Je revois ce jeune, d’une vingtaine d’années, désireux de suivre le Christ, qui se désolait de ses tentations et de ses chutes au niveau de la chasteté. Il en était obsédé et frappait à toutes les adresses pour être délivré de ce qui l’inquiétait à longueur de temps. Nous voyons avec cet exemple que nous avons tendance à percevoir la pureté d’un point de vue moral et à nous focaliser sur la sexualité. On se positionne alors, soit du côté de l’indifférence, du laxisme, d’une « liberté sexuelle » tout azimut ; soit du côté de l’intransigeance, du pharisaïsme ou du puritanisme… Entre les deux, beaucoup entretiendront un sentiment de culpabilité. Ceux qui pratiquent le sacrement de la Réconciliation courront vers le prêtre pour confesser d’abord les péchés d’impureté liée à la sexualité, en oubliant des péchés peut-être plus importants dans l’ordre de l’amour...

 

 

 

La notion de pureté à l’époque de Jésus est différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Dans les Évangiles, la notion de pureté et d’impureté est celle que l’on rencontre dans la Loi de Moïse. Jésus n’est pas venu pour abolir la Loi, mais l’accomplir, même si c’est dans un dépassement que nous montrera la « nouvelle loi » des Béatitudes. Dans la loi juive, une femme sera considérée comme impure lorsqu’elle a ses règles. Ce flot de sang montre qu’il n’y a pas eu fécondation. [...] De même, tout écoulement séminal, provoqué ou non, rend l’homme impur parce qu’il n’y a pas eu fécondation. [...] On prend alors une mikvé, un bain rituel, pour se purifier et se remettre en état de donner la vie. La pureté rituelle est donc intimement liée à la vie. Jésus dépasse cette Loi et nous montre que l’important est l’unité de la personne. L’observation de règles extérieures ne suffit pas ! Il reproche aux pharisiens de se satisfaire d’observances, de « purifier le dehors de la coupe » (Matthieu 23, 25) en négligeant « l’intérieur », c’est-à-dire les intentions du cœur souvent rempli « de rapine et d’intempérance ! » (v.26). « Malheur à vous, hypocrites ! » (v.27). Étymologiquement, l’ « hypocrite » est celui qui se compose, sciemment ou non, un masque. Il s’occupe de son apparence et de sa réputation vis-à-vis de son propre regard et de celui des autres. Il entre en fait dans un véritable esclavage qui n’a rien à voir avec la glorieuse liberté des enfants de Dieu, de ceux qui vivent avant tout sous le regard du Père ! C’est ce rendez-vous avec Dieu, dans la chambre secrète de notre cœur, qui importe et la volonté de lui plaire, c’est-à-dire d’être heureux et de rendre heureux, dans le respect des personnes. Celui qui se disperse dans ses mauvaises pensées, paroles ou regards, dans certaines relations, dans une vie dissolue… justement se dissout ! Il ne se retrouve plus intérieurement ; il est divisé. Celui qui « rassemble son cœur » (Psaume 86, 11), se contient (en lui, toute sa personne est là !) dans un désir de fidélité à soi, aux autres et à Dieu. Il s’unifie et se rend plus disponible aux autres et à lui-même. Nous rejoignons ce qui résume selon Jésus toute la Loi : « Aimer Dieu de toutes ses forces et aimer son prochain comme soi-même » (Matthieu 22, 37-39). Le cœur partagé s’éloigne de ce double commandement de l’amour. Sa relation à Dieu, à soi et à ses frères est parasitée. Les raisons de désirer une pureté du cœur ne viennent donc pas d’un désir de pureté pour la pureté, mais du gage de vie et de bonheur qu’elle promet. Face aux pharisiens, Jésus nous met en garde contre le piège de l’illusion qui consiste à « se mettre en règle », simplement pour se satisfaire à ses propres yeux. Cette illusion, dans le domaine de la pureté comme ailleurs, peut nous conduire à un orgueil spirituel souvent plus dangereux que les chutes inhérentes à notre faiblesse ! Le père Molinié cite à ce sujet Sainte Thérèse de Lisieux : « C’est étonnant comme les âmes perdent facilement la paix à propos de la vertu de pureté ! Le démon ne l’ignore pas, c’est pourquoi il les tourmente tant à ce sujet. Et pourtant, il n’y a pas de tentation moins dangereuse que celle-là. Soyez sûre qu’une tentation d’orgueil est bien plus dangereuse et le bon Dieu bien plus offensé quand on y succombe que lorsqu’on fait une faute, même grave, contre la pureté. Une tentation d’orgueil devrait être crainte plus que le feu, tandis qu’une tentation contre la pureté ne peut qu’humilier notre âme et par là lui faire bien plus de bien que de mal ». Derrière l’illusion et l’orgueil spirituel se cache une méconnaissance de soi. Ce que Jésus touche du doigt auprès des pharisiens, c’est leur duplicité, c’est d’avoir le cœur mélangé et surtout de ne pas s’en apercevoir ! « Ta parole en se découvrant illumine et les simples comprennent » (Psaume 119, 130). Il ne s’agit pas d’être « simplet » ! C’est la « simplicité » ou la « droiture » de cœur, termes chers au psalmiste… Mais qui a le cœur vraiment pur ? En hébreu, on désigne le cœur par le pluriel haramim pour désigner en nous le bon et le mauvais penchant. Nos intentions sont souvent mélangées et nous avons besoin du chemin de toute une vie pour qu’elles se purifient. Nous voudrions avoir tout, tout de suite ! Or, comme dans tout art, la pureté du cœur nécessite du temps ! « La pureté est une poire qui ne se mange pas d’un coup ! » dit Saint Séraphim de Sarov. Il faut avoir l’humilité de le reconnaître, et pour cela se connaître un tant soit peu soi-même. La pureté du cœur nécessite donc une pauvreté du cœur, un dépouillement par lequel les illusions s’en vont. C’est ce travail de simplification par la grâce auquel les pharisiens, sûrs de leur bonne conduite, restent étrangers. Leur cœur obstiné s’est endurci et se sclérose. « Malheureux » sont-ils en effet, puisque leur cœur est devenu « sépulcre blanchi, pleins d’ossements de morts et de pourriture » (Matthieu 23, 27). Jésus dira aussi : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur cœur est loin de moi » (Matthieu 15, 8) ou encore : « Ce qui sort de la bouche, voilà ce qui souille l’homme » (v.11), signifiant que « les mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, diffamations » (v.19) procèdent du cœur avant tout et non de l’extérieur.

