Il y a quelques temps, sur un site internet où il était question de liturgie, on apprenait que la « messe en latin » attire des jeunes... ce qui avait conduit Mgr Le Gall à reconnaître une situation qui « pose question à l'Eglise ». Curieuse réaction d'un ancien Abbé bénédictin qui ne s'était jamais posé de question - semble-t-il - lorsqu'il voyait de nombreux jeunes venir à la messe célébrée en latin et grégorien dans son monastère de Kergonan. En réalité, le fait que le latin attire des jeunes ne pose pas question à l'Eglise - n’a jamais posé la moindre question à l’Eglise -, mais aux Pasteurs, lesquels n'avaient jamais envisagé, dans les années 80, que le latin allait davantage attirer que les « messes rock » et les chants de Mannick et Akepsimas dont ils nous garantissait pourtant le succès auprès des nouvelles générations.

 

 

 

saintsacrificemesse.jpgPour « ramener des fidèles » aux messes ordinaires, « il faut réintroduire davantage de silence, de hiératisme, d'intériorité, de beauté dans les vêtements liturgiques », avait encore dit Mgr Le Gall, Archevêque de Toulouse et responsable de la liturgie en France. Mais comment peut-on faire pour « ramener des fidèles » vers quelque chose qui n’a jamais existé et qui n’existe toujours pas dans nos paroisses plus de 40 ans après Vatican II (sauf très rares exceptions) ? Comment peut-on faire pour « ramener des fidèles » vers des messes « ordinaires » qui n’existent pas parce qu’on a tout bonnement interdit qu’elles puissent exister ? Tout le problème est là, puisque dans la majorité des paroisses, la messe « ordinaire », que bien peu de prêtres savent célébrer, est devenue synonyme de laideur et de laisser-aller au lieu d’être signe de fidélité aux enseignements de Vatican II et du Missel Romain. Au séminaire, une formation pour apprendre à célébrer la messe en latin pourrait être introduite, suggérait aussi Mgr Le Gall. De tels propos, s'ils ont vraiment été prononcés, montrent bien que nos Pasteurs ne maîtrisent plus guère la situation : les voici dépassés et obligés de suivre le mouvement au lieu de le contrôler. Car enfin, venir nous dire qu’ « une formation... pourrait être introduite » alors que voilà plus de 40 ans qu’elle aurait dû être assurée parce qu’elle était explicitement demandée par Vatican II (cf. Sacrosanctum Concilium, n°14 - 20), voilà qui est pour le moins révélateur d’une grande anarchie dans les rangs de l'épiscopat français ! On en vient maintenant à timidement envisager une formation (mais par qui sera-t-elle assurée ?) qui a été systématiquement refusée pendant des années aux séminaristes qui la souhaitaient : voilà qui est aussi révélateur de l’état d’esprit de certains de nos Pasteurs qui n’envisagent pas d’apprendre à célébrer la messe correctement parce que l'Eglise le demande, mais simplement parce qu’à la suite d'un changement de mentalités, des fidèles le demandent. Autrement dit, tant que les fidèles ne demandent rien, les prêtres continueront à ignorer les enseignements magistériels et à saccager la liturgie de l'Eglise en imposant partout des célébrations plus ou moins burlesques. On sait ce qu'il reste à faire... Il y a quarante ans, demander une formation liturgique ou une messe en latin vous faisait passer pour un « intégriste » ; aujourd'hui, ça vous fait passer pour quelqu'un d'ouvert et de « branché ». Mais quel crédit accorder aux propos de Pasteurs opportunistes qui préfèrent suivre le troupeau au lieu de le guider ? Combien de fois changeront-ils encore de direction au gré de la mode ? Et quand traduiront-ils leurs belles paroles en actes ? Nul ne le sait.

