Nous le constatons; nous l'avons souvent dit et répété : la liturgie romaine, telle qu'elle a été définie par le concile Vatican II, n'existe pour ainsi dire pas dans les paroisses de France. Elle est introuvable tant dans son expression latine que dans son expression française. Le Missel romain n'est pas respecté : la liturgie qui y est définie est presque partout remplacée par des célébrations fluctuantes ne reflètant pas la foi de l'Eglise mais plutôt les goûts et les sentiments de tel célébrant, de tel groupe de fidèles... Or, entre la foi reçue des Apôtres et célébrée par la liturgie de l'Eglise et les sentiments de quelques personnes, il y a un monde... un gouffre pourrait-on dire ! La liturgie qui célèbre et reflète la foi intacte de l'Eglise peut être qualifiée de "sainte", parce que l'Eglise elle-même est sainte. C'est pourquoi le concile Vatican II parle de la "Sainte Liturgie". Mais une liturgie recomposée à partir des goûts et des sentiments de quelques fidèles ou d'un prêtre ne peut pas, elle, être dite "sainte". Pourquoi ? Simplement parce que les fidèles qui organisent cette liturgie ne sont pas eux-mêmes saints.

 

 

 

media-127326-1.jpegDe quel droit prive-t-on aujourd'hui les fidèles de la "Sainte Liturgie" à laquelle ils ont droit et que l'Eglise souhaite leur donner pour qu'ils puissent y puiser abondamment les forces spirituelles dont ils ont besoin ? Cette question toujours d'actualité doit être posée sous une forme encore plus simple : pourquoi ne trouve-t-on pas, aujourd'hui, dans nos paroisses, l'authentique liturgie romaine telle qu'elle est définie par l'Eglise pour notre temps ? La réponse est multiple. Si la liturgie de l'Eglise fait aujourd'hui défaut dans les paroisses, c'est essentiellement parce que :

 

1°. Une grande majorité de prêtres ne connaissent pas cette liturgie. Quand ils célèbrent la Messe, ils reproduisent ce qu'ils ont vu faire ailleurs et qui leur a plu et ils font ce qu'on leur dit de faire. Rarement ils ont la curiosité de consulter les textes officiels du Magistère pour voir si ce qu'ils font et si ce qu'on leur demande de faire est conforme avec l'enseignement de l'Eglise. Il n'y a généralement chez ces célébrants aucune réelle mauvaise volonté, mais simplement une grande ignorance : une ignorance qui persiste depuis le Concile, tant et si bien que la masse des fidèles a fini par s'en accommoder. Cette ignorance vient essentiellement de ce que les documents officiels du Saint-Siège ne sont ni transmis, ni objectivement étudiés (1). Quand l'ignorance conduit à s'accomoder de l'erreur, c'est très grave ! Quand le mensonge perpétuel finit par se faire passer pour la vérité c'est très grave ! Quand progressivement de simples modes se substituent aux règles de la liturgie, c'est encore très grave ! Il arrive que de telles subversions puissent passer pour "pastoralement" plus efficace parce qu'une liturgie "adaptée" semble mieux correspondre à la piété subjective de ceux qui y participent. Mais objectivement, la subversion de la liturgie trahit toujours le sacrement de l'unité et met en relief des individualismes qui ne sont jamais sans danger pour la foi. (2) 

 

2°. Dans leur immense majorité, les fidèles ne connaissent pas, eux non plus, la liturgie actuelle. Hormis ceux qui fréquentent certaines abbayes, ils ne l'ont jamais vue célébrée.Les fidèles d'aujourd'hui qui pratiquent encore vont souvent à la messe par habitude et par foi sincère sans se rendre compte des aberrations liturgiques qu'on leur fait "avaler"; sans se rendre compte que ces aberrations liturgiques peuvent facilement devenir les supports d'aberrations doctrinales. Les fidèles n'ont plus conscience que les célébrations eucharistiques accommodantes qu'on organise dans leurs paroisses ne sont généralement plus que des cérémonies que l'on a accommodées pour autoriser l'erreur à s'y installer. Le paroissien d'aujourd'hui finit alors par être contaminé par un mal qui semble vouloir ronger certains pasteurs et qui fait qu'on est devenu plus sensible à une liturgie qui plaît qu'à une liturgie qui est vraie. C'est ce qui explique que des fidèles se réjouissent de pouvoir encore participer, dans une paroisse près de chez eux, à une messe chantée en grégorien; mais ils ne s'inquiètent nullement de ce que, au cours de cette célébration eucharistique grégorienne, la liturgie elle-même ne soit plus respectée. Du moment qu'ils ont eu une "dose" dominicale de grégorien, tout est pour le mieux. Pour le reste, que le célébrant omette des rites et transforme certaines prières en considérations personnelles, on ferme les yeux. Il arrive aussi que des fidèles louent les qualités de tel prédicateur, sans s'inquiéter de ce que le contexte dans lequel se fait la prédication est un non-sens liturgique. Un fidèle raconte que durant les fêtes de Noël, il avait entendu un prédicateur faire un excellent sermon au cours duquel il expliquait que les rites liés à cette grande fête étaient d'une grande importance pour permettre à l'homme égaré de retrouver des repères et une certaine stabilité. Mais le prédicateur lui-même n'a par la suite respecté aucun des rites liturgiques... Ce qui n'a du reste troublé aucune des personnes ayant quelques minutes auparavant apprécié le contenu de l'homélie.

