Il s'en faut de beaucoup pour que la liturgie de l'Eglise soit partout respectée. De nombreux prêtres la trahissent, soit par ignorance soit par volonté délibérée de désobéir à l'Eglise afin de diffuser une doctrine minimaliste conduisant à désorienter les fidèles. La liturgie est ainsi trahie. Paul VI l'a dit; Jean-Paul Ier l'a dit au cours de son bref pontificat; Jean-Paul II l'a dit; Benoît XVI l'a dit, le dit et le répète... Le Cardinal Malcolm Ranjith l'a dit; le Cardinal Francis Arinze l'a dit; le Cardinal José Saraiva Martins l'a dit; Mgr Nicola Bux le dit, l'écrit et le répète; Mgr Guido Marini le dit, l'écrit et le répète... Mais malgré ces voix qui s'élèvent ou se sont élevées, en France, terre où les expériences liturgiques illégitimes ont battu des records depuis Vatican II, on s'obstine à ne pas vouloir reconnaître cette évidence : la liturgie n'est, d'une manière générale, pas respectée. Elle n'est que très rarement correctement célébrée et fidèlement mise en oeuvre. Il y a d'ailleurs, à ce sujet, une réalité dramatique dont on parle peu : il s'agit du fait que les fidèles - aussi bien les prêtres que les laïcs - se sont habitués à ces liturgies bradées, banalisées, désacralisées, enlaidies, instrumentalisées, toutes plus ou moins irrespectueuses des normes données par l'Eglise et précisées dans le missel romain. Ce qui signifie, en clair, qu'un fidèle qui se rend aujourd'hui dans une église et qui participe à la liturgie qu'on y célèbre est progressivement amené à collaborer par sa seule présence à la mise en oeuvre de liturgies approximatives, donc à adhérer à autre chose qu'à la foi de l'Eglise, donc à remplacer le catholicisme par une religiosité faite de compassionnel et de sentiments subjectifs menant d'autant plus à l'indifférence qu'ils n'ont plus qu'un rapport très lointain avec la Vérité enseignée par le Christ et son Eglise. Ainsi, les célébrations qui se font dans un très grand nombre d'églises sont-elles "réorganisées" en vue de plaire au gens qui y assistent et qui se contentent de proclamer une foi dont ils ne connaissent plus le contenu.

 

 

 

 


