Ceux qui sont amenés à solenniser une messe à l'occasion d'ordinations, de l'arrivée d'un nouvel évêque, ou simplement d'une fête... font aujourd'hui une grande erreur qui provient de leur ignorance de ce qu'est la liturgie. En quoi consiste cette erreur ? Elle est simple : pour solenniser une célébration eucharistique, ils partent de la messe qu'ils connaissent, celle qu'ils voient habituellement dans les paroisses, et s'interrogent sur ce qui pourrait lui être ajouté pour une faire une messe solennelle. C'est là qu'interviennent - très maladroitement - les équipes liturgiques lesquelles, avec « un zèle aussi admirable que déplacé » (Cf. Cardinal Ratzinger), vont s'employer plus à encombrer la célébration qu'à la solenniser. En faisant de la sorte, on transforme la liturgie en quelque chose qui perd son unité, son homogénéité; elle devient un mélange plus ou moins indigeste d'éléments qui sont étrangers, chacun s'employant à y ajouter non pas ce qui rendra la liturgie plus digne, mais ce qui permettra à un individu, à un groupe, de s'y affirmer en y glissant la marque de son caprice.

 

 

 

 

messejesus.jpgMais alors, comment faire pour solenniser une célébration liturgique ? La réponse est simple : il faut partir du haut, de la "messe stationnale", celle que célèbre l'Evêque dans sa cathédrale, telle qu'elle est décrite dans le "Cérémonial des évêques", et s'efforcer de tendre vers l'idéal ainsi défini. Car c'est la messe stationnale qui doit être le modèle d'une liturgie à la fois intégrale et solennelle. La "messe stationnale" - précise le "Cérémonial des évêques" – « manifeste à la fois l'unité de l'Eglise locale et la diversité des ministères autour de l'évêque et de la sainte Eucharistie ». Elle est - dit encore le "Cérémonial" – « la principale manifestation de l'Eglise locale lorsque l'évêque, en tant que grand prêtre de son troupeau, célèbre l'Eucharistie... ». La "messe stationnale" est donc le modèle par excellence de toute liturgie solennelle; c'est elle qui doit servir d'exemple dès lors qu'il s'agit de donner de l'éclat à une célébration. La solennisation d'une célébration eucharistique ne s'obtient pas en empilant dans une messe des éléments trouvés hors de la liturgie, mais en valorisant chaque constituant de la liturgie elle-même. C'est capital. Bien entendu, une petite paroisse n'a pas sous la main tout ce dont dispose une cathédrale ou une basilique pour solenniser ainsi une messe. Néanmoins, elle peut - elle doit ! - s'employer à suivre les principes de base édictés pour la "messe stationale". Quels sont ces principes de base ? En voici quelques uns :

 

 

1. La liturgie doit être chantée. On devine ici qu'il ne s'agit pas d'abord de farcir la célébration de chants exécutés par la chorale ou l'assistance, mais qu'il s'agit de chanter la messe; ce qui signifie que le célébrant - même s'il n'a pas la voix très juste ou très belle - soit capable de chanter les oraisons (et non pas seulement la doxologie), la préface, la prière eucharistique (au moins en partie)...

 

2. Le célébrant doit être revêtu des vêtements sacerdotaux : amict (au lieu du col montant de l'incontournable - et très moche - aube-sac-tergal...), aube digne de ce nom, cordon, étole, chasuble. Ces vêtements doivent être propres, correctement ajustés (de façon à ne pas froufrouter à 20cm au-dessus de chaussures assoiffées de cirage ou encore de laisser dépasser le bas du pantalon...), en harmonie par leurs formes et leurs couleurs avec le cadre dans lequel se déroule la liturgie.

 

3. Tout doit être disposé dans le sanctuaire pour que la liturgie puisse être célébrée de façon parfaite c'est-à-dire sans omissions, sans ajouts, sans modifications (Cf. Constitution Sacrosanctum Concilium.) Il faut donc prévoir : le missel (qui n'est pas une pochette plastifiée ou encore "Prions en Eglise"...), le lectionnaire, des livres pour les éventuels concélébrants (le missel ne se déplace pas d'un concélébrant à l'autre et chaque concélébrant doit avoir surligné dans son livret la partie de la prière eucharistique qu'il a à dire), le calice obligatoirement couvert du voile, le corporal, le purificatoire, le nécessaire pour le rite du lavement des mains, le plateau (obligatoire !) pour la communion des fidèles, le bénitier et le goupillon (et non des "feuillages-pour-faire-primitif") pour le rite de l'aspersion.

 

4. L'autel doit être désencombré de tout ce qui détourne l'attention de la liturgie elle-même (pas d'arrangements floraux psychédéliques ou de bricolages imaginés par les manas-catéchistes du secteur...); 6 cierges disposés symétriquement (3 et 3) soit posés sur des chandeliers assez grands pour être placés sur le sol, soit posés directement sur l'autel; une croix placée au centre de l'autel afin de rappeler aux fidèles que c'est le Christ qui est important et non le célébrant.

 

5. Pour ce qui est de la liturgie elle-même, on ne la détaillera pas ici puisqu'elle doit être absolument conforme à ce qui est défini par le missel romain.

 

6. Il reste à dire un mot sur la tenue des acteurs de la célébration : au moment de la procession d'entrée (qui se fait au moment du chant d' "entrée" - et non d'une pièce d'orgue - ) les ministres sont mains jointes à hauteur de la poitrine (pas à hauteur de la bouche avec les doigts soutenant le nez) et non les bras ballants, marchent sans se dandiner et gardent le regard dirigé devant eux. Ils suivent l'acolyte qui porte la croix de procession et celui qui balance l'encensoir fumant. Dans les gestes, les attitudes, les tons de voix... il faut éviter tout ce qui est boursouflure, grandiloquence, kitsch et qui a le grand défaut de mettre l'accent plus sur l'acteur de la liturgie que sur l'action liturgique elle-même.

 

 

Comme l'a rappelé Mgr Aillet dans une conférence donnée à Rome, une « observation plus rigoureuse des prescriptions liturgiques garde le prêtre contre la prétention, même inconsciente, d'accaparer l'attention des fidèles sur sa personne. Le rituel liturgique que le célébrant est appelé à recevoir filialement de l'Eglise, permet en effet aux fidèles de rejoindre plus facilement la présence du Christ Seigneur lui-même dont la célébration liturgique doit être le signe éloquent et qui doit toujours avoir la première place. La liturgie est blessée lorsque les fidèles sont livrés à l'arbitraire du célébrant, à ses manies, ses idées ou opinions personnelles, voire ses propres blessures. D'où l'importance encore de ne pas banaliser des rites qui, en nous arrachant au monde profane et donc à la tentation de l'immanentisme, ont le don de nous immerger d'un coup dans le Mystère et de nous ouvrir à la Transcendance. (...) D'où l'importance de la formation des futurs prêtres à la liturgie, et spécialement à la participation intérieure, sans laquelle la participation extérieure préconisée par la réforme manquerait d'âme et favoriserait une conception tronquée de la liturgie qui s'exprimerait en termes de théâtralisation excessive des rôles, de cérébralisation réductive des rites et d'autocélébration abusive de l'assemblée ».

 

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