comporte le bon usage de la volonté. Notre savoir sur le diable doit par conséquent, nous conduire à la victoire sur lui.

 

 

 

 

I. Nature et identité du diable

 

Nous connaissons bien le mot de Baudelaire : « La plus belle ruse du diable est da nous persuader qu'il n'existe pas ». Mais il en a élaboré une autre pour ceux qui ont refusé de nier ouvertement son existence : les convaincre que son "statut" n'est pas personnel. Cette opinion a, en effet, souvent été exprimée ces dernières années : « Dire le diable personnel, cela nous semble équivoque (...) Nous dirions volontiers que le diable "ne mérite pas" d'être personnel. Il n'a pas assez de valeur positive pour être personnel (...) Son existence, tout à fait particulière, ne prend pas forcément forme personnelle. C'est pourquoi nous préférons, en ce qui nous concerne, parler de "forces diaboliques" ou encore du "diabolique" plus que du diable proprement dit » (La diable, oui ou non ? PASCAL THOMAS, Paris, Centurion, 1939, p.205). L'argumentation sur laquelle s'appuie cette thèse est énoncée clairement par des théologiens comme Urs van Balthasar : « La personne présuppose toujours une relation positive à une autre personne, une forme de sympathie ou du moins une forme d'inclination ou d'intérêt naturel. Mais voilà précisément ce qu'on ne pourrait plus dire d'un être qui aurait rejeté entièrement, radicalement, Dieu, c'est-à-dire l'Amour même » (Espérer pour tous, Paris, Desclée de Brouwer, 1987). Néanmoins : ce n'est pas parce que le diable ne peut plus aimer qu'il ne possède plus son caractère de personne. Il ne faut pas confondre le plan ontologique et le plan moral. En effet, si le diable est devenu, à cause de son péché, le "professionnel" du mal par excellence, il a été pourtant créé bon, excellent, par Dieu (Catéchisme de l'Église Catholique, N°391 ; N° 2851). Et Dieu, après la faute, n'a pas annihilé ni modifié sa nature. Étant un ange, créature spirituelle, il est une personne (Vie, In Œuvres complètes da Ste Thérèse de Jésus. Paris. Éd. du Seuil, 32. p.345), caractérisée - comme toute personne par son irréductibilité et sa capacité de relation. C'est pourquoi Dieu peut lui parler, comme Goethe nous le rappelle dans son célèbre Faust. Si l'ange déchu n'a pas perdu, en péchant, son caractère de personne, il a, par contre, perdu à jamais - tout comme l'homme damné - l'espoir de trouver sa vraie identité. Il en est ainsi parce que les créatures personnelles, anges et hommes, ne peuvent trouver leur identité, séparées de Dieu. Créées par lui et pour lui, leur nature ne trouve son accomplissement et sa raison d'être qu'en Dieu. D'où le drame des damnés et des démons. Il n'y aurait plus de malheur moral pour eux s'ils cessaient d'être des personnes. Mais la description que Sainte Thérèse nous fait de l'enfer nous détrompe : là, en effet, toutes les souffrances sensibles que l'on ressent « ne sont rien encore auprès de l'agonie de l'âme. Elle éprouve une oppression, une angoisse, une affliction si sensible, une peine si désespérée et si profonde, que je ne saurais l'exprimer. Si je dis que l'on vous arrache continuellement l'âme, c'est peu, car, dans ce cas, c'est un autre qui semble vous ôter la vie. Mais ici c'est l'âme elle-même qui se met en pièces ». Tout comme l'homme damné, le diable a perdu tout espoir de se retrouver lui-même et se met continuellement "en pièces", devenant l'agitation et l'agitateur par excellence.

