Le 10 mai 1940, les troupes allemandes envahissent les Pays-Bas. Bientôt y règne l’idéologie nazie, resserrant sans cesse les mailles du filet autour de la communauté juive. Le 26 juillet 1942, les évêques catholiques du pays font lire dans toutes les paroisses un texte de protestation. Le lendemain, l’arrestation des juifs devenus catholiques est décrétée. Parmi eux, Edith Stein et sa sœur Rosa, réfugiées au carmel d’Echt (Pays-Bas). Brillante intellectuelle, elle fut constamment animée d'une profonde quête de Vérité…
 
 
 
 
 

« La personne qui cherche la Vérité est peut-être plus proche de Dieu qui est la Vérité, 
et ainsi plus proche de son propre coeur, qu'elle ne le pense ».
(La science de la Croix)
 
 
 
 
Edith Stein est née en Allemagne le 12 octobre 1891, jour de Yom Kippour, ce qui explique sans doute l’affection particulière que lui voue sa mère, femme énergique et pieuse. Dernière de onze enfants, Edith connut à peine son père, mort deux ans plus tard. Toute sa jeunesse se passe à Breslau (aujourd’hui Wroclaw), en Silésie, sur les rives de l’Oder. Entrée à l’université en 1911, elle étudie avec passion, milite pour l’égalité des sexes, s’engage en politique, noue des amitiés et dérive vers l’athéisme. Fascinée par la personne humaine, comme en témoigne son livre Vie d’une famille juive, elle s’oriente vers la psychologie et découvre avec enthousiasme la phénoménologie à l’université de Göttingen.
 
 
 


UN ATHÉISME ÉBRANLÉ PAR SES RENCONTRES

Trois maîtres jouent dès lors un rôle majeur dans son initiation philosophique : Edmund Husserl, Max Scheler et Adolf Reinach. Parce que les deux derniers sont juifs convertis au christianisme, ils font tomber ses préjugés à l’encontre du christianisme. La lecture des notes de Reinach, mort au front en 1917, sera déterminante. Le philosophe les a écrites dans les tranchées après avoir fait l’expérience fulgurante de l’intimité de Dieu. Elles témoignent du cheminement d’une pensée rigoureuse qui ne veut pas abdiquer la raison, mais ne peut nier la Rencontre. De quoi interpeller Edith Stein. En cet hiver 1917-1918, la jeune femme n’a pourtant pas encore fait l’expérience personnelle de Dieu. Son athéisme a reflué, ébranlé par ses rencontres, ses lectures, son engagement comme infirmière bénévole de la Croix-Rouge qui a nourri sa réflexion sur l’empathie, sujet de sa thèse. Mais la « lumière obscure » de la foi qui couve en elle a encore besoin d’une étincelle. Celle-ci viendra d’abord par Anna, la jeune veuve de Reinach, qui lui fait entrevoir « la force divine » que la Croix « donne en partage à ceux qui la portent ». Puis par Sainte Thérèse d’Avila, dont elle lit l’autobiographie durant une nuit de l’été 1927. La Vérité qu’elle recherche avec tant de persévérance et que la philosophie ne lui a pas apportée lui est enfin révélée. Par-delà les siècles, Thérèse d’Avila lui montre vers quel horizon tendre désormais, celui du Carmel, qu’elle sent être sa patrie spirituelle. Il lui faudra pourtant encore beaucoup patienter…
 
 
 