Face à cette situation, on peut se poser trois question : qui ? Pourquoi ? Comment ? Qui est responsable de cette situation ? Pourquoi en est-on arrivé à généraliser des liturgies ruinées et ruineuses ? Comment se fait-il que si peu d'évêques français suivent les enseignements de l'Eglise pour ce qui concerne la célébration de la foi ? Qui ? Il faut reconnaître que les principaux "démolisseurs" - appelons-les comme ça - de la liturgie, ont été des prêtres ordonnés sous le pontificat de Pie XII. Ce sont eux les premiers qui, déjà avant le concile Vatican II, ont lancé plus ou moins en catimini les premières "expériences" liturgiques; ce sont eux qui, pendant et après le Concile, ont entrepris de généraliser leurs "expériences". Donc, contrairement à ce qu'on entend dire dans certains milieux traditionalistes, ce n'est pas le Concile qui a été à l'origine de la crise actuelle mais l'après-concile, avec la fuite en avant de certains pasteurs et de certains groupes de fidèles qui, au nom de "l'esprit du concile", ont introduit des pratiques subversives pour ruiner l'enseignement de Vatican II qu'ils considéraient encore - et à juste titre - comme trop "traditionnel", comme pas assez innovant. La forme de la liturgie romaine issue du Concile était incontestablement "traditionnelle" - comme l'ont rappelé le Bx Jean-Paul II puis Benoît XVI - puisqu'en se proposant de dépoussiérer le missel romain dit "de S. Pie V", qui était, en tant que codification des rites, une création proprement "tridentine", la Constitution Sacrosanctum Concilium entendît favoriser une liturgie conforme à la grande tradition du premier millénaire - celui de l'Eglise d'avant les divisions -, par la réintroduction d'oraisons et de prières eucharistiques tirées des sacramentaires les plus traditionnels et les plus riches (le "léonien", le "gélasien" et le "grégorien") que Trente ignorait ou avait négligés. Qu'est-ce que cela montre ? Essentiellement qu'en cette première moitié du XXè siècle, l'Eglise avait hérité d'une liturgie que beaucoup ne comprenaient plus que sous son aspect de "code figé" - d' "étiquette" aurait-on dit à Versailles au temps de Louis XIV -. C'est d'ailleurs ce à quoi fait allusion le Cardinal Ratzinger lorsqu'il écrit : « A quoi pouvait ressembler la liturgie en 1918? (...) La liturgie apparaissait telle qu'elle s'était développée depuis ses origines, alors que pour les croyants, elle était en grande partie dissimulée sous une foule de rubriques et de prières privées » (Cf. L'esprit de la liturgie, Ed. Ad Solem, 2001). Donc, au moment où s'ouvre Vatican II, la liturgie n'a plus changé depuis sa codification stricte (mais pas systématiquement respectée) du XVIè siècle : elle est toujours "dissimulée sous une foule de rubriques" que tous sont contraints de suivre docilement, le missionnaire seul au fond de la brousse africaine comme le cardinal-archevêque de Paris en sa cathédrale; la famille catho-BCBG du 16è arrondissement parisien comme le pygmé d'Afrique centrale. Il est très facile de comprendre que si certains prêtres sont à l'aise dans ces rubriques qui leur permettent de s'investir dans une chorégraphie que seuls maîtrisent quelques "maîtres de cérémonies" armés d'un "claquoir", beaucoup d'autres les considèrent déjà comme des coquilles devenues vides au fil du temps, comme des fardeaux obligeant à répéter des rites qui sclérosent les célébrations et ne favorisent pas la participation des fidèles à la prière officielle de l'Eglise autant que l'avait vivement souhaité S. Pie X.

 

 

Beaucoup de prêtres en arrivent alors à se persuader que si les rites sont incontestablement nécessaires à l'établissement de la liturgie, la vraie liturgie ne se trouve pas "que" dans les rites. Alors ils se disent que si une "mécanique rituelle" bien huilée peut sans aucun doute susciter une prière fervente et de belles cérémonies, elle peut aussi servir de cache-misère spirituelle. A partir de là, certains clercs - dont certains sont peut-être eux-mêmes en souffrance spirituelle - se mettent à diffuser l'idée selon laquelle les belles liturgies réglées comme du papier à musique ne sont souvent que du tape-à-l'oeil, ne sont, au fond, qu'un moyen utilisé par ceux qui préfèrent vivre dans leur nuage pour ne pas être obligés voir et de comprendre que l'Eglise ne pourra pas faire l'économie d'un aggiormento si elle veut pouvoir parler d'égal à égal avec un monde assailli par la modernité. De là, chez certains, de nouvelles exigences : favoriser des liturgies donnant moins d'importance aux rites et plus de place à l'expression de la sincérité des fidèles; organiser des célébrations désencombrées de pratiques relevant d'un cérémonial anachronique qui donne parfois aux messes une tournure plus folklorique que proprement liturgique. Les prêtres initiateur de ce courant de pensée accueilleront le Concile avec enthousiasme tout en déplorant, mais après coup seulement, que la Constitution Sacrosanctum Concilium ne soit pas allée jusqu'à imaginer des façons de célébrer la liturgie mieux adaptées à la variété des situations particulières et des demandes ponctuelles. Il reste que l'Eglise a toujours su ce que bien des prêtres ne parviennent plus à comprendre tellement leur souci pastoral a pris le dessus : à savoir que la liturgie ne saurait en aucun cas devenir l'expression d'une foi subjective - même sincère - vécue au sein d'un agrégat de chapelles artificiellement reliées les unes aux autres, mais doit impérativement être et demeurer l'expression et la manifestation du mytère du Christ et de la nature authentique de la véritable Eglise. (Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, Préambule, 2.).