 

 

 

 

II. Action du diable

 

L'agir suit l'être. Chaque être se comporte selon ce qu'il est. Le diable se comporte comme ce qu'il est : un être où coïncident de manière paradoxale le meilleur et le pire : la meilleure nature créée et la pire volonté libre tournée entièrement vers le mal. Comme le dit le vieil adage philosophique : "Corruptio optimi, pessima". Tout le pouvoir du démon est par conséquent destructeur, négatif. Refusant de servir Dieu, Satan s'efforce d'éloigner la création de son Créateur. Il ne veut pas qu'elle accomplisse sa fin : rendre gloire à Dieu. Selon l'interprétation de la philosophie classique, le péché est à l'origine du désordre de l'univers. Le professeur R. Spaemann, dans son livre Das Natürliche und das Vernünftige a défendu la thèse selon laquelle le péché qui a brisé l'ordre universel a été le péché de l'ange, le diable étant appelé "le prince de ce monde". S'il est "prince de ce monde" (Jn 14, 30), l'homme, lui, est le roi de la création et, comme nous le rappelle un autre mystique, il doit ramener à Dieu. Ce monde où le démon a introduit le désordre : "Il convient Seigneur que je t'aime, afin que je mérite d'être servi par les créatures, qui n'ont d'autre manière de parvenir à toi si ce n'est en me servant moi, lorsque je te sers; lorsque je t'aime et que je suis celui que je dois être, alors toutes les créatures s'unissent à toi et atteignent le but de leur création : moi pour toi et les créatures à travers moi. Mais quand je ne suis pas celui que je dois être, je sème la confusion et perds et pervertis tout ce que tu as créé. En revanche, lorsque je t'aime, par l'amour que je te voue, je répare, unis et conserve l'univers tout entier" (Diego de Estella, Ed. Catalica, 1948, p.384). Comment le diable s'y prendra-t-il pour s'opposer à ce dessein ? Car si Dieu Créateur ne s'impose pas à sa créature, respectant ainsi sa liberté, le diable, lui, peut encore moins le faire. Son pouvoir est grand, mais limité. Il sait qu'il ne peut pas s'imposer directement à un être libre. Il doit agir "en biais", en déployant une stratégie rusée et séductrice. Cette stratégie consiste en un exercice constant de séparation. Il est possible de discerner deux sortes de stratégies de la part du démon : 1 - Une générale, qu'il essaie de déployer à travers l'histoire ; 2 - Une particulière, qui s'adresse à chaque homme.

 

 

 

 

1 - Sa stratégie générale vise successivement deux fronts :

a) Le front surnaturel : spirituel, ecclésial, théologique

b) Le front naturel : philosophique et moral

 

a) Il s'agit d'abord de couper les hommes de la vie da la grâce, de l'union avec Dieu. Pour cela, il voudrait en finir avec l'Église qui dispense la grâce à travers les sacrements, ou tout au moins en écarter le maximum de chrétiens. Sainte Thérèse a été témoin au cours du XVIème siècle de l'effort réalisé pour relativiser la valeur des sacrements. En effet, ce furent des chrétiens désireux de parvenir à une conception plus pure du christianisme, qui supprimèrent dans une grande partie de l'Europe les sacrements de l'Ordre, de l'Eucharistie et de la Pénitence. La mort du Christ sur la Croix inaugure la victoire "historique" sur le diable. Or, la Sainte Messe célébrée par le prêtre in persona Christi perpétue et renouvelle le Sacrifice du Calvaire. L'absence du prêtre implique l'absence de la Messe, l'absence de la présence réelle du Christ, l'absence du sacrement de Réconciliation qui redonne la vie de la grâce à celui qui l'a perdue... Quand on observe une carte de l'Europe du XVIème siècle - le siècle de Sainte Thérèse ainsi que de la Réforme Protestante - on peut avoir l'impression d'assister à l'effondrement de l'Église Catholique, tant les défections des peuples ont été massives à la suite de leur roi. C'est ce qui pousse Sainte Thérèse à s'écrier : « 0 mon Rédempteur, je ne puis supporter ce spectacle sans que mon cœur soit brisé de douleur ! Que sont devenus aujourd'hui les chrétiens ? (...) Le monde est en feu l On voudrait, pour ainsi dire, condamner de nouveau Jésus-Christ puisqu'on l'accable de tant de calomnies ! On voudrait en finir avec son Église ! » (Chemin de la Perfection, ch 1, p. 584-585). Cependant, même si l'on peut quitter l'Église et croire toujours en Dieu, du déisme à l'athéisme, il n'y a pas une grande distance à parcourir. Le seuil a été vite franchi. Pourtant l'athéisme théorique implique une justification, une réflexion sur Dieu. L'athéisme absolu et plus achevé est sans doute l'athéisme pratique qui se passe de toute préoccupation intellectuelle, de toute référence. Il a par conséquent l'avantage d'être moins prétentieux, de se présenter de manière plus modeste : à chacun sa vérité, tout est relatif, il faut surtout vivre... « La philosophie, selon F. Vandenbroucke, a cherché les bases rationnelles d'une négation de Dieu sans précédent dans l'histoire de la pensée humaine. Cette recherche a suivi une courbe qui commença par la 'sécularisation' du Christianisme, pour atteindre sa 'liquidation', au terme de laquelle apparaît paradoxalement le déchaînement des forces démoniaques »  (Vld. "Démon" in Dictionnaire de Spiritualité Ascétique et Mystique, Paris, Beauchesne.1937 - 1988, coll. 231-232).

