On entend parfois dire que la langue utilisée dans la liturgie est trop difficile pour les fidèles; ceux-ci auraient du mal à saisir le sens de certaines images, de certaines tournures syntaxiques, de certains mots... La nouvelle traduction anglaise du Missel romain suscite d'ailleurs des discussions dans ce sens : trop proche du texte original latin, elle poserait des difficultés de compréhension aux fidèles assistant à la messe. La question qu'on oublie généralement de poser lorsqu'on aborde la question de la langue liturgique est celle-ci : les textes de la liturgie doivent-ils obligatoirement être compris dans leur totalité par les fidèles ? Autrement dit : la liturgie s'adresse-t-elle aux fidèles plutôt qu'à Dieu ? On oublie très souvent que durant des siècles, les textes liturgiques n'étaient pas compris des fidèles : ceux-ci avaient accès au sens de la liturgie plus par les rites qu'ils voyaient que par les textes et les chants qu'ils entendaient…

 

 

 

396707434 edeffea499 o… c'est probablement pour cette raison que la liturgie exigeait du célébrant qu'il n'occupe pas toujours la même place à l'autel et qu'il fasse des gestes amples : il fallait que les actions soient bien visibles, et souvent même de loin à une époque où les autels étaient écartés des nefs et où l'éclairage n'était pas celui dont nous disposons aujourd'hui et qui rend les choses souvent "trop" perceptibles, trop "tape-à-l'oeil". De son côté, le texte liturgique, généralement chanté par une schola ou dit à mi-voix par le célébrant, restait difficilement compréhensible : le fidèle n'en saisissait le sens que dans la mesure où il était déjà familiarisé avec la liturgie et avec certains repères auditifs tels que l'intonation spécifique d'une oraison, d'une préface, d'une doxologie, la mélodie d'une hymne ou d'une antienne ... D'où des formules musicales très typées avec leurs rythmes et leurs sonorités spécifiques; d'où l'absence de variabilité de certains textes, comme par exemple ceux de l'Ordinaire. Tous les organistes connaissent d'ailleurs le rôle de ces repères auditifs : c'est au moment où l'on entend le célébrant chanter et ideo, cum angelis et archangelis... durant la préface, qu'il faut faire signe aux choristes de se préparer à chanter le Sanctus et vérifier une dernière fois si les bons jeux de l'orgue sont tirés. On sait aussi qu'une simple variation mélodique dans le chant du dialogue avant la préface de la "messe des défunts" implique une réponse des fidèles faite sur une mélodie un peu différente de celle employée pour les messes "habituelles". On a aussi une autre preuve que le fait de comprendre ou de ne pas comprendre les mots de la liturgie n'a pas gêné outre mesure les fidèles autrefois : les compositeurs des grandes polyphonies ne se sont jamais privés de ne pas faire chanter les mots simultanément par les différentes voix dans certaines de leurs compositions. L'auditeur ne captait alors qu'un mot par-ci par-là, ce qui lui suffisait amplement pour reconnaître la prière qui était faite. Quant au chant grégorien lui-même, on sait qu'il est parfois composé de long mélismes qui  font perdre l'unité du mot. Songeons, par exemple, à l'Alleluia Veni, Domine du IVè dimanche de l'Avent, où il faut chanter plus de 50 notes sur la syllabe "ci" avant d'articuler "nora" qui permet de finir le mot facinora. Autrement dit, pendant des siècles, on a davantage cherché à entrer dans la signification "totalisante" de la liturgie qu'à pénétrer le seul sens de ce qui était dit ou chanté au cours de la liturgie. Le sens de la célébration était alors transmis et signifié par ce qui était accompli par le rite, sans que l'aspect visible de la liturgie soit dissocié de sa composante audible.

 

Insister sur la seule compréhension "intellectuelle" des mots de la liturgie relève d'une erreur de perspective qui conduit à oublier qu'avant d'être une parole, un discours, un enseignement, la liturgie est un acte d'adoration dont l'efficacité sur le plan spirituel ne dépend pas "que" de ce que l'intelligence seule peut en saisir. Pour saisir le sens de la  liturgie, pour entrer dans le rythme d'une célébration, le fidèle dispose d'autres facultés que celles de sa seule raison. L'une d'elle est la disposition à se laisser imprégner par l'ensemble des composantes de la célébration : son rythme, ses sonorités, ses couleurs, ses gestes et ses attitudes, ses parfums. C'est une telle approche de la liturgie qui est suggérée par l'article 12 de l'Introduction Générale du Missel Romain, lequel précise qu' « aucun catholique ne peut nier que le rite accomplit en langue latine est légitime et efficace ». Il reste à savoir ce qu'il faut entendre lorsqu'on dit que la liturgie est "efficace". On dit d'une chose qu'elle est "efficace" lorsqu'elle a la capacité de parvenir à ses fins, de réaliser ses objectifs. Quelles sont les fins de la liturgie ? L'Eglise répond : « () la liturgie, par laquelle ()  s'exerce l'oeuvre de notre rédemption, contribue au plus haut point à ce que les fidèles, en la vivant, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Eglise () » (Cf. Sacrosanctum Concilium, n°2). La liturgie poursuit donc une triple fin : assurer le salut des hommes en en rendant effective l'action divine, annoncer au monde la présence agissante du Christ, révéler la mission que le Christ a confiée à la communauté des croyants qui se réfèrent à son enseignement. Il est donc évident que « rien de tout ce que nous faisons, nous dans la liturgie, ne peut apparaître comme plus important que ce que fait le Christ, invisiblement, mais réellement par son Esprit. » (Cf. Jean-Paul II)

 

 

Dans ce contexte, l'usage d'une langue particulière comme le latin liturgique - lequel ne fut jamais jamais confondu avec le latin parlé par le peuple - peut avoir une valeur didactique en ce sens qu'il rappelle aux fidèles :

- qu'ils ne sont pas propriétaires de la liturgie ni organisateurs de célébrations à caractère local, mais serviteurs d'une action par laquelle le Christ agit au milieu de son peuple;

- que pour saisir le sens général d'une célébration il faut dépasser la seule compréhension des termes employés dans la liturgie;

- que "participer" en liturgie ne signifie pas "être occupé à faire quelque chose" pendant une célébration, mais se laisser transporter au rythme de la liturgie qui a ceci de spécifique qu'il n'est pas soumis au débit d'un discours mais au tempo d'une action faite de moments qui s'articulent selon leurs propres exigences.

 

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