On sait que lorsque Benoît XVI prend la parole, les mots qu'il emploie sont pesés au milligramme. Voilà pourquoi il est important de prendre son temps pour bien comprendre la portée de chacun de ses propos. S'adressant directement aux évêques, lors de son voyage en France, le Saint-Père leur a dit : « Votre charge de sanctification du peuple des fidèles, chers Frères, est indispensable à la croissance de l'Eglise. (...) Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun, nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l'honneur et de la confiance qu'Il nous fait. Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité ! ». « Efforçons-nous d'être des serviteurs de l'unité ». Y a-t-il eu, y a-t-il, y aurait-il, a-t-il pu y avoir... des évêques qui ne soient pas toujours de véritables « serviteurs de l'unité » ? Des évêques auraient-ils été la cause de divisions... à l'insu de leur plein gré, bien entendu ? Serions-nous en train de payer, dans l' "Eglise qui est en France", le prix fort de divisions qui auraient leurs racines dans ce que des pasteurs n'ont pas dit alors qu'ils auraient dû parler ou ont fait et laisser faire alors qu'ils auraient dû stopper les dérives ?

 

 

 

Pour répondre à ces questions, il nous faut remonter un peu le temps et voir rétrospectivement comment certaines choses de sont passées immédiatement après le concile Vatican II. Nous ne parlerons ici que de la liturgie et, brièvement, de la catéchèse. Avant même la clôture du Concile, les évêques de France - comme ceux d'autres pays - ont publié des textes expliquant clairement ce qu'il convenait de faire et ce qu'il ne fallait pas faire en liturgie pour mettre en oeuvre les grandes orientations de Vatican II. Dans la "Lettre pastorale de l'épiscopat français" du 14 janvier 1964, par exemple, on lit : « Le document conciliaire [concernant la liturgie] entre en vigueur le 16 février 1964. N'en concluez pas : on ne pouvait rien faire auparavant et tout sera fait à partir de ce jour-là ». Et les "Directives pratiques de la Commission épiscopale de Liturgie" publiées en décembre 1964 détaillent d'une façon qui n'a vraiment rien de révolutionnaire la forme nouvelle que devra prendre la messe. Mais la grande erreur que feront les évêques de France par la suite consistera à confier toute la liturgie à des "commissions" qui s'arrogent peu à peu tous les droits et tous les pouvoirs pour introduire partout des pratiques liturgiques que le Concile n'avait jamais voulues ni même imaginées. Et c'est à partir de là qu'apparaît ce qu'il faut bien appeler une "défaillance" de l'épiscopat : à aucun moment nos évêques diocésains ne se soucient de vérifier si le Concile est véritablement appliqué dans les paroisses; pas une seule fois on les entendra prendre la parole pour corriger ou même interdire les extravagances liturgiques qui se multiplient alors à la vitesse grand V dans les paroisses, les maisons religieuses, les séminaires... On en arrive à cette situation totalement ubuesque qui fait que tout le monde déraille en liturgie, mais que ce sont ceux qui ne déraillent pas comme tout le monde qui sont montrés du doigt pour être peu à peu soupçonnés d'être contre le Concile, puis carrément "intégristes". "Intégriste" : le mot qui tue est lâché. Désormais, celui qui ne participe pas à la grande pagaille liturgique - dont on n'imagine plus aujourd'hui ce qu'elle a pu être - est forcément un "intégriste". Le mot est d'un emploi très pratique : il permet, sans autre forme de procès, de se débarrasser de tous les fidèles qui, dans les paroisses, les chorales, les associations, les séminaires... freinent des quatre fers pour tenter de mettre un terme à la dévastation en cours. Sont donc considérés comme "intégristes", au point de départ, des fidèles qui veulent des liturgies dignes, qui veulent conserver les autels, les tables de communion, les confessionnaux, le latin et le chant grégorien, l'encens, les cierges... bref, tout ce que le Concile n'a jamais demandé d'abandonner. Les évêques donnent-ils tort à ceux qui sabotent la liturgie ? Non. On ne les entendra jamais prendre la parole pour redresser la situation; jamais on ne les entendra interdire l'utilisation de certaines publications (comme "Signes d'Aujourd'hui" ou les "Fiches du diocèse de Saint-Brieuc" pour ne citer que les plus connues) qui, de plus en plus, sont utilisées dans les paroisses pour élaborer des célébrations liturgiques hors normes. Pas une seule fois on entendra les évêques rappeler aux prêtres l'obligation de respecter tous les rites précisés dans le Missel Romain. Quant au chant grégorien, on comprend rapidement que l'épiscopat français souhaite sa disparition : la non-diffusion du Iubilate Deo de Paul VI en fournit la preuve. Dans les séminaires diocésains souffle un grand vent de désacralisation et de désobéissance : vent attisé par le silence complaisant de tout un épiscopat. Sont alors interdits : les messes célébrées selon le missel romain, les Saluts du Saint-Sacrement, l'adoration eucharistique (des professeurs de dogmatique enseignent que "l'hostie, c'est fait pour être mangé, pas pour être regardé"), la récitation du chapelet, le latin et le grégorien, la lecture de publications trop fidèles à Rome (comme "Esprit et Vie" ou "L'Homme Nouveau"). Dans un tel contexte, tout jeune désirant être prêtre et montrant une trop grande attention (on ne parle même pas de "fidélité") à l'enseignement magistériel se voit poussé vers la porte de sortie par ceux qui n'ont pourtant que les mots "ouverture", "tolérance", "respect" et "pluralisme" à la bouche. Dans son dernier ouvrage, Mgr Gaidon, lui-même témoin et victime de cette pastorale dévastatrice, décrit fort bien ce qui s'est passé...

