Au XVIIème siècle, dans le monde anglican, est apparu un groupe de fidèles qui fut qualifié de "latitudinaire". Qu'étaient les "latitudinaires" ? C'était des Anglicans qui, tout en restant attachés au mode épiscopal de gouvernement et aux formes liturgiques de l'Anglicanisme traditionnel, estimaient qu'au fond, ces choses-là n'étaient pas d'une grande importance pour la foi. Un siècle plus tard, on a appelé "latitudinaires" ceux qui, bien qu'ayant la foi, demeuraient indifférents aux symboles et aux formes utilisés pour exprimer cette foi. Autrement dit, que la liturgie soit célébrée comme ça ou autrement, ça n'avait pas grande importance, l'essentiel étant de croire. Le "latitudinaire" est lassé des querelles et des controverses, et il en arrive à penser que la plupart des questions de rites liturgiques qui divisent les chrétiens portent sur des choses qui n'ont pas de réelle importance et qui ne sauraient de toutes façons pas intéresser des gens cultivés. Quelle importance qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas des cierges sur l'autel ? Quel importance que les concélébrants aient les bras ballants ou les mains jointes pourvu qu'ils prient avec sincérité ? Quelle importance que le célébrant respecte le missel à la lettre ou qu'il se permette quelques digressions pour rendre la célébration plus attractive ? Cela vaut-il vraiment la peine de se quereller pour des histoires d'orientation de l'autel, d'aubes à dentelles ou d'emploi du latin ? Bien sûr que non : tout cela doit rester très secondaire en regard de la foi.

 

A ce stade, le croyant qui se veut cultivé et bien au-dessus des querelles de chapelles tellement stériles, commence par se dire que c'est faire preuve d'une étroitesse d'esprit peu en rapport avec l'enseignement évangélique que de limiter les réflexions et les débats touchant à la religion à ce que pensent les différents groupes de fidèles. Et peu à peu, il se dit que pour avoir la paix, pour pouvoir prier en paix, mieux vaut respecter toutes les "sensibilités", l'essentiel étant d'accepter l'idée de l'existence de Dieu et de faire en sorte que chacun puisse se sentir à l'aise dans la liturgie de son choix. Et de "latitudinaire" qu'il était, le croyant devient "déiste" : il pourra se contenter de célébrer un Dieu qui chante et qui fait danser la vie... et accepter qu'ailleurs on chante le Credo de l'Eglise. Après tout, l'Eglise ne doit-elle pas se montrer ouverte et tolérante, charitable et accueillante comme l'était le Christ lui-même ?

 

Le "déiste" reconnaît l'existence de Dieu - d' "un" Dieu -, mais il ne l'identifie pas clairement et devient suspicieux dès qu'on lui parle de Révélation, d'Eglise, de Magistère, le liturgie, de rites... Si le "déiste" continue d'aller à la messe du dimanche, c'est essentiellement pour y retrouver le groupe local des croyants qui se contente d'adhérer au plus petit dénominateur commun en matière de foi. Le "déiste" se sent donc davantage en communion avec la communauté paroissiale de son choix, avec ses particularisme liturgiques, qu'avec toute l'Eglise : il préfèrera toujours la liturgie de "son église" à la "liturgie de l'Eglise". C'est cette position qui permet de comprendre qu'à la messe dominicale, le "déiste" acceptera plus facilement les fantaisies liturgiques du célébrant local qu'une liturgie célébrée vraiment comme l'Eglise demande qu'elle soit célébrée. Enfin, en constatant que personne n'est plus véritablement d'accord sur les questions de foi et sur la façon de célébrer cette foi à géométrie variable, le "déiste" finira par se désintéresser des questions religieuses et versera dans l'indifférence, puis dans l'athéisme. Il sera devenu l'exemple du croyant qui ne pratique pas.

 

Le "latitudinarisme", que l'on retrouve aujourd'hui sous de multiples formes dans nos communautés paroissiales, est moins un ensemble de convictions bien établies qu'une mentalité. A son origine se trouve une blessure difficile à situer et dont les séquelles, impossible à éradiquer, se manifestent sous forme d'une aimable piété, d'une attitude d'ouverture sympathique à l'autre - y compris à ses erreurs -, d'un sentiment d'autosatisfaction permettant de faire la leçon aux autres - essentiellement à ceux qui sont considérés comme "intolérants" simplement parce qu'eux, au moins, ont des convictions -, et aussi sous forme d'une honnête conviction qu'après tout, chacun peut se construire sa propre foi et que l'Eglise doit évoluer avec son temps. Ce sont ces perpétuelles concessions faites à la modernité, à l'esprit du temps, au bons sentiments et aux idées dans le vent qui alimentent ce qu'on a appelé "la trahison des clercs" et qui incitent à célébrer des liturgies aléatoires conduisant à vider les églises après avoir dépouillé les fidèles de leur foi. Tout ce qui vient d'être décrit se déroule étape après étape dans nos paroisses, sous nos yeux et devant les clercs devenus myopes au point de ne plus voir que leurs façons de traiter la liturgie est le principal moteur de cette déchristianisation qu'ils déplorent.

 

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