La crise de la liturgie - et la crise de la foi qui lui est étroitement associée - vient en grande partie de ce que presque partout les messes auxquelles les fidèles sont invités à assister donnent l'impression d'être célébrées pour les fidèles eux-mêmes, pour les assemblées elles-mêmes. Il suffit d'aller à la messe dans n'importe quelle paroisse pour constater que les célébrants ne parviennent plus à imaginer la liturgie autrement qu'abaissée au niveau des fidèles, autrement que conformée au "public" qu'ils ont face à eux. Ainsi, il faut célébrer "face au peuple" pour que les fidèles puissent tout voir; il faut multiplier les micros pour que les fidèles puissent tout entendre; il faut supprimer le latin pour que les fidèles puissent tout comprendre; il faut remplacer le grégorien par des refrains primaires pour que les fidèles puissent tout chanter; il faut laisser le prêtre improviser pour que les fidèles puissent sentir, à travers sa spontanéité, son degré d'implication dans la célébration; il faut inviter des laïcs dans le choeur pour que l'assemblée puisse se faire à l'idée que la messe n'est pas que l'affaire des prêtres... etc.

 

 


messe12.jpgLes fidèles finissent donc pas être convaincus qu'une célébration liturgique n'a de sens que si leur elle est destinée, que si elle est leur permet de tout voir, de tout entendre, de tout comprendre, de tout chanter... avec un minimum d'efforts, d'attention, de volonté. La liturgie est donc devenue "démocentrique" : centrée sur le peuple, établie en fonction du peuple, destinée au peuple. D'ailleurs, dans de très nombreux cantiques repris à chaque occasion, les fidèles sont invités à proclamer cette prédominance du peuple : "Peuple de Dieu, marche joyeux..."; "Peuple chrétien qui se lève..."; "Peuple choisi..."; "Peuple de frères, peuple du partage..."; "Peuple de l'Alliance..."; "Peuple de lumière..."; "Peuples qui marchez dans la longue nuit..."; "Nous sommes le peuple de la longue marche..."... etc. (1). Il est clair que cette insistance à mettre le "peuple" à toutes les sauces liturgiques - si l'on peut s'exprimer ainsi - ne peut pas être innocente. Il semblerait qu'elle soit apparue dès les années 1960 avec un cantique bien composé pour galvaniser les assistances encore fournies en ce temps-là; il fut apprécié au point d'être partout repris à pleines voix : "Vers toi, terre promise". Il y était question du "peuple de Dieu qui se traîne" pour sortir de l'esclavage... et le mot "peuple" formait le leitmotiv de ce chant allant crescendo. "Sortir de l'esclavage" : certes le thème est biblique. Mais pour certains, il pouvait aussi signifier sortir de l'emprise... de Rome, de l'autorité magistérielle accusée de refouler les aspirations à plus de liberté du peuple des paroisses. On ne mesurera jamais assez l'impact que peut avoir un chant sur une foule; que cet impact soit positif - comme dans le cas du chant grégorien - ou qu'il soit négatif - comme dans le cas de certains cantiques "qui plaisent" -. Cette sorte de "liturgie populiste" actuelle sur fond de chants qui plaisent peut détourner les célébrations de leur unique raison d'être : Dieu. Les fidèles n'ont alors plus conscience qu'une célébration liturgique n'a de sens que si elle est capable de les introduire dans la louange de Dieu et la contemplation de sa présence. Au contraire : les fidèles "se" disent, "s'" affirment, "se" chantent... Et toute la célébration est alors conçue pour pouvoir renvoyer l'image de l'assistance - si possible conviviale - à chacun des fidèles qui la composent : la liturgie devient alors cette autocélébration dénoncée par le Cardinal Ratzinger-Benoît XVI, un happening pour les happy fews qui s'impliquent dans son élaboration. On passe alors de la liturgie comme "acte de l'Eglise universelle" - tel est le sens du mot "catholique" - à la liturgie comme "expression d'une communauté locale". Dans chaque messe, le schéma tripartite de la liturgie romaine (liturgie pénitentielle, liturgie de la Parole, liturgie eucharistique) est bien conservé, mais il est adapté, accommodé, de telle sorte que la célébration puisse d'abord refléter l'expérience religieuse des fidèles réunis à tel moment précis, en tel endroit particulier. Le célébrant n'est alors plus qu'un "homme orchestre" chargé de traduire cette expérience religieuse ponctuelle d'une communauté donnée, mais n'est plus le "prêtre" au vrai sens du mot. D'où, lorsqu'il est à l'autel, des attitudes montrant que sa préoccupation est de "faire de la com' ". D'où ces perpétuels coups d'oeil qu'il lancera sur l'assistance pour marquer cette connivence qu'il veut avoir et qui lui était interdite tant qu'il ne célébrait que versus populus et en latin, deux composantes liturgiques qui ne lui permettaient que de se focaliser sur Celui qui demeure l'unique raison d'être de la liturgie.

 

D'étapes en étapes, par l'abandon du latin, du chant grégorien, des rites correctement accomplis, de l'orientation de la liturgie... on est parvenu à persuader les fidèles que chaque messe, pour être "efficace", doit refléter l'expérience religieuse de la communauté, et que c'est la communauté qui est l'unique vrai sujet de la liturgie. Il s'agit là d'une vision des choses qui non seulement a conduit vers cette fragmentation totale de la liturgie que l'on constate partout, mais aussi vers une destruction de la liturgie comme telle. Car dès lors qu'une célébration liturgique n'est vue que comme le reflet des expériences religieuses d'un groupe de fidèles ou d'une assemblée quelconque, elle estompe la présence du mystère. Ce n'est donc plus l'Eglise en tant qu'elle est le Corps du Christ qui est le sujet de la liturgie, et ce n'est plus non plus le Christ présent qui est l'objet de la célébration, mais ce n'est qu'une communauté locale obligatoirement limitée dans le temps et l'espace qui est le sujet et le sentiment collectif qui devient l'objet. On est alors là en plein protestantisme, c'est-à-dire en pleine négation du sacré, de la Présence réelle, et du sacerdoce ministériel. On perd ainsi l'Eglise, on l'abandonne ! La juste notion de ce qu'est la liturgie ne pourra être retrouvée par les fidèles que lorsqu'on aura perdu l'habitude de ne voir chaque messe qu'en fonction de l'assemblée qui y participe et que l'on aura, en même temps, accentué à l'aide des éléments reçus de la Tradition vivante, le caractère profondément théocentrique de chaque célébration. Car « la liturgie contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Eglise » (Sacrosanctum Concilium, N°2).

 

 

(1) On remarquera que dans la plupart de ces chants, ils est surtout question du peuple "qui se lève",

du peuple "qui marche", du peuple "qui avance", du peuple "libéré"... autant de thèmes qui, tels qu'ils

sont généralement exprimés et souvent chantés sur des mélodies galvanisantes, peuvent conduire

à adhérer à une théologie de la libération plus crypto-marxiste qu'incontestablement chrétienne.

commentaires

Widget Vatican.va

Liens (1)

 

 

 

 

 

 

logofc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 








Dossiers / Synthèses

 


 

http://img.over-blog.com/600x408/0/21/41/34/2010/hippycatholicism-copie-1.jpg

 


 

 


 

 


 

Actualité du livre

 

 

 


 

 

 

 

 

 


 

 

 

Admin / Twitter

oiseau-twitter2.gif

 

 

Depuis janvier 2006,
site administré par de
jeunes laïcs catholiques.
 
 
CONTACT
 

 


 

 
coolpape.jpg