PRÈS DE 12 ANS SUR LE SEUIL DE LA VIE MONASTIQUE

Baptisée le 1er janvier 1922, Edith Stein restera pendant près de douze ans sur le seuil de la vie monastique, consacrant son temps à l’enseignement à l’école des dominicaines de Spire et à l’Institut (catholique) des sciences pédagogiques de Münster, où elle se révèle excellente pédagogue. Elle travaille beaucoup, traduisant les lettres et le journal de la période pré-catholique de John Henry Newman ainsi que Questiones disputatae de veritate de Saint Thomas d'Aquin. Jamais, en revanche, elle ne parviendra à enseigner en faculté : elle a le tort d’être une femme, d’origine juive de surcroît… Sur les conseils du P. Erich Przywara, grand théologien jésuite qui souhaite une participation active des chrétiens à la vie de l’Église, elle entre dans le circuit des conférences catholiques. Avec courage, elle y développe une vision de la dignité de la personne humaine, en opposition radicale avec l’idéologie nazie. Elle aborde les thèmes qui lui sont chers : la pédagogie, l’éducation, mais aussi la spécificité des femmes dans la société et dans l’Église. Le 12 avril 1933, Hitler obtient les pleins pouvoirs. Edith Stein décide, avec le soutien de dom Raphaël Walzer, jeune abbé bénédictin de Beuron et figure de la résistance au nazisme, d’en appeler à Pie XI. Sa lettre au pape insiste sur trois points : la détresse de son peuple, le lien entre haine du juif et haine du Christ, la menace qui pèse donc sur l’Église. Pie XI réagira aussitôt. Chez elle, l’alliance entre ses intuitions, ses écrits, sa vie est totale. Quelques jours plus tard, elle est privée de son travail et de toute possibilité de s’exprimer en public.
 
 
 
PLEINEMENT SOLIDAIRE DE SON PEUPLE

C’est alors que, pleinement solidaire de son peuple, elle franchit le 14 octobre 1933 la clôture du carmel de Cologne, laissant derrière elle activités universitaires et grandes amitiés. Le 15 avril, elle prend l’habit sous le nom de Sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix. Thérèse en l’honneur de la Sainte d’Avila ; Bénédicte en mémoire de Saint Benoît et sans doute en référence à l’importance de la bénédiction dans le judaïsme ; la Croix, parce qu’elle ne cesse d’en approfondir le mystère. Elle s’adapte avec souplesse à la vie du carmel, sans cesser son travail intellectuel. Elle écrit ainsi L’être fini et l’Être éternel, qui traite de la puissance de la grâce et du mystère de la liberté humaine. Elle compose aussi des poèmes. En septembre 1936, elle renouvelle ses vœux tandis qu’à l’autre bout de l’Allemagne, sa mère, douloureusement affectée par sa conversion, meurt. Héritant de son livre de prières juives, Edith retrouve, mais éclairée par « la lumière obscure » qui pour elle désormais irradie de la croix, la richesse spirituelle d’Israël. Dans une lettre à un religieux, elle écrit : « Vous ne pouvez imaginer ce que signifie pour moi d’être fille du peuple élu : c’est appartenir au Christ non seulement par l’esprit, mais par le sang. »
 
 
 
CHACUN EST RESPONSABLE DE TOUS

Le 21 avril 1938, elle prononce sa profession perpétuelle. Sept mois plus tard, après la terrible « Nuit de cristal » des 9 et 10 novembre, elle se laisse convaincre de quitter Cologne pour trouver refuge aux Pays-Bas, au carmel d’Echt où la rejoint sa sœur Rosa, baptisée comme elle. Là, à la demande de la prieure, elle rédige une étude sur Saint Jean de la Croix, La Science de la croix, qui restera inachevée. Elle s’efforce par ailleurs de penser la solidarité, affirmant que chacun est responsable de tous, comme la haine d’un seul enténèbre le monde. En 1939, elle remet un billet à sa prieure : « Permettez-moi de m’offrir en holocauste au Cœur de Jésus pour demander la paix véritable… ». À partir d’avril 1942, elle doit, comme Rosa, porter l’étoile jaune (fiche 44070). Le 2 août, les deux sœurs sont arrêtées par les S.S. « Viens, allons pour notre peuple », aurait alors dit Edith, avec la clarté d’âme et de cœur qui l’habitait, à sa sœur Rosa. Au camp de transit de Westerbork, elle croisera une autre grande mystique juive du XXème siècle, Etty Hillesum. Le 7 août, Edith et Rosa Stein font partie d’un convoi de 987 Juifs pour le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Dès leur arrivée, un groupe de femmes et d'enfants dénudés est conduit vers le cloître de la mort. Le 9, elles sont gazées « ex odio fidei » en haine de la foi catholique. Par l'aveuglement des gouvernants, les forces maléfiques se sont déchaînées et le monde a basculé dans la haine et l'horreur.
 
Edith Stein a été béatifiée le 1er mai 1987 et canonisée par le pape Jean-Paul II le 11 octobre 1998. Elle est proclamée co-patronne de l'Europe le 1er octobre 1999.
 
 
 
 
 

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