A mon arrivée dans la nouvelle paroisse, tout le monde m’a traité avec grande sympathie : l’essentiel n’était-il pas que la vie continue tranquillement, harmonieusement, comme elle l’avait été jusqu’ici ? Il faut reconnaître que le petit nid douillet, moderne, ouvert sur le monde, qu’était devenu le presbytère avait vraiment montré toute son efficacité : au cours des 40 dernières années, la paroisse avait bien perdu trois quart des fidèles réguliers. Mais je me suis posé des questions : peut-on vraiment continuer ainsi ? C’est un fait, mon prédécesseur avait prêché et agit durant des décennies contre le Pape et l’enseignement de l’Eglise. Mais fallait-il que je suive cette voie ? Mon prédécesseur avait réussi à faire fuir tous les soi-disant « bondieusards »... Que devais-je faire, moi qui suis de la « génération Jean-Paul II/ Benoit XVI » ? Je me sentais bien seul... Mon prédécesseur avait liquidé la confession, l’adoration, les groupes de prières. « Par pur respect humain », disait-il. J’ai essayé de réintroduire tout cela, même si ça ne devait attirer que quelques fidèles. Mon prédécesseur avait, durant des années, délégué la conduite de la paroisse à d’ « autres ». Quand je suis arrivé, j’ai souhaité prendre ma mission au sérieux, c’est-à-dire diriger moi-même la paroisse en tant que pasteur. Les « autres » ont été les premiers à se révolter. Pourtant je ne voyais pas ce qu’il me reprochaient : j’étais un prêtre catholique et romain qui entendait rester catholique et romain. Ni plus, ni moins.

 

 

 

pretre-20catholique.jpegJ’ai donc envisagé une solution au problème : travailler la « pâte humaine ». Cela a eu pour effet immédiat de faire brandir l’argument massue du « respect humain » dont on connait la redoutable efficacité. On m’a dit : « Bien sûr que nous avons tous la même foi : ce n’est pas un problème fond ; c’est « juste » une question de « forme ». Et puis, si l’ancien curé avait eu tout faux, comment expliquez-vous qu’il était autant apprécié des paroissiens ? ». J’ai alors constaté que les personnes qui tenaient ce discours et me posaient cette question ne se confessaient plus, ne lisaient jamais les Saintes Ecritures, ne s’intéressaient pas à l’enseignement de l’Eglise, communiaient dimanche après dimanche en toute indignité... Mais ils pensaient savoir très exactement ce que doit être une paroisse et comment doit se comporter un prêtre. Souvent, elles ne connaissent Jésus-Christ qu’en tant que personne historique, maître de Sagesse, grand frère sympathique. Mais elles n’ont pratiquement aucune compréhension de la nature pécheresse de l’homme et de la nécessité d’un plan de Salut. Seuls importent, pour elles, la buvette paroissiale, le cours de yoga, le marché aux puces, le club de gymnastique et la troupe de théâtre, les attractions de toutes sortes. L’important, pour elles, c’est d’être moderne et adulte, c’est d’être ardent défenseur de toutes ces réformes qu’on attend depuis si longtemps dans l’Eglise, c’est d’être politiquement correct et surtout tolérant... parfois jusqu’à l’hérésie. En un mot, ces personnes aimeraient bien être les promoteurs de la « nouvelle Eglise ». Mais cette « nouvelle Eglise » dont rêvent certains implique une pastorale de compromis : pas de vagues, pas d’affirmation du rôle précis du prêtre, pas de conversions, donner libre cours à la dictature du relativisme, refuser tout renouveau spirituel, favoriser le désir de pouvoir d’une poignée de fidèles... etc. Et dans ce contexte, il faut laisser subsister un grave malentendu au sujet du rôle joué par le Conseil paroissial. Autrefois, un prêtre qui avait du mal à prendre une décision se déchargeait de la question sur ce Conseil. Celui-ci a donc pris l’habitude de transformer son « pouvoir consultatif » en « pouvoir décisionnel ». Et ce dérapage institutionnalisé est devenu à son tour une motivation majeure pour les candidats voulant faire partie de ce Conseil. Du coup, quand j’ai souhaité remettre les choses à leur juste place, beaucoup ont vécu ce « retour à la normale » comme une importante perte de leur pouvoir.