 

Nous avons là une première explication de l'origine de la crise liturgique de l'Eglise post-conciliaire. Elle n'est cependant pas la seule. Il faut aussi, pour mieux en voir la racine, considérer la personnalité de ces prêtres adeptes de célébrations "pastoralement" plus efficaces. Il est clair que si l'on regarde les chiffres donnant le nombre de prêtres et de séminaristes en France dans les années marquant le milieu du XXè siècle, on voit que les vocations sont nombreuses : les diocèses ne manquent pas de "personnel" ! Mais qu'est-ce qui a motivé tant de jeunes à vouloir devenir prêtres ? Ou posons la question autrement : tous les prêtres et séminaristes de cette époque ont-ils indiscutablement la vocation ? Rien ne permet de l'affirmer sans nuances. Dans la première moitié du XXè siècle, en effet, la France est encore un pays semi-rural où les traditions religieuses bien ancrées et respectées sont créatrices d'un climat pouvant rendre la prêtrise attractive pour des jeunes gens. De plus, dans les écoles libres catholiques ou les "petits séminaires" se fait souvent un véritable "travail d'inculcation de la vocation" qui tend parfois à ignorer les critères qui la rendent possible. On a alors des écoles libres transformées en ce que certains appellent "des boîtes à curés"; et ce n'est qu'en 1930 que la Sacrée Congrégation des Sacrements exige de tout ordinant de jurer sur l'Evangile et devant son évêque qu'il demande à être prêtre « libre de toute pression, violence et crainte, le désirant spontanément et le voulant de pleine et libre volonté car j'expérimente et je ressens que je suis réellement appelé par Dieu ». (Cf. AAS 23, 1931, p.127). Il n'empêche que cette situation permet à l'Eglise de France d'avoir des "bataillons de prêtres" : chaque paroisse à son curé et il n'est pas rare de trouver, dans certains gros bourgs de campagne, un curé et deux ou trois vicaires. Mais tout ces prêtres ont-ils réellement la vocation ? Il n'est pas interdit de penser qu'un nombre non négligeable d'entre eux a dû découvrir, les années passant, qu'ils n'étaient pas faits pour la vie sacerdotale et qu'ils étaient de moins en moins heureux dans l'exercice de leur ministère. Généreux, ils l'étaient; altruistes, ils l'étaient; profondément croyants, ils l'étaient... mais capables de comprendre et de faire rayonner la grâce de leur sacerdoce avant leurs éventuels charismes personnels, l'étaient-ils ? C'est d'autant moins possible lorsqu'on est en conflit avec soi-même. 

 

