http://img.over-blog.com/300x204/0/21/41/34/2010/hippycatholicism.jpgLe Père Edmund Runggaldier, Jésuite, a publié récemment dans le "Journal Officiel des Jésuites de la Province d'Allemagne" un article très éclairant sur certains aspects de la formation dispensée dans les maisons de son Ordre au cours des années 68. 
Le Père Runggaldier, aujourd'hui professeur à la Faculté de théologie d'Innsbruck (Autriche),  a fait son noviciat au monastère S. André de 1966 à 1968. Plus tard, et jusque dans les années 1970, il a étudié la philosophie à Pullach près de Munich. C'est là qu'il dit avoir vécu une véritable révolution culturelle, et avoir été témoin du développement de ce qu'il appelle « une protestantisation à retardement interne au catholicisme ». Il reconnaît qu'à cette époque il y a eu de la part des novices et des étudiants des attitudes excessives, et qu'il était lui-même pleinement impliqué dans ce mouvement : « Oui, j'ai participé activement, parfois jusqu'au fanatisme à la révolution de ce temps-là. Je me souviens avoir détruit des représentations de saints à cause de leur style romantique, Saint-Sulpicien, Nazaréen... ».
Parmi les sujets abordés par le Père Runggaldier, le plus épineux est celui de la liturgie : « Nous étions tout particulièrement virulents lorsqu'il s'agissait de "renouveau" de la liturgie, c'est-à-dire essentiellement de la liquidation de tout ce qui apparaissait à nos yeux comme des obstacles, des lourdeurs. L'encens était alors notre ennemi n°1 ! ». Le Jésuite raconte comment, de façon expérimentale, on était amené au Collège des Jésuites d'Innsbruck, à participer à des "Eucharisties authentiques" c'est-à-dire célébrées dans le cadre d'un simple repas pris en commun. Il faut reconnaître que ces messes étaient interdites par les Supérieurs. Mais elles ont eu lieu. Les lectures de l'Ancien Testament et les Lettres de S. Paul étaient alors remplacées par des textes de Marx ou de philosophes existentialistes. Et il poursuit : « Je vivais avec enthousiasme ces moments où les références classiques qui nous étaient encore enseignées par nos maîtres ont été massacrées ». Mais honnête envers lui-même, Le Père Runggaldier se demande comment des novices ont pu devenir à ce point iconoclastes, pourquoi on a pu déployer un tel enthousiasme, un tel fanatisme même à jeter par-dessus bord une philosophie authentifiée par les siècles passés, pour se mettre à la remorque de philosophies existentialistes à la mode ou encore d'idées politiques partiales.
A cette époque, on privilégiait la simplification et le retour au message biblique des origines. Le Père Runggaldier explique que l'important était alors - comme au temps de la naissance du protestantisme - de revenir aux sources, à l'ipsissima vox du Seigneur. Philosophiquement parlant, il s'établissait à cette époque un très net rapprochement entre les expériences catholiques vécues dans les camps de jeunes, et le marxisme.
Pour Runggaldier, les principes et les motivations en jeu avaient de nombreux points de convergence : « Nous étions tout particulièrement convaincus de la nécessité d'un changement continu, d'une révolution permanente, visant à nous protéger du manque d'authenticité et d'un risque d'aliénation ».
Les ennemis du "vrai christianisme" avaient aussi pour visage  la société de consommation et le capitalisme libéral. Des notions comme "la subjectivité des formes" ou "l'intériorisation de la spiritualité" étaient devenues totalement étrangères. Le père Runggaldier poursuit : « Le sentiment subjectif n'avait aucune importance, seul comptait la chose en elle-même, le message évangélique dans sa pureté originelle, l'explicitation des motifs menant à une action politique, et finalement la restructuration complète de l'Eglise et de la société. Des questions telles que : "comment te sens-tu ?",  n'avaient aucun sens ». La barre était placée très haut, la pression était forte, trop forte sans doute pour certains jésuites : ils ont quitté l'ordre ou se sont résignés.
Pour finir, le Père Runggaldier explique qu'il ne renie pas aujourd'hui la motivation qui l'animait alors, qu'il ne cherche pas à prendre de la distance. Pourtant il reconnaît que « se donner pour but de supprimer tout ce qui apparaissait comme secondaire dans le rite liturgique était en effet une erreur ». Il ajoute : « Les rites liturgiques doivent apporter à l'homme une nourriture pour les sens. La parole seule, réduite à l'essentiel qui plus est, peut être très indigeste. S. Ignace savait ces choses-là; nous, nous les avons ignorées à cette époque ». Il faut ajouter cette précision : ce qui a été vécu chez les Jésuites et qui est raconté ici a été aussi vécu à des degrés divers dans la quasi totalité des séminaires de France d'où sont issus les prêtres qui sont aujourd'hui curés de paroisses et évêques diocésains... On comprend dès lors que ce n'est pas du clergé "formé" dans les années 1970-80 qu'il faut attendre quoi que ce soit pour redresser la barre.

 

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