hippycatholicismIl y a plus de 40 ans, j'ai accepté le concile Vatican II sans la moindre arrière-pensée. J'avais eu la chance, à cette époque, d'aller à l'abbaye de Solesmes où les moines bénédictin, avec une patience infinie, m'avaient expliqué ce qu'était la liturgie et m'avaient montré que lorsqu'on mettait le missel "de Paul VI" en oeuvre avec foi et intelligence, on n'aboutissait pas à l'anarchie liturgique qu'on voyait alors se mettre en place dans les paroisses sous couvert de la réforme conciliaire. Merci à eux : leur enseignement me permet aujourd'hui de me sentir totalement en phase avec Benoît XVI. Dans ma paroisse, où j'étais alors organiste à la même époque, je devais assister, impuissant, à la mise à sac de la liturgie dominicale qui, jusqu'alors, était demeurée relativement "classique". Je me souviens que notre curé-doyen, personnage imposant qui devait alors avoir une soixantaine d'années et donc avait bénéficié de la formation théologique dispensée au séminaire diocésain bien avant Vatican II, était arrivé un soir, à la répétition de la chorale qui se faisait au presbytère, habillé en civil. Jusqu'ici, nous ne l'avions jamais vu autrement qu'en soutane. Il n'était pas même en clergyman; il portait une cravate. En le voyant ainsi, visiblement heureux de l'effet qu'il allait produire, la respectable demoiselle qui nous dirigeait et qui avait une vénération sans limites pour "Monsieur le Doyen" resta sans voix pendant plusieurs longues secondes... Ce brutal changement de look fut accompagné, la même semaine, de profondes modifications liturgiques. Monsieur le curé me fit savoir, d'un ton autoritaire, que "dimanche prochain, la grand-messe allait être célébrée sur un autel face-au-peuple que le menuisier était en train de mettre en place, et que seul le Credo serait chanté en latin "comme autrefois", puisque l'évéché avait envoyé des nouveaux textes et des nouvelles partitions qu'il faudrait apprendre."


Ce n'était que le commencement de la fin... Bientôt, notre vicaire allait profiter du "bazar" pour lancer l'idée de "messes des jeunes". Grâce à l'orchestre de la M.J.C. (Maison des Jeunes et de la... Culture) toute proche, on allait avoir des "messes rythmées" qui allaient attirer les jeunes. Ces "messes rythmées" étaient alors vivement encouragées par un jeune prêtre de notre diocèse qui commençait à avoir le vent en poupe et se montrer très actif dans l'art de subvertir la liturgie : l'Abbé Michel Wackenheim... L'orchestre de la M.J.C., dont l'air préféré était alors "Monia" (seul "tube" que les 6 ou 7 instrumentistes étaient capables de sortir sans trop de "canards"), fut invité à se produire au cours des messes dominicales et l'on me demanda de limiter les interventions de l'orgue. Ainsi commença - presque dans toutes les paroisses, comme j'allais m'en rendre compte très vite - un marasme liturgique dont les conséquences se font sentir aujourd'hui encore. Et ce qui devait arriver arriva : les membres de la chorale paroissiale démissionnèrent les uns après les autres. Ils ne supportaient pas les célébrations à proprement parler "foireuses" qui avaient détrôné la grand-messe. Dans la nef, l'assistance devint soudain muette : les fidèles étaient incapables de chanter un répertoire qui, pour demeurer attractif, devait se renouveler de dimanche en dimanche. Dans le choeur, notre curé-doyen devenait pitoyable lorsqu'il s'efforçait de vouloir "faire jeune" au son des guitares électriques de la M.J.C.... lesquelles guitares finirent bientôt par se taire au fur et à mesure que les instrumentistes allaient faire leur service militaire. Quant aux jeunes que ces messes étaient censées attirer, ils ne vinrent pas plus nombreux; certains n'étaient d'ailleurs à la messe que pour écouter leurs copains faire de la musique. Quant au vicaire qui avait introduit ces "messes des jeunes"... il se maria. Comme d'autres prêtres de sa génération que j'ai connus. Ite missa est.

