1. Nous allons poursuivre l'analyse de la vertu de continence à la lumière de la doctrine exprimée par l'Encyclique Humanæ vitæ. Il convient de rappeler que les grands classiques de la pensée éthique (et anthropologique) tant préchrétiens que chrétiens (Thomas d'Aquin) voient dans la vertu de continence non seulement la capacité de « contenir » les réactions corporelles et sensuelles, mais aussi et plus encore la capacité de contrôler et guider toute la sphère sensuelle et émotive de l'homme. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit de la capacité de diriger soit la ligne de l'excitation vers son développement correct, soit la ligne de l'émotion elle-même, en l'orientant vers l'approfondissement et l'intensification intérieure de son caractère « pur » et, en un certain sens, « désintéressé ».

 

2. Cette différenciation entre la ligne de l'excitation et la ligne de l'émotion n'est pas une contradiction. Elle ne signifie pas que l'acte conjugal, comme effet de l'excitation, ne comporte pas en même temps l'émotion de l'autre personne. Il en est certainement ainsi et de toute façon il ne devrait pas en être autrement. Dans l'acte conjugal, l'union intime devrait comporter une intensification particulière de l'émotion et même l'intense émotion de l'autre personne. Cela est aussi contenu, dans la Lettre aux Éphésiens, sous forme d'exhortation adressée aux conjoints : « Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ. » (Ep 5,21.) La distinction entre « excitation » et « émotion » relevée dans cette analyse, ne prouve rien d'autre que la richesse subjective, réactive-émotive de « l'ego » humain ; cette richesse exclut toute réduction unilatérale, et fait que la vertu de continence peut être réalisée comme capacité de diriger la manifestation, tant de l’excitation que de l’émotion suscitée par la réaction réciproque de la masculinité et de la féminité.

 

3. La vertu de continence ainsi comprise a un rôle essentiel dans le maintien de l'équilibre intérieur entre les deux significations, l’unitive et la procréative, de l'acte conjugal (cf. Humanæ vitæ, n. 12), en vue d'une paternité et d'une maternité vraiment responsables. L'Encyclique Humanæ vitæ accorde l'attention qui se doit à l’aspect biologique du problème, c'est-à-dire au caractère rythmique de la fécondité humaine. Même si cette « périodicité » peut, à la lumière de l'encyclique, être appelée indice providentiel pour une paternité et une maternité responsables, toutefois ce n'est pas seulement à ce niveau que trouve sa solution un problème comme celui-ci, un problème qui a une signification si profondément personnaliste et sacramentelle (théologique). L'encyclique enseigne que la paternité et la maternité responsables constituent « la vérification d'un amour conjugal en pleine maturité » - et pour cette raison on y trouve non seulement la réponse à l'interrogation concrète que l'on se pose dans le cadre de l'éthique de la vie conjugale mais aussi, comme je l'ai déjà dit, l'indication d'un trait de spiritualité conjugale que nous désirons au moins esquisser.

 

4. La manière correcte d'entendre et de pratiquer la continence périodique en tant que vertu (ou, selon Humanæ vitæ n. 21, la « maîtrise de soi ») décide aussi essentiellement du « caractère naturel » de la méthode appelée, elle aussi, « méthode naturelle » : celle-ci est « naturelle » au niveau de la personne. On ne saurait donc penser à une application mécanique des lois biologiques. La connaissance elle-même des « rythmes de fécondité » - même si elle est indispensable - ne crée pas encore cette liberté intérieure du don qui est de nature explicitement spirituelle et dépend du degré de maturité de l'homme intérieur. Cette liberté suppose une faculté à diriger les réactions sensuelles et émotives de telle manière qu'elle rend possible le don de soi à l'autre « ego » sur la base de la mûre possession de son propre « ego » dans sa subjectivité corporelle et émotive.

 

5. Comme on le sait par les analyses bibliques et théologiques faites précédemment, le corps humain est, dans sa masculinité et féminité, ordonné intérieurement à la communion des personnes (Communio personarum). C'est en ceci que consiste sa signification nuptiale. C'est précisément cette signification nuptiale du corps qui a été déformée, presque à sa base même, par la concupiscence (en particulier par la convoitise de la chair dans le cadre de la « triple concupiscence »). Dans sa forme venue à maturité, la vertu de continence dévoile graduellement l'aspect « pur » de la signification nuptiale du corps. De cette manière, la continence développe la communication personnelle de l’homme et de la femme, une communion qui n'est pas en mesure de se former et de se développer dans la pleine vérité de ses possibilités uniquement sur le terrain de la concupiscence. C'est précisément cela qu'affirme l'Encyclique Humanæ vitæ. Cette vérité a deux aspects : un aspect personnaliste et un aspect théologique.

 

Jean-Paul II - Audience générale, le 7 novembre 1984 (DC 1984 p. 1169)

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