ANALYSE : Dans cette homélie exceptionnelle, Saint Jean Chrysostome établit la nécessité des bonnes œuvres, et réfute les objections de ceux qui les regardaient comme extrêmement difficiles dans les embarras du monde. Il s'élève avec force contre ceux qui, après avoir promis un moment auparavant de tenir leur cœur élevé à Dieu, se rendraient coupables à l'heure même, en employant à de vains discours le temps du sacrifice terrible. Ensuite, il les conjure de ne point s'absenter de l'église les jours de sacrifice et de ne point s'amuser à discourir pendant qu'il est offert, mais d'y assister avec une sainte frayeur, les yeux baissés, l'esprit élevé vers le Seigneur, après s'être dépouillés en entrant de toute inimitié, persuadés que nous serons mesurés à la même mesure que nous aurons mesuré les autres. En conclusion, il nous fait souvenir de l'heure à laquelle ce monde finira et, après un tableau saisissant du néant de toutes choses ici-bas, il ajoute qu'après cette vie il n'y aura plus lieu de mériter ni de faire pénitence.

 

 

 

 

« De même que celui qui sème perd son temps s'il répand sa semence le long du chemin, ainsi ne nous servira-t-il de rien d'être appelés chrétiens si nos œuvres ne répondent pas au nom que nous portons. En voulez-vous la preuve ? Ecoutez un témoin digne de foi, saint Jacques, le frère de Notre-Seigneur, qui vous crie : La foi sans les œuvres est morte (Jacques II, 17). Donc la pratique des œuvres est partout nécessaire : sans elle le nom de chrétiens ne pourra nous être utile. Et n'en soyez pas surpris; car dites-moi ce que gagne un soldat à figurer dans une armée, s'il ne se montre digne du service militaire en combattant pour le roi qui le nourrit ? Peut-être même, — car ce que je vais dire est terrible, — eût il mieux valu pour lui n'être pas sous les armes, que de négliger l'honneur de son roi; comment, en effet, pourra-t-il échapper au châtiment, lui qui nourri par le roi, ne combat pas pour lui ? Et que parlé je de négliger le service d'un roi ? il s'agit de bien plus, il s'agit de nos âmes elles-mêmes dont nous négligeons les intérêts. Mais il est impossible, dit-on, de se sauver en vivant au milieu du monde et de ses embarras. Comment cela, mes frères ? Si vous le voulez bien, je vais montrer en peu de mots que ce n'est pas le lieu qui sauve, mais bien la conduite et la volonté. Adam, dans le Paradis terrestre, comme dans un port, a fait naufrage; Loth, à Sodome, comme en pleine mer, a été sauvé (Gen. XIII et XIX) ; Job, sur son fumier, fut justifié, tandis que Saül, au sein de l'opulence, perdit les biens de la vie présente et ceux de la vie future. C'est donc une vaine excuse de dire : Je ne puis vivre dans le monde, au milieu des affaires, et me sauver. Mais d'où vient la difficulté ? De ce que vous n'assistez pas assidûment soit aux prières publiques, soit aux assemblées saintes. Voyez ceux qui briguent quelque dignité auprès d'un roi de la terre ! comme ils sont empressés, comme ils stimulent leurs protecteurs pour obtenir ce qu'ils recherchent ! Je dirai donc à ceux qui abandonnent les divines assemblées ou qui pendant la cène redoutable et mystique s'amusent à de vaines conversations : Que faites-vous, chrétiens ? Où sont vos promesses au prêtre qui vous a crié : « En haut vos esprits et vos cœurs ! » et à qui vous avez répondu : « Nous les tenons élevés vers le Seigneur ? ». Et vous n'êtes pas tremblants et confus d'être convaincus de mensonge à cet instant redoutable ? O prodige ! La table mystique est préparée, l'Agneau de Dieu s'immole pour vous, le prêtre plaide votre cause, la flamme sacrée jaillit de la table sainte, les chérubins sont présents, les séraphins accourent, et les esprits aux six ailes se couvrent la face : toutes les puissances incorporelles intercèdent pour vous avec le prêtre, le feu divin est descendu du ciel, le sang a coulé du côté de l'Agneau sans tache pour vous purifier, et, encore une fois, vous ne tremblez pas, vous ne rougissez pas d'être convaincus de mensonge à cette heure terrible. Il y a cent soixante-huit heures dans la semaine, le Seigneur s'en est réservé une, une seule, et vous l'employez à des œuvres séculières et ridicules, à de vaines causeries ! Avec quel confiance pouvez-vous approcher des saints mystères, la conscience ainsi souillée, vous qui n'oseriez toucher avec des mains salies le bas de la robe d'un prince ? Gardez-vous bien de croire que ce que vous mangez soit du pain ou que ce que vous buvez soit du vin. Ces aliments ne sont pas sujets aux mêmes vicissitudes que les autres. Comme le feu pénètre la cire, sans rien perdre de sa substance, sans y ajouter rien : ainsi, quand vous communiez, les saints mystères passent tout entiers dans la substance du corps. Aussi, lorsque vous approchez, ne croyez pas recevoir le corps divin de la main d'un homme, mais représentez-vous les séraphins eux-mêmes avec une tenaille, vous offrant le feu pris sur l'autel du ciel, selon la vision d'Isaïe (VI, 6) ; et lorsque vous participez au sang du salut, que ce soit comme si vous appliquiez vos lèvres au côté divin de l'Agneau sans tache. C'est pourquoi, mes frères, fréquentons les églises et à l'avenir ne nous y livrons plus à des entretiens frivoles. Soyons-y craintifs et tremblants, les yeux baissés, l'esprit élevé, la tristesse sur le visage, la joie dans le cœur. N'avez-vous pas remarqué ceux qui entourent ici-bas un prince visible, sujet à la corruption et à la mort ? Comme ils sont immobiles, calmes, silencieux ; ils ne regardent pas autour d'eux, mais vous les voyez toujours sérieux, humbles, craintifs ! Prenez exemple sur eux, Chrétiens, et tenez-vous en la présence de Dieu comme si vous étiez en face d'un roi de la terre : il y a bien plus lieu de trembler quand on est devant le Roi du Ciel. Je ne cesserai de vous faire ces recommandations que quand je vous verrai corrigés. Entrons dans l'église et approchons-nous de Dieu avec les dispositions convenables. Chassons de notre cœur tout ressentiment, de peur qu'en priant nous ne nous condamnions en disant : Pardonnez-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. (Matth. VI, 12.)

