On pense souvent que c'est Benoît XVI qui, dans son premier discours à la Curie Romaine, a introduit la notion d' "herméneutique de la continuité" à partir de laquelle il convenait de comprendre et mettre en oeuvre la liturgie restaurée à la suite de Vatican II.
 Ce n'est pourtant pas exact : la nécessité de comprendre la liturgie à partir d'une "herméneutique de la continuité" a été clairement soulignée par Paul VI déjà.
 Dans la Constitution Sacrosanctum Concilium, on lit : "Afin que soit maintenue la saine tradition, et que pourtant la voie soit ouverte à un progrès légitime, pour chacune des parties de la liturgie qui sont à réviser, il faudra toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique, pastorale. En outre, on prendra en considération aussi bien les lois générales de la structure et de l'esprit de la liturgie que l'expérience qui découle de la récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits. Enfin, on ne fera des innovations que si l'utilité de l'Église les exige vraiment et certainement, et après s'être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. (Cf. n°23)
. Le 29 octobre 1964, s'adressant au Conseil pour la Constitution de la Liturgie, Paul VI dit encore : "L'application exacte de la Constitution sur la liturgie [de Vatican II] requiert [...] que toutes choses, nouvelles et anciennes, soient justement et harmonieusement fondues ensemble. Et cela implique une mise en garde : que le souci de la nouveauté ne dépasse pas la mesure, que la valeur du patrimoine de la tradition liturgique ne soit pas négligée et surtout ne soit pas oubliée. S'il en était autrement, il ne faudrait plus parler de rénovation mais plutôt de destruction de la sainte Liturgie. [...] En matière de Liturgie, il ne doit donc pas exister la moindre opposition entre le présent et le passé; tout doit au contraire se passer de telle manière qu'une innovation, quelle qu'elle soit, se recommande par la cohérence et l'accord avec la saine tradition, et que les formes nouvelles fleurissent, comme d'elles-mêmes, à partir de formes déjà existantes."
 L'idée d'une nécessaire "herméneutique de la continuité" que Benoît XVI veut souligner aujourd'hui pour mettre la liturgie en valeur, se greffe donc directement sur l'enseignement de Paul VI.

commentaires

TM 05/05/2016 11:47

L'expression exacte du pape Benoît XVI est la suivante :

"D'un côté, il existe une interprétation que je voudrais appeler "herméneutique de la discontinuité et de la rupture"; celle-ci a souvent pu compter sur la sympathie des mass media, et également d'une partie de la théologie moderne. D'autre part, il y a l'"herméneutique de la réforme", du renouveau dans la continuité de l'unique sujet-Eglise"
Discours de Noël, Jeudi 22 décembre 2005
https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/speeches/2005/december/documents/hf_ben_xvi_spe_20051222_roman-curia.html

Donc si l'expression consacrée est bien "herméneutique de la réforme" plutôt qu'herméneutique de la continuité, cette "herméneutique de la réforme" est bien celle d'un "renouveau dans la continuité".

Comme il le précise plus loin : "C'est précisément dans cet ensemble de continuité et de discontinuité à divers niveaux que consiste la nature de la véritable réforme. "

TM 05/05/2016 11:43

Et déjà Jean XXIII à l’occasion de l’ouverture du concile Vatican II (11 octobre 1962) : 'Il faut que la doctrine chrétienne dans son intégralité, certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée d’une manière qui réponde aux exigences de notre temps. En effet le dépôt même de la foi - autrement dit les vérités qui sont contenues dans notre vénérable doctrine - est une chose et la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée, en est une autre'”.

Et en fait déjà S. Vincent de Lérins († vers 445-450), dans le Commonitorium
http://www.patristique.org/sites/patristique.org/IMG/pdf/vincent.pdf

XXVIII. 7. "ce que tous, ou la plupart, d'un accord unanime, ont affirmé clairement, souvent et dans la continuité, en le recevant, en le gardant et en le transmettant, comme s'il s'agissait d'un concile de maîtres en accord les uns avec les autres, c'est cela qui doit être tenu pour indubitable, assuré et reconnu",
"Quibus tamen hac lege credendum est, ut, quidquid uel omnes uel plures uno eodemque sensu manifeste, frequenter, perseueranter, uelut quodam consentiente sibi magistrorum concilio, accipiendo, tenendo, tradendo, firmauerint, id pro indubitato certo ratoque habeatur."

XXIII. 1. Mais peut-être dira-t-on : 'N'y aura-t-il alors, dans Église du Christ, aucun progrès de la religion ? - Certes, il faut qu'il y en ait un, et considérable ! Qui serait assez ennemi de l'humanité, assez hostile à Dieu, pour essayer de s'y opposer ? 2. Mais cela à condition que ce soit vraiment pour la foi un progrès et non un changement, étant donné que ce qui constitue le progrès c'est que chaque chose soit augmentée en restant elle- même, tandis que le changement, c'est que s'y ajoute quelque chose venue d'ailleurs. 3. Donc, que croissent et que progressent largement l'intelligence, la science, la sagesse, tant celle des individus que celle de la collectivité, tant celle d'un seul homme que celle de l'Église tout entière, selon les âges et selon les générations ! — mais à condition que ce soit exactement selon leur nature particulière, c'est-à-dire dans le même dogme, dans le même sens, et dans la même pensée. (etc.)

A Z 05/04/2014 00:20


Bonsoir, 


Relisons le célèbre discours du 22 décembre 2005, nous n'y trouverons A AUCUN ENDROIT l'expression "herméneutique de la continuité" ; l'expression employée par le Pape est celle-ci :
"l'herméneutique de la réforme", et il précise à un endroit : "du renouveau dans la continuité de l'unique sujet - Eglise".


Cette erreur est souvent commise, et il y a bien plus grave en ce monde, mais "la continuité" est une chose, "la réforme", id est, "le renouveau dans la continuité", en est une autre, pas
exactement synonyme.


Peut-être Benoît XVI a t-il recouru par la suite, dans d'autres textes, à l'expression "l'herméneutique de la continuité", mais, en tout cas, pas dans celui-là.


Cette précision n'a aucun caractère polémique, elle se veut simplement un rappel d'une donnée factuelle ; je vous remercie, une fois de plus, pour ce que vous publiez sur votre site, et vous
souhaite une excellente continuation.


A Z

Admin 05/04/2014 10:39



Vous avez raison. De nombreuses personnes ont caricaturé la pensée de Benoît XVI en utilisant l'expression "herméneutique de la continuité". Bien que j'utilise moi-même cette expression qui peut
en effet réduire le véritable sens de ce texte, je ne pense tout de même pas contredire l'expression exacte de Benoît XVI dans le corps du texte. Loin de moi d'utiliser l'expression
"herméneutique de la continuité" pour mettre un "frein" sur la légitimité de "l'Ecclesia semper reformanda". +



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