« […] Depuis les travaux conciliaires, il s'est répandu une anti-romanité difficile à endiguer. La cible, donc, n'est pas en premier Ratzinger, mais Rome et sa primauté. L'ennemi, c'est une conception du gouvernement de l'Église qui, à la place d'un guide sûr, a vu en Rome une simple coordination de fond, capable seulement de garantir une unité généralisée. C'est une exégèse erronée du Concile qui a voulu que les dimensions des différentes conférences épiscopales croissent de façon démesurée : ces mêmes conférences auxquelles Ratzinger, dans l'interview de 1985 (avec Vittorio Messori), avaient nié une base théologique. Bureau après bureau, structure après structure, dans le monde, se sont créés de petits Vaticans régionaux qui se sont de plus en plus éloignés de la constitution hiérarchique de l'Église, autrement dit de cette conception du gouvernement qui prévoit que chaque évêque ait une responsabilité personnelle sur ses fidèles dans un cadre de « communion organique ». Les conférences se sont valorisées elles-mêmes, leur pouvoir interne et pas, justement, cette « communion organique » si chère aux textes du Concile. Très souvent, les conférences, au nom d'une fantomatique démocratie de gouvernement par ailleurs jamais avérée, ont fini par s'opposer à Rome, valorisant les personnalités qui, en leur sein, avaient le plus de charisme dans les media et dans l'opinion publique. Ces évêques qui avaient le plus de prise sur les journaux, sur la télé, qui ont voulu établir leur ministère davantage sur les conférences publiques autour du monde que sur le soin des âmes présentes dans leur diocèse, ces évêques « itinérants » plus que résidentiels, ont pris toujours plus d'autorité au sein de l'épiscopat de leur pays, devenant, sans jamais le dire explicitement, une sorte contre-pouvoir fort au Pape et au gouvernement même de Rome. Il s'agit d'énormes superstructures qui, parfois, oppriment les simples successeurs des apôtres qui, au contraire, trouvent justement dans le Pape, la garantie de leur liberté. Un contre-pouvoir difficile à gérer, comme l'ont bien démontré les récents cas d'excès contre le Pape de la part des conférences épiscopales allemandes et autrichiennes. Le cardinal Karl Lehmann a publiquement attaqué Benoît XVI pour la révocation de l'excommunication aux lefebvristes, tandis que la nomination de Gerhard Wagner comme évêque auxiliaire de Linz a été ouvertement repoussée avec mépris par toute la conférence épiscopale autrichienne, et maintenant on comprend, comme en témoignent plusieurs sites web, que ceux qui ont brouillé les cartes pour obtenir la révocation de la nomination étaient des prêtres qui vivent actuellement en état de concubinage. Tout a été publié dans les pages des quotidiens autrichiens : mais si on interviewait aujourd'hui les responsables des directions des conférences épiscopales, ceux-ci diraient être en parfaite communion avec le Pape.

Les partisans de l'herméneutique de la rupture de Vatican II forment une vague encore aujourd'hui bien organisée. Ratzinger le sait et c'est pourquoi le premier discours d'importance capitale de son pontificat, celui du 22 décembre 2005, leur était adressé : l'herméneutique de la rupture est erronée, expliquait Benoît XVI. Mais c'est une bataille ancienne : déjà Jean XXIII, malgré lui, fut décrit par les partisans de l'herméneutique de la rupture comme le Pontife de la fin de l'Église monarchique. Ils essayèrent aussi avec Paul VI, quitte ensuite à changer d'avis, à cause de la sortie d'Humanae Vitae, l'Encyclique qui par ses contenus nullement complaisants envers les instances du monde, marqua le début de la seconde phase du pontificat montinien, celle de la souffrance pour les injures et les calomnies subies. Même Wojtyla, peut-être plus que Ratzinger, fut contesté ouvertement pour les positions prises sur le sexe, l'amour, l'avortement, le mariage. A partir de Redemptor Hominis, il devint le Pontife d'une vision trop polonaise de l'Église, trop peu « catholique ». Mais les contestations ne l'ont jamais fait plier. Ni ne feront plier Ratzinger lequel, sans aucun doute, ne se laissera pas vaincre de l'émotivité […] ».

 

Extrait d’un article de Paolo Rodari

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