A l'occasion de son voyage apostolique en France pour le 150ème anniversaire des apparitions de Lourdes, le Pape Benoît XVI a prononcé, lors de la cérémonie de bienvenue au Palais de l'Elysée, un discours à la conclusion très remarquée contre l'Europe de l'uniformité,  pour l'union dans le respect des différences nationales et des diverses traditions culturelles : « Il est important de promouvoir une unité qui ne peut pas et ne veut pas être une uniformité, mais qui est capable de garantir le respect des différences nationales et des diverses traditions culturelles qui constituent une richesse dans la symphonie européenne ». On est bien loin de la Constitution de Giscard recyclée dans le traité de Lisbonne, avec ses 68 compétences nouvelles transférées à la Commission.

 

 

 

Le Pape a rappelé d'autre part que « l'identité nationale elle-même ne se réalise que dans l'ouverture aux autres peuples et à travers la solidarité envers eux » (Exhortation Apostolique ‘’Ecclesia in Europa’’, N°112). « J'exprime ma confiance que votre pays contribuera toujours plus à faire progresser ce siècle vers la sérénité, l'harmonie et la paix. Monsieur le Président, chers amis, je désire une fois encore vous exprimer ma gratitude pour cette rencontre. Je vous assure de ma fervente prière pour votre belle Nation afin que Dieu lui concède paix et prospérité, liberté et unité, égalité et fraternité. Je confie ces vœux à l'intercession maternelle de la Vierge Marie, Patronne principale de la France. Que Dieu bénisse la France et tous les Français ! ». Benoît XVI semble s'inscrire ainsi dans la ligne, que l'on qualifierait aujourd'hui d'"euroréaliste", de son prédécesseur Jean-Paul II, qui ne cessa lui-même d'exhorter l'union des nations dans le respect de leur souveraineté. En juin 1980, le pape Jean-Paul II avait déclaré, dans un discours historique devant l'UNESCO à Paris : « Veillez, par tous les moyens à votre disposition, sur cette souveraineté fondamentale que possède chaque Nation en vertu de sa propre culture. Protégez-la comme la prunelle de vos yeux pour l'avenir de la grande famille humain ». Neuf ans plus tard, le mur de Berlin tombait, les nations de l'Europe centrale et orientale retrouvaient, une à une, leur liberté. Submergés par l'Histoire qui se déroulait à leurs portes, les dirigeants français et allemands s'empressèrent de signer un traité de neutralisation mutuelle - le traité de Maastricht -, expression de la doctrine Brejnev de la "souveraineté partagée", c'est à dire limitée, marquant le tournant supranationaliste de la construction européenne.

 

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