A la Messe, après la Consécration, le célébrant proclame : "Il est grand, le mystère de la foi...".
La version latine de la liturgie est un peu différente. On dit simplement "Mysterium fidei..." On ne qualifie pas le mystère de la foi de "grand". Dans d'autres langues, on a conservé le sens de l'acclamation latine : "Mistero della fede", disent les Italiens; "Este es el Sacramento de nuestra fe", disent les Espagnols; "Geheimnis des Glaubens", disent les fidèles de langue allemande (Allemands, Suisses, Autrichiens); "Let us proclaim the mystery of faith", disent ceux qui parlent l'anglais; "Eis o mistério da fé", chantent les fidèles qui célèbrent en portugais... Il n'y a guère que dans les messes célébrées en français qu'on peut qualifier le mystère de notre foi de "grand". Or un mystère n'est jamais "grand" : il est "profond", c'est-à-dire insondable. Un mystère - disait André Frossard - n'est pas quelque chose qu'on ne peut pas comprendre, mais quelque chose qu'on n'a jamais fini de comprendre.

 

 

 

Le mystère de notre foi est "profond" car il s'enracine dans la puissance de Dieu, une puissance qui est d'abord, en la Personne de Jésus, un condensé d'humilité, de pauvreté, d'effacement. A la messe, le fidèle devrait pouvoir se nourrir de cette Vérité qui fonde sa liberté. Benoît XVI affirme que Jésus est l'étoile polaire de la liberté humaine : sans Lui, la liberté de l'homme (qu'il ne faut pas confondre avec l'indépendance) perd son orientation : sans la connaissance de la Vérité, la liberté se réduit à un arbitraire stérile. L'Eglise a donc pour nature d'être au service de la Vérité : Vérité qui vient de Dieu; Vérité qui est Dieu; Vérité qui se reçoit par le Christ humble, pauvre, effacé. Et ce n'est que dans la mesure où elle trouve sa source en Dieu - et non en l'homme - que la liturgie de l'Eglise peut communiquer et faire rayonner la Vérité. Par sa liturgie, l'Eglise illumine les consciences. C'est pour cette raison que les célébrations doivent être particulièrement soignées : on ne peut pas y faire, y dire, y chanter n'importe quoi, car n'importe quoi ne permet pas d'illuminer les consciences. A chaque étape de son histoire, l'Eglise a proposé de faire rayonner toute la richesse de son enseignement dans le rite liturgique. La liturgie se situe donc toujours dans le sillage de l'histoire de l'Eglise et en même temps dans celui de l'histoire générale. Mais c'est toujours l'histoire de l'Eglise qui doit orienter la liturgie et non l'histoire générale.
Il y a quelques années, des théologiens avaient souhaité que pour célébrer l'Eucharistie, les Chinois soient autorisés à utiliser des galettes de riz : on voulait ainsi adapter la liturgie à une culture particulière. C'était en quelque sorte soumettre l'histoire de l'Eglise à l'histoire de la Chine... Que n'a-t-on pas entendu lorsque Rome refusa l'emploi de galettes de riz ! C'est sûr : les cardinaux étaient enfermés dans leurs palais et ne connaissaient rien à la Chine. Peut-être, mais ils connaissaient quelque chose à la liturgie, et par leur refus ils lui ont évité de se dissoudre dans une culture particulière qui lui aurait fait perdre sa fonction, son rôle de vecteur de la Vérité.
L'Eglise catholique a toujours su faire preuve d'un souci d'adaptation pour une pastorale qui puisse répondre aux besoins des hommes d'une époque donnée. Ainsi s'accorde-t-on à reconnaître l'influence bénéfique qu'a eue pour la vie de l'Eglise la réforme liturgique réalisée à la suite de Vatican II. Là où l'Eglise a connu une grave crise qui se prolonge à l'heure actuelle, c'est là où la restauration liturgique voulue par le Concile a été mal comprise, mal menée, mal réalisée et non là où il a été correctement mis en oeuvre. Là où la réforme liturgique a été "menée à la hussarde" - pour reprendre une expression du Cardinal Lustiger - effectivement, une crise qui couvait depuis de longues années a pu exploser. Mais celle-ci n'est en rien imputable au Concile : sa nature est complexe et elle a ses racines dans les idéologies nées au siècle des Lumières et qui ont permis à des intelligences déformées depuis le XVIème siècle de s'exprimer.
LA CRISE ACTUELLE DE LA LITURGIE N'A AUCUN RAPPORT AVEC VATICAN II : elle s'alimente d'abord aux erreurs de ceux qui ne voient plus en l'Eglise qu'une sorte de club à visée humanitaire, au lieu de la considérer avec le regard de la foi qui permet de distinguer en elle sa dimension surnaturelle. Ces erreurs dissimulent souvent un orgueil : l'orgueil du désespéré qui veut faire la leçon à l'Eglise par liturgie interposée, en imaginant que la célébration de la foi doit se plier à l'histoire et aux idéologies qui la traversent. Ces erreurs sont révélatrices d'une étonnante inculture doublée d'une psychologie raidie (alors même qu'elle se prétend ouverte !) et sectaire commune aux courants dans lesquels s'enracine bien souvent une suffisance qui est d'ordre pathologique.
Le refus de la liturgie de l'Eglise, quelle que soit sa forme, croît généralement dans les esprits devenus incapables d' "intérioriser" l'Eglise : la liturgie est alors instrumentalisée pour pouvoir prendre les fidèles en otages. Alors, au lieu de demeurer un corps vivant et structuré qui ouvre sur l'indiscible - sur le mysterium fidei - la célébration eucharistique devient un instrument de pouvoir dont se servent certains célébrants et certains fidèles membres des omniprésentes équipes liturgiques. Une telle "instrumentalisation de la liturgie" - l'expression est de Jean-Paul II - est généralement le résultat de l'éloignement inconscient d'une authentique vie intérieure : un éloignement qui ne permet plus d'entrer dans la liturgie authentique et d'en savourer les richesses : rites, beauté, chant sacré, dignité, expressivité...
C'est aussi, dans les cas les plus extrêmes, le résultat d'une incapacité (probablement faute d'avoir pu bénéficier d'une solide catéchèse) d'assimiler à sa vie spirituelle et humaine le mystère de la Passion-Résurrection du Christ.
C'est enfin le résultat d'un oubli : bien des fidèles ont aujourd'hui oublié que l'Eglise fondée par le Seigneur n'a sa finalité ni dans le monde d'ici-bas, ni dans le temps, mais dans le fait qu'elle conduit les hommes à la contemplation de la Sainte Trinité. Ne pas comprendre cela, ne pas l'admettre, ne pas l'accepter, c'est vivre "sur" l'Eglise comme une sangsue vit le corps d'un animal. Ceux qui en sont là en arrivent alors à vouloir s'affirmer par la liturgie au lieu de chercher à vivre de la liturgie.