C'est aussi dans cette période agitée de l'après-Concile que l'Abbé Guérin, lui-même exclu par ses pairs pour abus de fidélité à l'enseignement conciliaire, songe à rassembler des jeunes gens qui, pour être désireux de servir l'Eglise dans la fidélité au Magistère, ont été exclus des séminaires diocésains et parfois même de leurs paroisses. Avec l'Abbé Guérin, ces jeunes vont devoir quitter la France et trouver refuge dans le diocèse de Gênes où ils sont accueillis à bras ouverts par le Cardinal Siri qui les aide à fonder la Communauté Saint-Martin. Exclusion semblable pour le Choeur Grégorien de Paris qui pourtant ne demande qu'une chose : pouvoir célébrer et chanter la liturgie en latin en respectant strictement l'enseignement conciliaire. Et des cas identiques se multiplient dans tous les diocèses de France alors que dans le même temps sont tolérées toutes les expériences liturgiques qui conduisent à contredire ou à nier ouvertement l'enseignement de Vatican II et qui participent à une vaste opération de désacralisation qui conduira les fidèles soit à cesser toute pratique religieuse soit, comme l'écrit Benoît XVI dans sa Lettre aux évêques qui accompagne le Motu proprio Summorum Pontificum, à chercher refuge dans l'ancienne liturgie. Dans le domaine de la catéchèse, la pagaille fut identique. elle aboutit à la publication de divers "parcours catéchétiques" ainsi qu'à "Pierres Vivantes", présenté par l'épiscopat comme un ouvrage de référence élaboré par d'excellents théologiens et de remarquables pédagogues, et qui n'est en réalité qu'un manuel visant à réduire la foi de l'Eglise à quelques vagues approximations. Il faudra beaucoup de courage aux fidèles pour refuser ces ouvrages dont l'utilisation par les catéchistes officiels est rendue obligatoire par l'épiscopat français. Ce ne sera qu'en janvier 1983, lors d'un voyage à Lyon et à Paris, que le Cardinal Ratzinger, dénonçant « la grande misère de la catéchèse nouvelle », mettra directement en cause "Pierres vivantes". Bien entendu, les évêques de France s'empresseront de préciser que les critiques formulées par le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ne concernent pas la catéchèse qui se fait en France... Oui, il y a incontestablement eu des pasteurs qui, par leurs silences, par leur manque d'empressement à mettre en oeuvre les directives magistérielles ou leurs interminables tergiversations, ont créé une situation favorable à des divisions entre les fidèles, divisions dont les traces sont encore trop visibles dans l'Eglise qui est en France.

 

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