Quand les paroissiens constatent que l’argument du « respect humain » ne produit pas les résultats espérés, ils viennent avec l’argument de l’ « harmonie du vivre-ensemble ». Je leur fais remarquer que leur façon de « vivre ensemble » a fait qu’au cours de ces dernières décennies, de très nombreuses personnes ont quitté la paroisse... J’ai constaté aussi que ce sont celles et ceux qui ont gagné le plus de pouvoir dans la paroisse qui ont aussi le plus d’expérience dans le domaine des luttes intestines. Ils savent mettre de l’ « ambiance » : on les entend se plaindre, on les voit se lamenter, jouer la comédie... Avec toujours le même refrain : « Quand la paix reviendra-t-elle enfin chez nous ? » Oublient-ils que cette « paix », ils ne l’avaient obtenue que sur le dos de ceux qu’ils considéraient comme des « papistes » et aussi sur le dos d’un curé qu’ils avaient littéralement traumatisé ? J’entends aujourd’hui ces paroissiens m’annoncer la mort prochaine de la paroisse si je continue à rétablir ce qu’ils ont eu tant de peine à supprimer. Ne se rendent-ils pas compte que ce n’est pas la paroisse qui va mourir, mais plutôt cette «pseudo-Eglise » qu’ils ont pris soin de bricoler pour s’y sentir à l’aise ? Alors, au cas où leurs actions internes à la paroisse et toutes leurs manifestations indignées ne suffiraient pas à rétablir l’ordre si confortable de leur petite « Eglise auto-bricolée », ils vont passer au cran suivant : le recours à l’évêque. Considérons ici un point très important qui est une donnée quasi-universelle dans pareil cas : le laïc se plaint toujours en premier en sorte que dès le départ, le curé soit mis sur la défensive. Car le laïc peut se permettre de faire - ou de ne pas faire - tout ce qu’il veut : que peut-il bien craindre comme conséquences de la part de son évêque ? Où a-t-on déjà vu un Conseil paroissial destitué ou déplacé ? Le curé n’aura donc jamais gain de cause : derrière son dos, les campagnes de dénigrement et les ralliements de toutes sortes auront toujours une bonne longueur d’avance lorsqu’il en prendra conscience. Que peut-il faire ? Sonner le rassemblement de la grande masse des silencieux et risquer ainsi de créer encore plus de trouble et de divisions ? 

 

C’est ainsi que le curé se retrouve en position de sévère minorité. Il occupe toujours la place du nouveau qui ne sait rien face aux anciens qui savent tout et ont les clés en main. Et la moindre allusion à quelque bon fruit de son travail pastoral lui sera comptée comme une manifestation d’orgueil. Il faut donc que je m’y fasse : je serai toujours considéré comme un type bizarre. Pensez-donc : je ne trouve rien à redire à ma vie de célibataire et je suis si différent de ces prêtres de la génération du Concile qui, eux, osaient s’avouer frustrés ! Là aussi, je dois aussi avouer qu’un curé récolte toujours les fruits amers des incessants processus de dialogue qu’entretiennent certains laïcs avec certains évêques dont la prétendue tolérance pèse bien lourd sur les épaules d’un chargé de paroisse. Je passerai donc pour un dictateur, tandis que la horde des « fonctionnaires paroissiaux » se voudront les porte-paroles d’une Eglise plus « fraternelle ». Alors que je serai suspecté de « grave manquement sur le plan humain » les laïcs de la paroisse passeront, eux, pour des « experts en humanité ». Il importe que le curé d’une paroisse garde toujours à l’esprit l’idée que son évêque voulant toujours se débarrasser de cette pression exercée sur lui par les laïcs, se fera une joie de la reporter sur le prêtre, ne faisant ainsi que la renforcer encore. C’est le petit jeu du boulon : la pression venant de la vis laïque vient compléter fraternellement la pression venant de l’écrou clérical.

 

D’après un texte de l’Abbé Christian Sieberer- Source : KathNet (Trad. MH/APL)

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