La Constitution Sacrosanctum Concilium de Vatican II avait beaucoup insisté sur la formation solide que devaient avoir tous les fidèles, à commencer par les clercs, pour que la restauration liturgique puisse porter des fruits. L'enseignement de la liturgie - disait le texte conciliaire - devait « être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures » et devait être donné « dans sa perspective théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorale et juridique » (cf. n°16). De nos jours, comme on le constate, beaucoup s'autorisent à parler de liturgie : chacun donne son avis, fait part de ses sentiments, exprime ses positions sur telle ou telle question... Preuve que le sujet suscite un réel intérêt. Il faut cependant constater que parmi ceux qui prennent ainsi la parole et donnent leur avis, très peu ont bénéficié de la formation liturgique exigée par le Concile. Au mieux, des historiens - même non-pratiquants - sont capables de tracer les grandes lignes de l'évolution du culte; au pire, des "animateurs" liturgiques totalement incultes pérorent à qui mieux mieux sur des questions qu'ils n'ont jamais étudiées. Il suffit de "plonger" ces gens-là dans un missel ou dans les grands documents magistériels pour constater qu'ils perdent rapidement pieds; il suffit de leur poser une question précise à brûle-pourpoint pour les entendre avouer une ignorance abyssale. Car la formation de beaucoup se limite aujourd'hui à la lecture de telle ou telle "revue d'animation liturgique" ou à deux ou trois stages d'initiation généralement pilotés par des gens capables de délayer quelques idées creuses durant tout un week-end.

 

 

 

 

Tout ceci est très insuffisant et fait comprendre pourquoi, dans nos paroisses, certaines messes donnent parfois l'impression de cristalliser autour de l'autel toutes les incompétences locales. Faites quelques tests : demandez à la personne qui dans votre paroisse, le dimanche, dirige les chants, de vous résumer en quelques mots l'essentiel de ce que dit l'Eglise à propos du chant liturgique. Il y a fort à parier qu'elle ne saura pas vous dire grand-chose. Demandez aux membres de l'équipe locale "d'animation" liturgique de vous indiquer les principales différences entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire du rite romain. Vous provoquerez un silence gêné. Demandez au prêtre qui célèbre la messe dans votre paroisse ce que dit la Présentation Générale du Missel Romain (PGMR) sur tel ou tel point de la liturgie. Peut-être constaterez-vous alors que le prêtre en question n'a jamais lu cette "PGMR". [...] Quant aux évêques, il suffit parfois de les voir célébrer ou de les interroger pour se rendre compte que rares sont ceux qui ont des connaissances solides en liturgie. Beaucoup sont les "fils" de la génération Action Catholique, laquelle n'a jamais fait de la liturgie sa priorité... En fin de compte, il faut bien reconnaître que dans les débats qui tournent actuellement autour de la liturgie, on trouve très peu de spécialistes de la question, c'est-à-dire des gens qui connaissent à fond l'histoire de la liturgie, qui connaissent parfaitement la forme ordinaire et extraordinaire du rite romain, qui connaissent véritablement les textes conciliaires et les documents magistériels ayant suivi Vatican II, qui connaissent parfaitement le "chant propre de la liturgie romaine" et savent l'exécuter, qui connaissent - au moins dans leurs grandes lignes - les traditions liturgiques autres que romaine... [...] Beaucoup ne connaissent qu'un aspect particulier ou superficiel de la liturgie et sont, de ce fait, incapables de faire une synthèse cohérente des questions qui se posent actuellement. De ce fait, dans les débats actuels, on entend parler d'une "messe de toujours" au sujet de laquelle le mot "toujours" a un sens qui varie du tout au tout suivant les personnes qui l'emploient, d'une "messe traditionnelle" sans que soit clairement défini ce qu'il faut entendre par "traditionnel" en liturgie, d'une "messe du Concile" que personne n'a jamais vu être célébrée dans les paroisses (sauf quelques rares exceptions), d'une "messe de Saint Pie V" dont parlent ceux qui n'ont jamais eu l'occasion d'étudier le missel romain que le Pape Saint Pie V a vraiment connu et fait publier (ouvrage rarissime !), d'une "messe de Paul VI" qu'on croit à tort être la messe qui est aujourd'hui célébrée dans les paroisses... etc.  A ce "galimatias", à ce "brouillamini" - pour reprendre les termes employés par M. Jourdain - s'ajoutent des considérations sur le latin et les langues courantes, sur le chant grégorien et les cantiques, sur l'orientation de la célébration, sur la participation "active" etc. En l'absence de connaissances théologiques, historiques et musicales solides et objectives sur lesquelles pourrait s'articuler un débat constructif autour de la question liturgique, en l'absence d'une lecture attentive et studieuse des documents magistériels publiés au long des 50 dernières années, beaucoup en restent au niveau d'opinions, de sentiments, de goûts subjectifs, de bonnes intentions, d'une perception fragmentaire des problèmes posés par la crise actuelle, laquelle est, il est vrai, incontestable aux yeux de tous. Dans ces conditions, la crise liturgique a encore de beaux jours devant elle.

 

Alors que faire ? En 1997, l'Abbé Claude Barthe publiait aux éditions de Guibert (Paris) une étude ayant pour titre "Reconstruire la liturgie". Ce titre est, semble-t-il, symptomatique d'une grave erreur que nous faisons tous depuis Vatican II : nous cherchons à "reconstruire"... Tous, avec "nos" moyens", avec "nos" plans, avec "nos" objectifs, nous "reconstruisons". Rarement bien, souvent très mal... Or jamais au cours des siècles la liturgie n'a été le résultat d'une construction par des « magistères parallèles qui finissent par troubler le peuple de Dieu en le conduisant au mépris de l'Autorité véritable » (CDF : Instruction ‘’Donum Veritatis’’, le 24 mai 1990). Elle a toujours été le fruit d'une réception, dans un véritable esprit de foi, de ce que nous donne l'Eglise. Aussi serait-il urgent de cesser les "constructions" pour adopter une attitude de "réception". Non pas réception du point de vue de tel ou tel "technicien ès rites", mais réception de la liturgie que l'Eglise nous offre en la qualifiant de "sainte". Laissons la conclusion à Saint Thomas d'Aquin dont les propos s'appliquent très bien à la question liturgique qui fait l'objet des lignes qui précèdent : « Ce qui possède la plus haute autorité, c'est la pratique de l'Eglise, à laquelle il faut s'attacher jalousement en toutes choses. Car l'enseignement même des docteurs catholiques tient son autorité de l'Eglise. Il faut donc s'en tenir plus à l'autorité de l'Eglise qu'à celle d'un Augustin ou d'un Jérôme, ou de quelque docteur que ce soit » (Somme Théologique, IIa – IIae, q. 10, art. 12c). Sage conseil que devraient suivre tous les fidèles qui souhaitent que la liturgie à laquelle ils participent ne soit pas autre chose que la célébration digne et noble de la foi de l'unique l'Eglise du Seigneur.

 

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