Dans les années 1970, qui se situaient dans le sillage d'un Concile mal compris, on a voulu généraliser dans les paroisses des messes dégagées des "contraintes" du missel romain. Il fallait - enseignait alors un intouchable professeur de théologie fondamentale de la faculté de théologie de Strasbourg - transformer la liturgie en un chantier permanent dont les matériaux de base pouvaient éventuellement être repris du missel romain. Dans les paroisses les plus importantes et nécessairement les plus influentes, on nomma donc curés des prêtres inventifs, grands saccageurs de la liturgie de l'Eglise. Ils furent très vite secondés par des équipes de laïcs n'ayant ni formation théologique ni même le sens élémentaire de la liturgie. Ces laïcs formeront les premières équipes qui seront officialisées par la suite…

 

 

 

Dans le même temps, les séminaristes furent envoyés faire des "stages en pastorale" dans des paroisses d'avant-garde où, disait-on, on s'employait à mettre "vraiment" en œuvre les décisions conciliaires. On assista alors à des lavages de cerveaux en règle. Interdiction de respecter le missel romain : il fallait l' "adapter". Interdiction de veiller à conserver de la dignité : il fallait "faire pour le peuple", le peuple étant, aux yeux du clergé (souvent de gauche), forcément inculte et peu ouvert au bon goût. Il fallait critiquer tout ce qui venait de Rome : les prélats du Vatican étant forcément coupés de réalités de ce monde. Il fallait systématiquement interdire la moindre note de grégorien : les "messes rythmées" allaient attirer les jeunes à l'église (disait alors celui qui allait lancer la revue "Signes d'Aujourd'hui" et qui est actuellement responsable de la pastorale liturgique dans son diocèse). Il fallait partout remplacer les autels par des tables : la notion de "repas" allait donner davantage de sens à l'Eucharistie... etc. Les fidèles durent ainsi assister à ce qui prenait en bien des endroits les allures d'une véritable dévastation. Nombreux furent ceux qui allèrent se plaindre auprès de leurs évêques de ce que le Concile était trahi : ils furent systématiquement traités d'affreux "intégriste" - le mot qui tue ! - et dans un grand élan de charité collective, on leur claqua la porte au nez. Mais le plus incompréhensible demeure ceci : pourquoi, à cette époque, les évêques n'ont-ils rien dit ? Pourquoi ont-ils laissé faire ? Pourquoi sont-ils allés jusqu'à nommer aux postes importants de leurs diocèses les prêtres qui étaient réputés pour être les plus habiles sabreurs du Concile ? A ces trois questions, personne jusqu'ici n'a su, pu, ou voulu répondre. Personne ? Si, quelqu'un. Quelqu'un a osé donner des éléments de réponses. Il s'agit du Cardinal Ratzinger lorsqu'il a dénoncé le "carriérisme" de certains clercs, lorsqu'il a qualifié certaines conférences épiscopales de "bureaucraties mitrées", lorsqu'il a mis en cause la nomination des évêques par un système de cooptation qui fait que l'on reproduit un épiscopat conforme au modèle de celui des années de l'immédiat après-concile. Dans un tel paysage, il y a fort peu de chance de voir que le Concile puisse être un jour appliqué. Trop d'évêques sont devenus, par la force des choses, des sortes d'administrateurs sillonnant les routes de leur diocèse au volant de leur voiture, allant de réunions en réunions, célébrant une messe par ci et une messe par là pour officialiser une inutile restructuration paroissiale, s'épuisant en tâches administratives, pourvoyant aux nominations de responsables de secteurs paroissiaux... Un tel activisme n'intéresse plus que la poignée de fidèles bien en vue, mais laisse totalement indifférente la grande majorité qui attend autre chose d'un pasteur. Ainsi persiste un décalage important entre le renouveau spirituel souhaité par Rome et la manière dont il est accepté par l'épiscopat français : la réception pratiquement hostile du Motu proprio Summorum Pontificum et son application en traînant les pieds en sont une preuve évidente, comme le fut il y a quelques années la publication du "catéchisme" Pierres Vivantes.

 

De quelle marge de manœuvre dispose aujourd'hui Benoît XVI pour ébranler le conformisme idéologique des années 1968 qui sévit encore dans les diocèses français ? La question mérite d'être posée quand on sait, par exemple, que Mgr Le Gall, Evêque de Toulouse, ancien Abbé de Sainte-Anne de Kergonan (Congrégation de Solesmes), devenu Président de la Commission épiscopale pour la Liturgie, déclarait que l'Instruction romaine Redemptionis sacramentum (25 mars 2004) sur les abus à éviter en matière de célébration de l'Eucharistie, ne concernait pas la France, où comme chacun peut le constater, les célébrations se déroulent conformément aux livres liturgiques. Ou encore quand on apprend que l'actuel Archevêque de Dijon, familier du Cardinal Ratzinger du temps où celui-ci était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, se déclare pour l'ordination d’hommes mariés. En fait, depuis Vatican II, le processus de nomination des évêques se déroule au sein d'une caste de cadres ecclésiastiques (vicaires généraux et épiscopaux, chanceliers, permanents nationaux, curés-doyens, supérieurs de séminaires) à jamais marqués par les années de l'après-Vatican II. Il s'agit d'une caste qui a peu à peu tendance à se diversifier, mais en son sein demeure un puissant conformisme ecclésiastique qui parle la langue du "pastoralement correct". Tous ceux qui sont aujourd'hui dans les administrations diocésaines sont des hommes qui ont été formés un peu avant, durant, ou un peu après les années soixante-dix, lesquelles furent des années de dévastation spirituelle, catéchétique, liturgique pour l'Eglise en France. Ils constituent toujours un milieu de décideurs diocésains et nationaux de tous niveaux, en même temps qu'un vivier d'épiscopables. Les évêques actuellement nommés, quelle que soit leur valeur, ont donc à gérer des diocèses avec le personnel dont ils émanent eux-mêmes.

 

Que peuvent faire, sur le plan liturgique, les "simples" fidèles dans un tel contexte qui conduit à l'effondrement de la foi catholique dans nos sociétés ? La réponse tient en deux points. Premièrement, il faut « que la liturgie soit à nouveau une activité communautaire de l'Eglise et qu'elle soit arrachée à l'arbitraire des curés et de leurs équipes liturgiques » (Préface du Cardinal Ratzinger au livre de Mgr Gamber "La réforme liturgique en question"), et deuxièmement, il nous faut tous ensemble approfondir notre fidélité à la Tradition qui va de Nicée à Vatican II et qui ne s'oppose pas au Magistère exercé par l'Evêque de Rome, « en refusant toutes les interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire ». (Jean-Paul II, Motu proprio Ecclesia Dei adflicta, n°5b). Il nous faut tenir cette position coûte que coûte; c'est la seule qui puisse être efficace en ces temps difficiles.

 

Pro Liturgia

commentaires

Gudule 13/10/2008 10:33

Excellent article. La vision est très synthétique.Rappelons au passage que c'est aussi au Pape que revient la lourde mission de tordre le cou à tous ces abus. Pour cela, il faut qu'il en ait connaissance précisément, ce qui est probablement partiellement le cas, le sytème de nomination des évêques en témoigne.Je fais aussi un court bilan ici http://leperenoelnexistepas.free.fr/index.php/a-propos-de-la-liturgie-catholique/

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