« Non, ce n'est pas le diplôme qui fait le prêtre, c'est le sacrement, c'est au nom du sacrement qu'il enseigne... La grande entreprise divine ne saurait être très compromise par la médiocrité de ses instruments... Le pharisaïsme est une suppuration sans fièvre, un abcès froid, indolore. Il y a dans le pharisaïsme une malfaisance particulière qui exerce très cruellement la patience des saints, alors qu'elle ne fait le plus souvent qu'aigrir ou révolter de pauvres chrétiens dans mon genre. Je me méfie de mon imagination, de ma révolte, l'indignation n'a jamais racheté personne, mais elle a probablement perdu beaucoup d'âmes, et toutes les bacchanales simoniaques de la Rome du XVIème siècle n'auraient pas été de grands profit pour le diable si elles n'avaient réussi ce coup unique de jeter Luther dans le désespoir, et avec ce moine indomptable, les deux tiers de la douloureuse chrétienté. Luther et les siens ont désespéré de l'Église, et qui désespère de l'Église, c'est curieux, risque tôt ou tard de désespérer de l'homme. A ce point de vue, le protestantisme m'apparaît comme un compromis avec le désespoir... Les gens d'Église auraient volontiers toléré qu'il joignît sa voix à tant d'autres voix plus illustres ou plus saintes qui ne cessaient de dénoncer ces désordres. Le malheur de Martin Luther fut de prétendre réformer... C'est, par exemple, un fait d'expérience qu'on ne réforme rien dans l'Église par les moyens ordinaires. Qui prétend réformer l'Église par ces moyens, par les mêmes moyens qu'on réforme une société temporelle, non seulement échoue dans son entreprise, mais finit infailliblement par se trouver hors de l'Église... avant que personne ait pris la peine de l'en exclure... Il en devient l'ennemi presque à son insu, et s'il tente de revenir en arrière, chaque pas l'en écarte davantage, il semble que sa bonne volonté elle-même soit maudite. C'est là, je le répète, un fait d'expérience, que chacun peut vérifier s'il prend la peine d'étudier la vie des hérésiarques, grands ou petits. On ne réforme l'Église qu'en souffrant pour elle, on ne réforme l'Église visible qu'en souffrant pour l'Église invisible. On ne réforme les vices de l'Église qu'en prodiguant l'exemple de ses vertus les plus héroïques. Il est possible que saint François d'Assise n'ait pas été moins révolté que Luther par la débauche et la simonie des prélats. Il est même certain qu'il en a plus cruellement souffert, car sa nature était bien différente de celle du moine de Weimar. Mais il n'a pas défié l'iniquité... il s'est jeté dans la pauvreté... Au lieu d'essayer d'arracher à l'Église les biens mal acquis, il l'a comblée de trésors invisibles, et sous la douce main de ce mendiant le tas d'or et de luxure s'est mis à fleurir comme une haie d'avril... L'Église n'a pas besoin de critiques, mais d'artistes… L'Eglise n'a pas besoin de réformateurs, mais de saints.

 

(…) Dès le commencement, mon Église a été ce qu'elle est encore (c'est sans doute le Seigneur qui est supposé parler), ce qu'elle sera jusqu'au dernier jour, le scandale des esprits forts, la déception des esprits faibles, l'épreuve et la consolation des âmes intérieures, qui n'y cherchent que moi. Oui, frère Martin, qui m'y cherche m'y trouve, mais il faut m'y trouver, et j'y suis mieux caché qu'on le pense, ou que certains de mes prêtres prétendent vous le faire croire - plus difficile encore à découvrir que dans la petite étable de Bethléem, pour ceux qui ne vont pas humblement vers moi, derrière les Mages et les Bergers... ».

commentaires

A Z 07/03/2016 08:04

Bonjour,

1. A ce sujet, on ne peut qu'être inquiet, depuis déjà au moins quinze ans, quand on voit la tendance au remplacement de la notion de "vertus chrétiennes" par la notion de "valeurs chrétiennes", au sein du christianisme catholique contemporain.

2. Or, le christianisme n'a pas à "s'auto-réduire" (en vue de déplaire le moins possible, ou de plaire le plus possible) à un système de valeurs sociétales (le croire-ensemblisme oecuméniste, le vivre-ensemblisme eudémoniste) susceptible de provoquer, par un choc en retour, l'attiédissement intra-ecclésial, "à usage interne", de la Foi, de l'Espérance, de la Charité, surnaturelles et théologales.

3. Voici une autre manière de dire quelque chose de complémentaire : à cause de cette tendance à la substitution des vertus chrétiennes par les prétendues ou supposées "valeurs chrétiennes", se manifeste, là aussi, depuis déjà au moins quinze ans, une tendance à la transmutation d'une partie de l'Eglise catholique en une instance d'accompagnement et/ou d'émancipation, à caractère modérantiste ou tolérantiste, et non plus à caractère résistant et sanctifiant.

4. Tout indique en effet que les dernières années du pontificat de Jean-Paul II, les huit années du pontificat de Benoît XVI, n'ont pas vraiment donné lieu à une réception, docile, loyale, en plénitude, de ce qu'il y a de plus éclairant et de plus exigeant, dans leur enseignement, et que nous en payons le prix aujourd'hui.

5. Or, l'un et l'autre nous ont montré le chemin, nous ont ouvert la voie : il y a en eux toute une volonté de pédagogie qui est plutôt propice à la sainteté, tandis qu'il y a, dans l'esprit de bon nombre de ceux qui auraient dû pouvoir être leurs relais, ou qui devraient pouvoir être leurs continuateurs, en ce premier quart du XXI° siècle, une tendance à la diplomatie qui est plutôt propice au consensus, ce qui n'est pas la même chose que la sainteté.

6. Certes, tout n'est pas avant tout dissensuel, dans la sainteté, mais rien, dans la véritable sainteté, n'est réductible à sa régulation par la primauté du consensus sur la prise en compte et la mise en oeuvre de la Foi, de l'Espérance, et de la Charité.

Il me semble que c'est cela que beaucoup ont perdu de vue, et que c'est pour cette raison là que "le prophète idéal", pour certains, ressemble davantage à un "suiveur" de l'évolution et des orientations du monde contemporain qu'à un "témoin" de Dieu, Père, Fils, Esprit.

Bonne journée et excellente continuation.

A Z

prière du soir 24/10/2014 15:19


L'Église a toujours besoin de saints, même en cette année 2014. 

bitika 18/11/2012 03:36


les semaines passent, vous nous manquez toujours autant


mais vous etes toujours parmi nous ! merci pour ce bel extrait de G. Bernanos que je viens de decouvrir


Que la Tres Sainte Vierge vous protege !


 


 

Admin 18/11/2012 11:34



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