 

modernismeQue pouvais-je faire au milieu de tout ça ? Me retrouver seul à l'orgue, le dimanche, avec deux ou trois "braves dames", pour tenter de donner un fond musical à un reliquat de liturgie célébrée devant une assistance clairsemée ? Je me décidait à donner ma démission. Le curé-doyen ne comprit pas. Mais comment, jeune étudiant n'ayant ni la sagesse ni la science de M. le curé, aurais-je pu expliquer que ce qu'on faisait n'était pas ce qu'avait demandé Vatican II et aboutissait à un massacre généralisé de la liturgie qui aurait des conséquences désastreuses ? Pourtant, je sentais déjà, intérieurement, que c'est ce qui allait se produire. J'ai continué pendant des années à aller régulièrement à la messe. J'ai supporté, sans les approuver, des cantiques niais qui n'apportent rien à la liturgie. J'ai accepté de chanter du bout des lèvres, un dimanche sur deux, "Peuple de Dieu, marche joyeux"... Mais aujourd'hui, je ne "marche" plus : je refuse d'avancer plus avant dans ces célébrations qui mènent droit vers une anorexie spirituelle. J'ai accepté de voir s'agiter derrière un micro la "madame" de service chargée d'animer la liturgie. Mais aujourd'hui, je n'accepte plus d'être dirigé par des incompétent(e)s dont les minauderies et les tons de voix patelins m'obligent à penser que ces gens n'ont investi la liturgie que pour pouvoir y développer leurs vertus d'emprunts qui, partout ailleurs, auraient agacé les gens "normalement constitués". Puis, peu à peu, je me suis aperçu qu'à force de devoir faire des efforts pour accepter l'inacceptable, j'était devenu incapable de donner ma pleine confiance à mon évêque et à ses prêtres. Certes, je sais qu'un évêque, qu'un prêtre, est avant tout un homme qui a, comme tous les hommes, ses imperfections et ses faiblesses. Mais tout comme j'attends de mon médecin qu'il soit un homme équilibré sachant donner les preuves de sa compétence dans l'art de soigner - ce qui ne l'empêchera jamais de faire une erreur de diagnostic - j'attends d'un prêtre, lorsqu'il est à l'autel, qu'il sache donner l'image d'un homme équilibré maîtrisant la liturgie qu'il est chargé de mettre en oeuvre. Or, d'une église à l'autre, d'une messe à l'autre, je ne vois - sauf rares exceptions qui, j'espère, se reconnaîtront - que des célébrants qui, par leurs comportements à l'autel et leurs dispositions à foncer vers toutes les nouveautés sans le moindre esprit critique, me poussent à imaginer que pour être prêtre aujourd'hui, il convient de n'avoir qu'une intelligence superficielle doublée d'une spiritualité molle.

 

Comme j'estime qu'il est malsain d'aller à la messe pour passer son temps à critiquer des liturgies bancales et des célébrants déficients, le dimanche venu, je rejoins à présent la cohorte des fidèles qui ne prennent plus le temps d'aller à l'église. A moins d'être assuré de pouvoir participer, dans l'une des paroisses proches, à une messe incontestablement catholique... ce qui est très rarement le cas. Quand j'entends sonner les cloches de l'église paroissiale, je me dis que ma place "normale" serait, à ce moment-là, à la messe. Mais je n'ai plus ni la capacité de faire abstraction des déficiences de la liturgie que célèbre le curé de ma paroisse, ni une dose suffisante d'hypocrisie me permettant de me montrer convaincu quand il s'agit de se donner la main au moment du "Notre Père", de se "serrer la louche" au moment du geste de paix, de chanter "oui la paix, ce sera toi, ce sera moi" à la place de l'Agnus Dei, de lâcher de ballons multicolores pour célébrer la première communion des enfants, d'écouter l'animatrice dire "bonjour à vous tous qui êtes venus, petits et grands, en ce dimanche de joie...". Non, désolé : ça ne passe pas. Ça ne passe plus. Mais alors plus du tout ! Pour pouvoir encore donner toute ma confiance à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique... me voici obligé de fuir les célébrations liturgiques qui se font habituellement dans nos églises et dont les déformations ont souvent largement dépassé les limites de l'acceptable. C'est paradoxal mais c'est comme ça... Jusqu'à ce que notre diocèse reçoive un évêque décidé à garantir aux fidèles la liturgie que l'Eglise entend leur donner.

 

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