 

b) Une fois le front surnaturel "dépassé", le diable peut facilement s'attaquer au front "naturel", car une nature sans sur-nature est forcément, dans l'état actuel de l'homme, une nature pécheresse. L'athéisme pratique comporte non seulement la mort de Dieu mais la mort de l'homme, comme nombre de philosophes modernes l'ont mis en relief. Et cela parce que, tout comme l'ange, l'homme séparé de Dieu ne parvient plus à trouver son identité ni sa raison d'être. La grâce est la lumière qui lui permet de se reconnaître, de voir en lui ce Dieu dont il est à l'image. Car il est image... Mais s'il la rejette, il tombe comme Satan dans cet orgueil qui le pousse à vouloir être Dieu le Père, Créateur et origine de toute chose. Alors, il veut toute la gloire pour lui-même; alors il veut remodeler sa nature et se dégager de toute loi morale; alors il veut être maître de la vie et de la mort...

 

 

 

 

Transition : Cependant, le diable sait qu'une stratégie générale n'est pas suffisante. Voilà pourquoi il dresse, selon l'expression de Sainte Thérèse, toute une "batterie" pour gagner chaque âme. Son arme ordinaire est la tentation qui est une invitation "personnalisée". Cette invitation est lancée à travers un dialogue rusé et séducteur, car il s'agit en définitive de tromper l'intelligence de l'homme et d'affaiblir sa volonté pour le pousser à pécher.

 

 

 

 

2 - Sa stratégie PARTICULIERE vise successivement deux fronts :

a) Action sur l’intelligence

b) Action sur la volonté

 

a) Il est intéressant de signaler que le diable cherche à accéder à l'intelligence et à la volonté de l'homme à travers l'imagination et l'appétit sensible. « C'est l'imagination que le démon trompe et séduit » (V.D. 3 p. 917). Il n'a pas beaucoup de difficultés à le faire dans un monde matérialiste où l'imagination reproductrice d'images est constamment sollicitée et comme exacerbée. En revanche, l'imagination créatrice, intimement liée à l'intelligence et à l'effort intellectuel est devenue très pauvre. Or, l'intelligence nous a été donnée pour saisir la Vérité et en définitive pour contempler la Vérité par excellence : Dieu. « Cette Vérité dont je parle, et qui a daigné se révéler à moi, est en soi la Vérité même; elle est sans commencement et sans fin. Toutes les autres vérités dépendent de cette Vérité, comme tous les autres amours, de cet Amour, et toutes les autres grandeurs, de cette Grandeur" (Vie 40, p.463). En revanche, « tout ce qui vient du démon est mensonge comme lui » (Vie 15, p.152). Alors que le Christ est le Logos, la Parole, le diable est le parler trompeur. Grand connaisseur des techniques rhétoriques, il cherche à obscurcir la raison et à confondre les idées. « Le mensonge est l'offense la plus directe à la Vérité. (...) En blessant la relation de l'homme à la Vérité et au prochain, le mensonge offense la relation fondatrice de l'homme et de sa parole au Seigneur" (Catéchisme de l'Église Catholique N° 2483). L'une des manières les plus efficaces pour semer la confusion dans les esprits, c'est la suppression des symboles. Le mot "diable" est le contraire du mot "symbole" : diabolos = ce qui sépare; Symbolon = ce qui unit, signe de reconnaissance. Le mépris et la suppression des symboles laissent l'intelligence de l'homme dans le vide, car les réalités les plus profondes se manifestent à nous à travers des signes extérieurs et à travers des symboles. « D'une manière habituelle, notre pensée a besoin d'un appui » (Vie 22, p. 226). En effet, « l'homme étant un être à la fois corporel et spirituel, il exprime et perçoit les réalités spirituelles à travers des signes et des symboles matériels. Comme être social, l'homme a besoin de signes et de symboles pour communiquer avec autrui, par le langage, par des gestes, par des actions. Il en est de même pour la relation à Dieu » (Catéchisme de l'Église Catholique N" 1146). « Il y avait en moi si peu d'aptitude pour me peindre les objets à l'aide de l'entendement, que je ne pouvais imaginer les choses que je n'avais pas sous les yeux (...) Voilà le motif pour lequel j'aimais tant les images. Hélas ! qu'ils sont malheureux ceux qui, par leur faute, se privent d'une ressource aussi précieuse l On voit bien qu'ils n'aiment pas notre Seigneur. S'ils l'aimaient, ils seraient contents de voir son portrait; car même ici-bas c'est une joie de voir le portrait d'un ami » (Vie 9, p. 91). C'est donc une ruse caractérisée du démon d'enlever d'abord tout ce qui peut réveiller en nous l'amour de Dieu, ainsi que tout ce qui nous rappelle la dignité, la nature, la profondeur, la raison d'être, la finalité des diverses réalités voulues par Dieu. La suppression ou le mépris des signes comporte une subversion profonde, comme l'histoire récente nous le montre.