 

Il n'en demeure pas moins vrai que le fond du problème liturgique continue à être ignoré puisqu'au moment de la parution du Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI, on a pu entendre nos évêques nous dire qu'il n'y a pas de problèmes liturgiques en France. C’est le discours officiel de notre épiscopat : il procède de la méthode Coué bien appliquée mais ne parvenant cependant pas à dissimuler la réalité. Car il y a bel et bien un très sérieux problème liturgique en France : il vient de ce que, d'une part, depuis des années, les prêtres n'ont plus eu de formation liturgique et de ce que, d'autre part, les lignes tracées par le Siège apostolique pour permettre un redressement de la situation n'ont jamais été suivies. Si le Missel romain et le Concile étaient suivis, comme on nous assure qu'ils le sont, comment expliquerait-on qu'il n'y a pas deux messes qui se ressemblent dans nos paroisses ? Cette absence d'unité liturgique n'est-elle pas la preuve évidente qu'il y a un « bogue », c'est-à-dire une sérieuse « anomalie » dans les programmes liturgiques diocésains ? Il y a de cela un certain temps, un maître de chœur s'est adressé à la Supérieure d’une communauté religieuse qui reçoit habituellement des groupes de fidèles, pour lui demander s'il y aurait la possibilité de venir avec une vingtaine de personnes pour faire un week-end de formation au chant. « Pas de problème, répond aimablement la Sœur, nous recevons souvent des groupes venant faire des sessions et nous avons de quoi héberger les gens. » Puis, elle ajoute : « Quelle sorte de chant faites-vous? » « Du chant grégorien », répond le maître de chœur. Et la religieuse de répondre, un peu gênée : « Oh, alors vous pourrez venir avec votre groupe, mais je ne pense pas que vous pourrez participer à notre messe : notre liturgie ne correspond probablement pas à votre style. » Ainsi donc, on ne peut désormais participer à une messe que si l'on en accepte le « style » local né le plus souvent du refus de suivre les normes liturgiques. Cette situation porte un nom : « pagaille ».

 

Que nos évêques ne veuillent pas reconnaître officiellement cette « pagaille » n'arrange pas les choses. Fort heureusement, le Saint-Père Benoît XVI connaît la situation véritable : il sait parfaitement que dans nos diocèses, les fidèles ont les plus grandes difficultés à trouver une messe célébrée dignement et dans le respect des livres liturgiques officiels. Mais que peut-il faire face à un épiscopat qui donne l'impression de toujours vouloir défier Rome en déclarant haut et fort qu’il n'y a pas de problème liturgique et qui refuse d’entendre et d'appliquer les textes magistériels ?

 

Pro Liturgia

commentaires

Struyven 26/12/2013 17:50


Un jour je me suis posée la question. Quelle différence entre une Messe extraordinaire, en latin et une Messe traditionnelle (actuelle souvent). Je me suis souvenue aussi que l'on prenait Jésus
sur la langue, seules les mains du prêtre consacrées pouvaient le faire, etc... On a reçu l'Eucharistie debout et plus agenouillés, on papote à qui mieux mieux dans l'église, et la liste serait
longue. Abandonner le latin a eu pour conséquence que les prêtres de différentes nationalités n'ont plus facile de se comprendre à moins de tous parler l'anglais ! Mais cela n'a pas été le seul
désavantage !


On a voulu des Messes plus modernes, un peu plus courtes, on a surtout voulu plaire aux chrétiens à aux prêtres plutôt qu'à Dieu car tous ces changements ont été perçus comme un certain laxisme
et le RESPECT du à DIEU s'est effrité insidieusement.


Les jeunes n'aiment pas le succédané, ils aiment la vérité, la profondeur, ce qui touche leur âme, ils sont entiers.......


ll y a eu beaucoup d'erreurs et je pense sincèrement et humblement que si les églises sont vides c'est parce que le sacré a été petit à petit désacralisé. Et ce n'est pas en inventant des chants
à profusion qu'ils reviendront (quoique j'aime les beaux chants liturgiques). Non, c'est bien plus pofond que cela.


Je suis chrétienne, catholique, romaine et rassurez-vous pas intégriste du tout. Je vous livre simplement le fond de ma pensée. Je pense qu'il faut trouver dans l'abandon des jeunes les erreurs
que l'on a commises. Revenons à plus de sacré, et je pense humblement que Dieu sera heureux. Que les jeunes reviendront fréquenter l'Eglise du Christ.


Quel'Esprit-Saint nous guide, nous conduise, nous donne le discernement dont nous avons tous tant besoin. Gloire à Dieu !

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