1. Poursuivons l'analyse de la continence à la lumière de l’enseignement contenu dans l’Encyclique Humanæ vitæ. On pense souvent que la continence provoque des tensions intérieures dont l'homme doit se libérer. A la lumière des analyses accomplies, la continence, intégralement comprise, se révèle plutôt l'unique moyen pour libérer l'homme de ces tensions. Elle ne signifie rien d'autre que l'effort spirituel qui vise à exprimer « le langage du corps » non seulement dans la vérité, mais aussi dans l'authentique richesse des « manifestations d'affection ».

 

2. Cet effort, est-il possible ? En d'autres termes (et sous un autre aspect), nous retrouvons ici l'interrogation au sujet de la « possibilité de réaliser la norme morale » que rappelle et confirme Humanæ vitæ. Cette interrogation est une des plus essentielles (et aussi, actuellement, une des plus urgentes) dans le cadre de la spiritualité conjugale. L'Église est absolument convaincue de la justesse du principe qui affirme la paternité et la maternité responsables - au sens expliqué dans les précédentes catéchèses – et ceci non seulement pour des motifs « démographiques », mais pour des raisons plus essentielles. Nous appelons responsables la paternité et la maternité qui correspondent à la dignité personnelle des conjoints comme parents, à la vérité de leur personne et de l'acte conjugal. D'où découle l’étroite et stricte relation qui rattache cette dimension à toute la spiritualité conjugale. Dans Humanæ vitæ, le Pape Paul VI a exprimé ce qu'avaient déjà, d'autre part, exprimé de nombreux moralistes et savants influents même non catholiques, c'est-à-dire que précisément dans ce domaine, si profondément et essentiellement humain et personnel, il faut avant tout se référer à l'homme comme personne, au sujet qui décide de lui-même et non aux « moyens qui en font un objet » (de manipulation) et le « dépersonnalisent ». Il s'agit donc ici d'une authentique signification « humaniste » du développement et du progrès de la civilisation humaine.

 

3. Cet effort, est-il possible ? Toute la problématique d'Humanæ vitæ ne se  réduit pas simplement à la dimension biologique de la fertilité humaine (à la question des « rythmes naturels de fécondité »), mais remonte à la subjectivité même de l'être humain, à cet « ego » personnel qui fait qu'il est homme ou qu'il est femme. Déjà, durant la discussion du Concile Vatican II au sujet du chapitre de Gaudium et spes concernant la « Dignité du mariage et de la famille et sa mise en valeur », on parlait de la nécessité d'une analyse approfondie des réactions (et aussi des émotions) en relation avec l'influence réciproque de la masculinité et de la féminité sur le sujet humain. Ce problème appartient non pas tant à la biologie qu'à la psychologie : de la biologie et psychologie, il passe ensuite dans la sphère de la spiritualité conjugale et familiale. Ici, en effet, ce problème est en rapport étroit avec la manière de comprendre la vertu de continence, c'est-à-dire la maîtrise de soi et en particulier la continence périodique.

 

4. Une analyse attentive de la psychologie humaine (qui est en même temps une autoanalyse subjective et devient par la suite analyse d'un « objet » accessible à la science humaine) permet d'arriver à quelques affirmations essentielles. De fait, dans les relations entre personnes où s'exprime l'influence réciproque de la masculinité et féminité, se libère dans le sujet psycho-émotif humain, dans l' « ego » humain, à côté d'une réaction qu'on peut qualifier d' « excitation », une autre réaction qu'on peut appeler « émotion ». Bien que ces deux réactions apparaissent en même temps, il est possible de les distinguer de manière expérimentale et de les « différencier » quant à leur contenu ou à leur objet. La différence objective entre l'un et l'autre genre de réaction consiste dans le fait que l'excitation est avant tout « corporelle » et en ce sens « sexuelle » ; l'émotion, par contre - bien que suscitée par la réaction réciproque de la masculinité et de la féminité - se réfère surtout à l'autre personne comprise dans son « intégralité ». On peut dire qu'il s'agit d'une « émotion causée par la personne » en relation avec sa masculinité ou féminité.

 

5. Ce que nous affirmons ici relativement à la psychologie des réactions réciproques de la masculinité et féminité aide à comprendre la fonction de la vertu de continence dont nous avons parlé précédemment. Celle-ci n'est pas seulement - ni même principalement - la capacité de « s'abstenir », c'est-à-dire la maîtrise des multiples réactions qui s'entrelacent dans la réciproque influence de la masculinité et féminité : une telle fonction pourrait se définir comme « négative ». Il existe aussi une fonction (que nous pouvons appeler « positive ») de la maîtrise de soi : c'est la capacité de guider les réactions respectives, tant en ce qui concerne leur contenu qu'en ce qui concerne leur caractère. Il a déjà été dit que dans le domaine des réactions réciproques de la masculinité et de la féminité, l'« excitation » et l'« émotion » apparaissent non seulement comme deux expériences distinctes et différentes de l'« ego » humain, mais très souvent elles apparaissent conjointement dans le cadre de l'expérience même en tant que deux éléments différents de celle-ci. De diverses circonstances de nature intérieure et extérieure dépend la proportion réciproque dans laquelle ces deux éléments apparaissent dans une expérience déterminée. Parfois, c'est l'un des éléments qui prévaut nettement; d'autres fois il y a plutôt un équilibre entre eux.

 

6. La continence comme capacité de diriger « l'excitation » et « l'émotion » dans la sphère de l'influence réciproque de la masculinité et de la féminité a pour tâche essentielle de maintenir l'équilibre entre la communion où les époux ne désirent exprimer réciproquement que leur union intime et celle où (au moins implicitement) ils accueillent la paternité responsable. De fait, « l'excitation » et « l'émotion » peuvent porter préjudice, de la part du sujet, à l’orientation et au caractère du réciproque « langage du corps ». L'excitation cherche avant tout à s'exprimer sous forme de plaisir sensuel et corporel, c'est-à-dire qu'elle tend à l'acte conjugal qui (dépendant des « rythmes naturels de fécondité ») comporte la possibilité de procréation. Par contre, l'émotion provoquée par un autre être humain comme personne, même si son contenu émotif est influencé par la féminité ou masculinité de « l'autre », ne tend pas d'elle-même à l'acte conjugal, mais se limite à d'autres « manifestations d'affection » dans lesquelles s'affirme la signification nuptiale du corps et qui, toutefois, ne comprennent pas sa signification (potentiellement) procréatrice. Il est facile de comprendre quelles conséquences découlent de ceci relativement au problème de la paternité et maternité responsables. Ces conséquences sont de nature morale. L’excitation cherche surtout à s'exprimer au plan physique et elle comporte évidemment une possibilité de procréation. Par contre l'émotion peut se manifester sans aboutir à l'acte conjugal et à ses conséquences possibles. Cette distinction permet vraiment de mieux comprendre que le problème de la « paternité-maternité » responsable est d'ordre moral. Je supplie Dieu de faire accéder les chrétiens et tous les gens de bonne volonté à ce niveau de vérité libératrice et humanisante. Et je bénis tous les pèlerins présents à cette audience.

 

Jean-Paul II - Audience générale, le 31 octobre 1984 (DC 1984 p. 1167)

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