 

b) Le diable cherche à affaiblir la volonté par deux moyens essentiels :

1 - En inspirant la peur de faire le bien. Il cherche à décourager

2 - En incitant au péché. Tout péché enchaîne la volonté

 

1- Il inspire la peur sur les personnes ordinaires, afin de les empêcher de viser la sainteté et de les installer ainsi dans la tiédeur et dans la médiocrité. C'est le cri : « je ne peux pas ! ». Il veut d'abord, par dessus tout, empêcher le dialogue personnel de la prière, car elle est la porte et le chemin sûr de l'amour de Dieu. C'est dans la prière que naissent les grands désirs de sainteté ainsi que la force pour les mettre en œuvre. Or « le diable ne veut pas que tous soient saints » (Lettre de Sainte Thérèse au Père Gratien, novembre 1576). « Je crois que le démon porte beaucoup de préjudice aux âmes qui font oraison, et les empêche de réaliser de grands progrès par les fausses idées qu'il leur donne de l'humilité. Il leur représente qu'il y a de l'orgueil à entretenir de grands désirs, à vouloir imiter les saints, à souhaiter le martyre (...) Nos cœurs sont tellement étroits que la terre, ce semble, va nous manquer, si nous venons à négliger tant soit peu le corps, pour veiller aux intérêts de l'âme » (Vie 13, p. 124). Alors qu'il agit habituellement sur l'imagination pour inspirer la peur, il doit avoir recours à des moyens plus importants pour inspirer la peur paralysante aux saints : c'est ce qu'il a fait avec Sainte Thérèse à maintes reprises, en lui apparaissant et en la soumettant à des tourments, lui infligeant des coups, etc. (Vld. Vie, 31). Il percevait sans doute le rayonnement de sa vie et de son œuvre au long de l'histoire, ses appels pressants à une vie de prière. La vie mystique, telle que Sainte Thérèse l'a vécue, suppose en quelque sorte un avant-goût du ciel, une présence extraordinaire de Dieu dans l'âme. La mystique thérésienne, tout comme les autres mystiques espagnols du XVIème siècle, lance une invitation universelle à la prière mentale. En outre, sa personnalité attrayante et son langage populaire touchent un très large public. Les difficultés auxquelles le mouvement mystique et la Réforme Carmélitaine ont eu affaire ont été immenses.

 

2 - Le diable incite au péché en introduisant ainsi une triple séparation :

* le péché brise l'unité de l'homme, produisant en lui une tension inévitable. La paix est le fruit de l'union des puissances de l'homme entre elles et avec Dieu.

* le péché brise l'unité avec les autres

* le péché brise l'unité avec Dieu

Rien, nous le savons, ne désintègre autant la personnalité humaine, la société et le monde que le péché. Enfin, dans cette situation, le démon est aussi Satan, l'accusateur. L'accusateur de Dieu et de l'homme. Il prétend par là empêcher le retour à Dieu, en enlevant la confiance et en poussant au désespoir.