 

Il nous faut donc retrouver, à partir d'une juste vision de l'Eglise, la dimension intérieure de la célébration eucharistique : la liturgie doit nous y aider. La beauté des célébrations eucharistique doit nous y aider aussi, à sa façon, lorsqu'elle est en lien direct avec le mysterium fidei. Car en liturgie, la beauté est une chose essentielle : elle permet à la transcendance d'illuminer le quotidien. Tous les dictateurs savaient cela : voilà pourquoi ils ont généralement confisqué l'art sacré véritable et ont enfermé les individus dans de froides oeuvres en béton élevées à la gloire du Führer, du Duce, du Grand Timonnier ou du Petit Père du Peuple... Malheureusement il se trouve encore, dans bien des paroisses, des fidèles qui aimeraient évacuer de la liturgie la dignité, la beauté des ornements ou du chant grégorien, au motif que "les gens ne comprennent pas". Une telle conception de la liturgie conduit à imaginer des célébrations desquelles il ne peut sourdre ni consolation, ni espérance, mais où tout finit par n'être plus que duperie.
Mépriser le besoin de beauté en liturgie revient à mépriser l'homme afin de le réduire peu à peu à sa seule animalité. Dans la liturgie, la beauté n'est pas seulement un élément décoratif : elle est d'abord d'une valeur qui conduit à avoir des attitudes dignes dans l'exécution du rite, afin que soit davantage rendue perceptible la présence divine et sanctifiante du Seigneur. En liturgie, la beauté invite le fidèle à entrer dans l'intériorité du mysterium fidei : on ne célèbre pas la liturgie comme on mange dans un fast-food; une messe "simple" n'est pas synonyme de célébration galvaudée et un sanctuaire n'est pas un espace prévu pour une rave : la liturgie de l'Eglise n'a jamais voulu concurrencer la liturgie d'un quelconque Woodstock.
Ceux qui ont négligé la beauté en liturgie ont presque toujours été à l'origine de toutes les dérives dénoncées par les Souverains Pontifes. Dérives qui furent ensuite des facteurs psychologiques conduisant au recul de la pratique religieuse et à l'émergence du relativisme doctrinal qui accompagne aujourd'hui le recul de la culture chrétienne.
 « L'ars celebrandi - a précisé Benoît XVI - découle de l'obéissance fidèle aux normes liturgiques dans leur totalité, puisque c'est justement cette façon de célébrer qui a assuré, depuis 2000 ans, la vie de foi de tous les croyants, qui sont appelés à vivre la célébration en tant que peuple de Dieu, sacerdoce royal, nation sainte (cf. 1 P2, 4-5.9) » (Cf. Sacramentum Caritatis n.38). Ce n'est pas faire preuve de pharisianisme que de vouloir respecter les normes liturgiques et de souhaiter de la dignité et de la beauté dans les célébrations: c'est simplement se donner les moyens de pouvoir plonger dans la profondeur du mysterium fidei qui est le fondement de toute célébration eucharistique.

 

Pro Liturgia

commentaires

Laurent Marc C. 07/12/2011 20:50


A qui de droit,


Des affirmations audacieuses et bienvenues. Dommage que soient oubliées, à propos du "mystère" qui est "grand" les affirmations de s. Paul (d'où provient l'acclamation en langue française): Ep 5,
32 ("Ce mystère est grand ...") et 1 Tm 3, 16 ("Il est grand le mystère de la piété"). Le texte grec est d'une extrême précision.


Merci, et saint Noël 

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