 

Vu le nombre de nos tentations et de nos chutes, un autre piège sera de porter jusqu’à l’obsession le désir d’une pureté impossible et d’entretenir une culpabilité qui nous empêcherait d’aller à Dieu. Devant ce constat d’échec, nous pouvons céder à la tentation d’acédie (paresse spirituelle et dégoût de Dieu) ou de désespoir (autre versant de l’orgueil). C’est, cette fois, ignorer toute la tendresse et l’infinie miséricorde de Dieu ! La sainteté est avant tout un chemin d’humilité confiante qui demande à la fois notre collaboration et notre abandon à la grâce. Or, après le péché, l’homme se couvre de honte et se coupe de la grâce. Il se cache de Dieu ! Après la chute, dans le jardin d’Eden, Dieu est toujours au rendez-vous et cherche celui qu’il aime inconditionnellement comme son Fils unique : « Adam, où es-tu ? » (Genèse 3, 9). La pureté du cœur n’est pas de ne jamais chuter, mais de se relever aussi vite que l’on est tombé ! C’est d’avoir le courage de revenir sans cesse. C’est la magnifique parabole de l’enfant prodigue (Luc 15) qui montre à la fois le repentir du fils et la prodigalité d’amour du père. « Heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur ! » nous dit Saint Paul. Jésus, le seul juste, le seul pur, est venu pour nous sauver. Il est le médecin de nos âmes. Allons à l’Eucharistie chercher la source et le remède plutôt que de s’en éloigner sous prétexte d’indifférence ou d’indignité. Dieu est amour et miséricorde. Nous verrons au Ciel combien nos péchés ne sont qu’une goutte d’eau perdue dans l’océan de son Amour ! Bien sûr, ne pas nous justifier de nos péchés, mais revenir à l’amour dans les sacrements et vis-à-vis de nos frères ; car « la charité couvre une multitude de péchés » (1 Pierre 4, 8) et nous décentre de nous-mêmes. Jésus dit de la femme pécheresse qui le couvrit de parfum : « Ses nombreux péchés lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. » (Luc 7,47). L’amour est un feu qui brûle tout : il suffit d’un geste, d’un sourire, d’un service rendu pour que la « pompe de l’amour » en nous soit réactivée ! Mendions la grâce, prions Marie, la toute pure, celle qui est incapable de retour sur elle-même ! Au ciel, nous serons transformés complètement et rendus participants de cette transparence et de cette communion qui lient, tout en les différenciant, les trois Personnes de la Trinité en un seul Dieu, le Dieu de toute Vérité, Beauté et Bonté ! « Nous lui serons semblables, car nous le verrons tel qu’il est. Quiconque a cette espérance en lui, se rend pur comme celui-là est pur » (1 Jean 3, 2-3).

 

Frère Bernard de Clairvaux (Communauté des Béatitudes)

Extrait de "Feu & Lumière" n° 234 de Décembre 2004

commentaires

Sylvain 09/07/2012 11:10


j'ai bien peur que cette citation soit fausse : possédant les oeuvres complètes de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, sainte que j'aime particulièrement, j'ai fait une recherche et je n'ai rien
trouvé.


« C’est étonnant comme les âmes perdent facilement la paix à propos de la vertu de pureté ! Le démon ne l’ignore pas, c’est pourquoi il les tourmente tant à ce sujet. Et pourtant, il n’y a pas de
tentation moins dangereuse que celle-là. Soyez sûre qu’une tentation d’orgueil est bien plus dangereuse et le bon Dieu bien plus offensé quand on y succombe que lorsqu’on fait une faute, même
grave, contre la pureté. Une tentation d’orgueil devrait être crainte plus que le feu, tandis qu’une tentation contre la pureté ne peut qu’humilier notre âme et par là lui faire bien plus de bien
que de mal ».


 

Admin 09/07/2012 15:15



C'est une citation de Ste Thèrèse de l'Enfant-Jésus rapportée par Soeur Marie de la Trinité dans ses carnets.


Il est donc "normal" que cette citation ne soit pas dans les oeuvres de la petite Thérèse de Lisieux.



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