 

 

 

 

III. Pouvoir de l'homme sur le diable

 

Arrivés à ce stade de notre réflexion, nous pouvons nous demander ce que nous pouvons faire pour vaincre le diable. Le diable est soumis à Dieu. S'il a reçu de Dieu la permission de mettre l'homme à l'épreuve, il ne peut outrepasser le pouvoir qui lui a été donné. De plus, comme nous l'avons dit, il ne peut pas faire violence à la liberté de l'homme. Le péché est toujours volontaire. « Ma fille, la lumière est bien différente des ténèbres; je suis fidèle; personne ne se perdra sans le savoir » (Relation 22, p.547). Après de violentes tentations, Sainte Thérèse écrit : « Parfois, il m'a semblé que les démons s'amusaient à se renvoyer mon âme comme une balle, sans qu'elle put s'échapper de leurs mains (...) La seule lumière du libre arbitre demeure toujours » (Vie 30, p. 318). La tradition chrétienne propose de nombreux moyens pour vaincre le diable. Etant impossible de les énumérer tous, nous soulignerons, suivant Sainte Thérèse, trois moyens qui se rattachent à l'exercice des vertus théologales :

 

1. La recherche d'une science humble, ce qui fortifie la foi : « A mon avis, le démon redoute souverainement la science humble et vertueuse; il sait qu'alors ses ruses seront déjouées et qu'il sortira vaincu du combat » (Vie 13, p.133). « Il redoute comme la peste les dispositions fondées sur la Vérité. Il est ami du mensonge et le mensonge même; aussi, il ne fera jamais de pacte avec celui qui marche dans la Vérité » (Vie 25, p.266).

 

2. La détermination, doublée de la bonne humeur, ce qui est une manifestation de la vertu d'espérance : « Le démon redoute beaucoup les âmes vaillantes. L'expérience lui a appris quels préjudices elles lui causent. Tout ce qu'il fait pour leur nuire tourne à leur avantage et à celui du prochain, et finalement c'est lui qui y perd » (Chemin de la Perfection 25, p.702). « Si, en effet, ce Maître est tout-puissant, comme je le vois et je le sais, si les démons sont ses esclaves, comme la foi ne me permet pas d'en douter, quel mal peuvent-ils me faire à moi, dès lors que je suis la servante de ce Seigneur et de ce Roi ? Pourquoi n'aurais-je pas la force de combattre contre tout l'enfer réuni ? Je prenais à la main une croix et il me semblait en vérité que Dieu me donnait du courage. En très peu de temps, je me vis toute transformée et je n'aurais pas craint de me mesurer avec tous les démons à la fois; il me semblait qu'avec cette croix, je pouvais facilement les vaincre tous. Aussi, je leur disais : maintenant, venez tous, je suis la servante de Dieu, je veux voir ce que vous pouvez contre moi ! Ce qui est hors de doute, à mon avis, c'est qu'ils avaient peur de moi. Je me trouvais si tranquille et si rassurée contre eux tous que toutes mes craintes antérieures se sont dissipées. S'il m'est arrivé parfois de les voir depuis lors (...), non seulement je n'en avais presque aucune crainte, mais il me semblait plutôt que j'étais pour eux un objet de terreur. J'avais donc acquis, par la bonté manifeste du Maître du monde, un tel empire contre eux, que je n'en faisais pas plus de cas que de simples mouches. A mon avis, ils sont tellement lâches que, s'ils se voient méprisés, ils n'ont plus aucun courage. (...) Daigne Sa Majesté imprimer en nos cœurs la seule crainte que nous devons avoir et nous faire comprendre' qu'un seul péché véniel peut nous causer plus de mal que tout l'enfer réuni, comme c'est la Vérité » (Vie 25, p. 265 - 266). Et elle ajoute plus loin : « Je ne puis concevoir les craintes qui provoquent ces exclamations : Le démon ! Le démon l quand nous pouvons dire : Mon Dieu I Mon Dieu I et faire ainsi trembler l'esprit de ténèbres. Ne savons-nous pas qu'il ne peut faire le moindre mouvement, si Dieu ne le lui permet ? Pourquoi donc ces frayeurs ? Pour moi, je l'affirme, je redoute bien plus ces hommes si timides devant le démon, que le démon lui-même" (lbid. p.287).