 

C'est une parole terrible que celle-là, et celui qui la prononce crie en quelque sorte à Dieu : j'ai pardonné, Seigneur, pardonnez-moi; j'ai remis, remettez-moi: j'ai fait grâce, faites-moi grâce; si je n'ai pas pardonné, ne me pardonnez pas; si je n'ai pas remis à mon prochain sa dette, ne me remettez pas mes péchés; servez-vous envers moi de la mesure dont je me sers envers les autres. Que ces réflexions, jointes à la pensée du jour terrible du jugement, du feu de l'enfer et de ses horribles tourments, nous fassent quitter désormais la voie dans laquelle nous avons erré. Viendra l'heure en effet, où la scène de ce monde disparaîtra, et il n'y aura plus de prix à disputer; après cette vie on ne trouvera plus d'autre théâtre pour s'exercer, il ne sera plus temps de mériter des couronnes. Voici le temps de la pénitence, alors ce sera celui du jugement; ici les combats, là les couronnes; maintenant le travail, ailleurs le repos; aujourd'hui les peines, plus tard les récompenses. Réveillez-vous, je vous en conjure, réveillez-vous, et écoutons avec empressement ce qu'on nous dit. Nous avons vécu de la vie de la chair, vivons désormais de celle de l'esprit; nous avons vécu dans les plaisirs, vivons maintenant dans les vertus ; nous avons vécu dans la négligence, vivons à tout jamais dans la pénitence. De quoi s'enorgueillissent la terre et la poussière ? (Eccli. X, 9.) Pourquoi t'élever ainsi, ô homme ? Pourquoi cette arrogance, ces espérances dans la gloire et les richesses du monde ? Transportons-nous ensemble auprès des tombeaux; contemplons les mystères de la mort : voyons la nature en lambeaux, des os en poussière, des corps en putréfaction. Si tu es sage, examine, et dis-moi, si tu peux, où est ici le roi, où le sujet ? où le noble, où l'esclave ? où le sage, où l'insensé ? Beauté de la jeunesse, gracieux aspect, regards étincelants, nez si bien formé, lèvres vermeilles, joues si fraîches, front si brillant, je vous cherche en vain ! Je ne vois que cendre, que poussière; je ne trouve que vers, exhalaisons fétides, pourriture... ! Méditons sur toutes ces choses, mes frères; pensons à notre dernière heure, et pendant qu'il en est temps encore, quittons la voie où nous avons erré. Nous avons été rachetés au prix d'un sang précieux. (I Pierre, I, 19.) C'est pour cela que Dieu a paru sur la terre. C'est pour toi, ô homme ! qu'il y est venu, n'ayant pas même où reposer sa tête. (Luc, IX, 58.) O prodige ! Le juge est conduit au tribunal à cause des coupables, la vie se soumet à la mort, le créateur est souffleté par la créature, celui que les séraphins ne peuvent contempler est conspué par l'esclave; il est abreuvé de vinaigre et de fiel, il est percé d'une lance, il est déposé dans un sépulcre : et vous ne songez même pas à ces merveilles, vous les oubliez, vous les méprisez ! Ne savez-vous donc pas que quand même vous répandriez pour Dieu votre propre sang, vous n'auriez pas encore fait assez, car, autre est le sang du Maître, autre celui de l'esclave. Prévenez par la pénitence et par une conversion sincère le départ de votre âme, de peur que la mort ne vous surprenne et ne rende inutile pour vous le remède de la pénitence; parce que sur la terre seulement la pénitence a de la vertu ; dans l'enfer elle n'a plus d'effet. Cherchons le Seigneur tandis qu'il en est temps encore ; faisons le bien, afin d'être délivrés des peines éternelles, et mis en possession du bonheur des cieux, par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui gloire et empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! ».

 

 

Saint Jean Chrysostome, neuvième homélie sur la pénitence

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