Nous aurons tout spécialement besoin de la grâce de Dieu à l'heure de notre mort. En effet, personne n'est assuré de demeurer dans la grâce de la foi au cours de cette périlleuse traversée que constitue la mort humaine. L'Eglise a toujours demandé que l'on prie spécialement pour les mourants, pour leur obtenir « la persévérance finale » comme une grâce spéciale (cf : Concile de Trente, Chapitre XIII). Elle a toujours eut recours à l'intercession des saints anges, de Saint Joseph patron de la bonne mort, et surtout aux suffrages de la Vierge Marie pour préserver ses enfants des assauts que le démon ne manque pas de leur faire subir en leurs derniers instants.

  

 

http://img.over-blog.com/300x234/0/21/41/34/2010/viergemarieheuredelamort.jpgIl semble que le sens de la prière pour les mourants se soit un peu estompé de nos jours dans le peuple chrétien. Il est dommage que dans notre société matérialiste la mort ne soit plus considérée comme un événement liturgique mais simplement comme une affaire clinique, confiée à quelques spécialistes, et cachée au plus grand nombre. On ne veille plus le défunt. On s'empresse d'assurer qu'il est au Paradis pour se dispenser d'avoir à prier. On peut dire que notre société a complètement oublié ce qu'une sagesse séculaire et universelle véhiculait : l'ars moriendi. [L'art de mourir]. Heureusement demeure cette invocation de l'Ave Maria « et à l'heure de notre mort ». Au pied de la croix se tenait Marie, Notre-Dame de Compassion. C'est pourquoi nous avons l'espoir qu'elle nous assiste à l'heure de notre mort, comme elle le fit pour son Fils Jésus « l'aîné d'une multitude de frères » (Rm 8,29). La Passion du Fils de Dieu au Calvaire n'est-elle pas ce que Jésus dans l'évangile de Jean appelle précisément : l'heure, l'heure de sa mort, son heure ? L'heure de la Passion de Jésus est aussi l'heure de la compassion de la Vierge. Aussi prions pour notre heure à nous, afin qu'elle soit aussi l'heure de Marie, consolatrice des affligés ! L'expérience commune montre que beaucoup d'agonisants en appellent spontanément à leur mère. Le cri « maman » jaillit de toutes les lèvres souffrantes et angoissées. Le besoin d'une tendresse maternelle en ces moments déchirants est profondément ancré dans la nature humaine. L'invocation de Marie à l'heure de la mort apparaît ainsi comme l'une des manifestations les plus émouvantes de la piété chrétienne. Dans sa grande sagesse l'Eglise, experte en humanité, offre à ses fidèles des mots d'une grande confiance pour l'heure décisive. Mais ce n'est pas comme une régression nostalgique vers un âge infantile que nous prions la Vierge. C'est au contraire comme une projection vers un avenir où nous savons que notre Mère nous précède et nous attend. Si nous prions Marie à l'heure de notre mort c'est aussi parce qu'elle seule, depuis le jour de son Assomption, a rejoint dans la gloire du ciel, avec son corps et son âme, son Fils Jésus. De sorte qu'elle est à-même de nous accueillir comme une « bonne maîtresse de maison », dans le Paradis. Elle a accompli pleinement le cours d'une destinée humaine. Elle nous précède, elle nous attend, elle nous accueillera, nous l'espérons. C'est pourquoi la liturgie de l'Église l'appelle « Porte du ciel toujours ouverte » et nous supplie de regarder l'étoile pour atteindre le port de toute félicité.

 

Extrait d'un livre du Père Guillaume de Menthière, Je vous salue Marie, Paris 2000

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