 

3. Le recours au pardon de Dieu est ce qui nous permet de recouvrer la charité. Sainte Thérèse ne cesse de nous parler tout au long de ses œuvres de la Miséricorde de Dieu. « Elle gémît d'avoir offensé Dieu, mais elle se sent dilatée par sa miséricorde » (lbid. 30, p. 317). Le recours au pardon divin est le chemin sûr et efficace pour revenir vers Lui, et échapper ainsi à l'emprise du diable. Car, par le péché, il nous tient soumis à lui. Les textes thérésiens sur la Miséricorde de Dieu et sur le recours au sacrement de pénitence sont innombrables. Le pardon est l'une des manifestations les plus éclatantes de l'Amour : Dieu nous rachète en rachetant notre passé : « Tous tes péchés sont devant moi comme s'ils n'avaient jamais existé ; il te faut maintenant prendre courage » (Relations 58, p.574). C'est ce même courage, manifestation éclatante du pouvoir de l'amour, qui soutiendra, selon Sainte Thérèse, les « apôtres des derniers temps » : « Faisant un jour oraison, avec beaucoup de recueillement, de douceur et de quiétude, il me semblait que j'étais toute environnée d'anges et très rapprochée de Dieu. Je me mis à prier avec ferveur Sa Majesté pour les besoins de l'Église. Il me fut donné de voir le grand bien qu'un certain Ordre devait faire dans les derniers temps et le courage avec lequel ses membres soutiendraient la foi » (Vie 40, p.468-469). En effet, celui qui contente Dieu « peut fouler aux pieds tout l'enfer » (Vie 28, p.292).

 

Par Marie-Isabelle Alvira

Une réflexion sur le diable suggérée par

la lecture de Sainte Thérèse d’Avila - Source






Liens : « Foi chrétienne et démonologie » (On notera que l’expert sollicité par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’est pas nommé, et que celle-ci, tout en recommandant ce texte, « comme base sûre pour réaffirmer la Doctrine du Magistère », n’a pas jugé opportun de le faire sien en y apposant sa signature) + "L'Eglise doit parler du démon" (Cardinal Cottier, O.P. Théologien émérite de la Maison Pontificale)Le diable et le Nom de Jésus + Les deux eschatologies éternelles de l'Homme : Ciel et Enfer + « La fumée de Satan est entrée dans le Peuple de Dieu »Face à l'Enfer, encordons-nous les uns aux autres vers le Ciel ! + Face aux démons, l'importance du Signe de la Croix + Le Magistère de l'Eglise face au "moindre mal"« Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair » (Luc 10, 18) + Prière de Saint Pie X à la Vierge Marie + Les jeunes face aux dérives satanistes... Un nouveau signe des temps ? + Du satanisme au choix de Dieu : « Je vais mourir pour mon Dieu. Je vais mourir pour ma foi. C'est la moindre des choses que je puisse faire pour le Christ mourant pour moi ! » + Catéchisme de l’Eglise catholique sur "la chute des anges" : N° 391 à 395 + L'impureté : un des plus grands drames de notre temps + « Nous sommes aujourd’hui devant la lutte finale entre l’Eglise et l’Anti-Eglise, entre l’Evangile et l’Anti-Evangile » (Cardinal Karol Wojtyla) + L'Enfer est une possibilité réelle (Benoît XVI) + « Arrière, Satan ! car il est écrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras » + L'Eau Bénite, un puissant secours contre le Démon + Catéchèse de Jean-Paul II : Le Bien et le Mal s'affrontent + « Les idéologies du Mal », par Jean-Paul II + La stratégie de Satan est la confusion + "Celui qui ne croit pas au diable ne croit pas à l'Evangile (Jean-Paul II - 5 vidéos du Père Amorth, exorciste du diocèse de Rome) + Satan ravi + Faire la différence entre la magie et l'exorcisme (Père Amorth, exorciste du Diocèse de Rome) + « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d'âmes vont en enfer parce qu'elles n'ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. » + Le "Mysterium Iniquitatis", par l'Abbé Gouyaud

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