 

3°. Des évêques, mis au courant des déviations liturgiques généralisées, ne semblent pas vouloir réagir. Mais comment pourraient-ils redresser la situation puisque certains d'entre eux avouent ne pas être des spécialistes en liturgie ou de ne pas s'intéresser outre mesure à la liturgie ? Comment les pasteurs diocésains pourraient-ils donner le bon exemple si eux-mêmes ne se soucient ni de connaître ni de respecter les règles contenues dans le Missel romain ? Interrogé sur ce sujet brûlant, un évêque disait, il y a quelque temps, ne pas faire de la liturgie sa préoccupation essentielle. Pour lui, l' "essentiel" était de faire de la "pastorale". Mais ne serait-il pas temps de s'interroger sur l'efficacité de cette pastorale "à la française", quand on sait que notre pays est devenu la lanterne rouge des pays d'Europe en matière de participation aux messes dominicales et en matière d'ordinations sacerdotales ? Est-il utile de rappeler ici que le concile Vatican II a déclaré ce qu'aucun autre concile avant lui n'avait déclaré - pas même celui de Trente -, à savoir que « la liturgie est le sommet et la source de la vie de l'Eglise ». Oui, nous lisons bien : la « source ». C'est donc la liturgie qui devrait être au coeur de toute vraie pastorale.

 

Concluons. Nous voulons bien comprendre l'embarras de nos Pasteurs. S'il leur fallait officiellement admettre que la liturgie restaurée à la suite de Vatican II est introuvable dans les paroisses françaises, suite à une application erronée des directives conciliaires, il leur faudrait répondre à une nouvelle question : qu'est-il prévu pour redresser cette situation qui fait souffrir tant de fidèles disposés à suivre les orientations de l'Eglise ? A notre connaissance, rien n'est prévu... du moins dans un avenir proche. Pourtant, lorsqu'on interroge le site internet de la Conférence des Evêques de France sur la liturgie, on est renvoyé sur le site du Centre National de Pastorale Liturgique. Et là se trouve une surprise : chacun peut désormais consulter une traduction de la nouvelle "Introduction Générale du Missel Romain" approuvée et rendue obligatoire par Jean-Paul II. Alors, devant la richesse d'un texte officiel qui continue à être ignoré et inappliqué dans la majorité des paroisses, posons une question : qu'est-ce qui, au fond, anime et motive les réels choix pastoraux de certains de nos prêtres ? Nous ne voulons pas - nous ne pouvons pas - croire que tous nos prêtres font de la désobéissance par goût de la désobeissance. Nous ne voulons pas non plus croire ou simplement imaginer qu'ils n'aiment pas la liturgie. Pourquoi tant de prêtres n'avouent-ils pas qu'ils se rendent malheureux en refusant aux fidèles et en se refusant à eux-mêmes cette liturgie de l'Eglise qu'au fond, leur coeur de pasteur aimerait donner ?

 

 

(1) Quels sont les fidèles qui ont eu en main des documents tels que la "Lettre de Jean-Paul II à tous les évêques de l'Eglise sur le mystère et le culte de la Sainte Eucharistie" (24 février 1980),

la "Lettre apostolique de Jean-Paul II pour le 25ème anniversaire de la Constitution sur la Sainte Liturgie", le "Directoire pour le ministère et la vie des prêtres"

publié en 1994 par la Congrégation pour le Clergé, le manuel "Iubilate Deo" distribué aux évêques du monde entier pour leur demander de veiller à ce qu'un minimum

de chant grégorien soit conservé partout et connu des fidèles... pour ne citer que ces documents ?

 

 

(2) "Le prêtre comme ministre, comme célébrant, comme étant celui qui préside l'assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir un sens particulier du bien commun de l'Eglise,

qu'il représente par son ministère, mais auquel il doit aussi être subordonné selon une discipline correcte de foi. Il ne peut pas se considérer comme un propriétaire qui dispose

librement du texte liturgique et du rite sacré, en allant jusqu'à lui donner un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété subjective,

mais objectivement c'est toujours trahir l'union qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de l'unité. Tout prêtre qui offre le Saint Sacrifice doit se rappeler que, pendant ce Sacrifice,

ce n'est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c'est toute l'Eglise, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu'un voulait

appeler une telle position "uniformisme", cela prouverait seulement l'ignorance des exigences objectives de l'unité authentique, et ce serait un symptôme d'individualisme dangereux. 

 La subordination du ministre, du célébrant, au "Mysterium" qui lui a été confié par l'Eglise pour le bien de tout le peuple de Dieu, doit aussi trouver son expression

dans l'observation des exigences liturgiques relatives à la célébration du Saint sacrifice. Ces exigences portent, par exemple, sur l'habit, et en particulier sur les ornements que revêt le célébrant.

Il est naturel qu'il y ait eu et qu'il y ait des circonstances dans lesquelles les prescriptions n'obligent pas. Nous avons lu avec émotion, dans des livres écrits

par des prêtres qui avaient été prisonniers dans des camps d'extermination, des relations de célébrations eucharistiques faites sans suivre ces règles, c'est-à-dire sans autel et sans ornements.

Si, en de telles conditions, cela était une preuve d'héroïsme et devait susciter une profonde estime, dans des conditions normales toutefois, négliger les prescriptions liturgiques

peut être interprété comme un manque de respect envers l'Eucharistie, éventuellement dicté par l'individualisme ou par un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes,

ou par un certain manque d'esprit de foi (...)" Jean-Paul II, Lettre à tous les évêques, fév. 1980.

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