A bien des grands séminaristes venus en ligne droite de la troupe des enfants de choeur, puis du patronage paroissial, puis des petits séminaires - ces fameuses "boîtes à curés" - on avait, à force de ne faire plus que de la morale ou du caritatif, omis d'expliquer que la sainteté n'est pas un accomplissement de soi, ni une plénitude que l'on se donne, mais qu'elle est d'abord un vide que l'on se découvre et que l'on accepte, et que Dieu vient remplir dans la mesure où l'on s'ouvre à Sa plénitude. Des prêtres ont peut-être découvert sur le tard ce "vide". Mais étaient-ils faits pour l'accepter et pour laisser la grâce de leur sacerdoce le remplir ? Dès lors, on peut imaginer que certains de ces prêtres qui n'étaient plus véritablement heureux, ont cherché à instrumentaliser leur sacerdoce dans le but de pouvoir affirmer davantage leur personnalité; ils ont donc mis leurs espoirs dans ce concile Vatican II qui, leur disait-on, allait dépoussiérer l'Eglise et leur donner de pouvoir vivre leur prêtrise d'une façon beaucoup moins contraignante et moins rigide : plus de soutane, plus de latin, plus de liturgies compliquées, moins d'adoration et de prière... mais, à la place, davantage de "social" et d' "animation pastorale" dont l'efficacité allait remplir les églises et donner goût à une nouvelle forme de prêtrise. En fait, ce que voulaient ces prêtres, c'était débarrasser le ministère sacerdotal de son caractère "sacral" pour le faire entrer dans une phase "existentielle"; c'était libérer l'Eglise de la "sacerdotalisation" pour lui permettre d'être davantage efficace grâce une pastorale basée sur le témoignage. Autrement dit : moins de théologie et de doctrine pour plus de justice, de charité, de lutte pour les droits de l'homme et la liberté... Ce furent d'ailleurs les thèmes de bien des messes et de bien des cantiques de cette époque conciliaire. Mais ces prêtres se rendaient-ils compte qu'en voulant se débarrasser de ce qui passait pour des contraintes à leurs yeux, ils jetaient ce qui aurait pu, jusqu'à un certain degré, leur servir de béquilles et de garde-fous dans l'exercice de leur sacerdoce ? Tous ne se rendaient pas compte, en tout cas, qu'en reléguant la doctrine au second plan et en apprenant, à la suite de nombreux professeurs d'exégèse de l'époque, à faire une distinction entre le "Christ historique" et le "Christ des Evangiles", ils en arrivaient à limiter l'Evangile à un message de transformation sociale en oubliant que le Sauveur est venu restaurer notre condition et notre dignité d'enfants de Dieu pour que nous puissions nous tourner ensemble vers le Père. Ces prêtres participaient activement, - et peut-être volontairement, par dépit - à ce que le P. Louis Bouyer appellera "le trahison des clercs". Les évêques de France ne virent rien... ou pas grand-chose.

 

 

En 1965, le concile Vatican II s'achève et rien de ce qu'espéraient ces prêtres que l'on peut considérer comme des victimes de fausses vocations n'est concédé : un dépoussiérage de l'Eglise a bien été lancé, mais il ne s'agit en aucun cas d'une "braderie" de ce que l'Eglise a reçu des Apôtres et dont elle est dépositaire. D'où l'amertume sourde qui saisit la partie du clergé alors considérée comme la plus dynamique, la plus engagée et la plus motivée, au point que ses figures emblématiques seront nommées aux postes-clés des diocèses, d'où elles pourront infiltrer leurs idées dans la catéchèse et dans les paroisses, puis enfin dans les grands séminaires où pourront germer les idées favorables au mouvement de contestation de mai 68 qui fut, selon le bon mot d'André Frossard, "une Pentecôte à laquelle on avait oublié d'inviter de Saint Esprit". Les trois questions posées au départ étaient qui, pourquoi et comment. Qui ? On l'a dit : des prêtres ordonnés avant Vatican II ou immédiatement après. Pourquoi ? Parce que des responsables diocésains manquant singulièrement de clairvoyance n'ont pas su voir arriver la crise et, manquant de connaissances théologiques solides, n'ont pas pu répondre aux grandes questions qui se posaient à l'Eglise. Il reste à répondre à la question "comment". Pour cela, il est nécessaire de regarder derrière soi et voir comment les choses se sont déroulées dans les paroisses. Ce qui apparaît alors clairement, c'est que la démolition de la liturgie, dans les diocèses de France, s'est faite partout et de la même façon. Elle n'était donc pas le fait de quelques prêtres isolés, comme cherchaient alors à faire croire les évêques. Elle n'était pas le fait de quelques clercs qu'on aurait pu considérer comme originaux ou marginaux : elle fut un phénomène clérical très largement généralisé et mené avec une brutalité dont on n'a plus idée aujourd'hui. Ce qu'on voit ensuite, c'est que la démolition de la liturgie s'est déroulée partout de la même façon selon un programme préétabli dont les grands traits avaient été tracés avant le Concile, comme on l'a vu plus haut. Un programme devant se dérouler en 4 temps très rapprochés les uns des autres pour stopper net toute tentative de contestation de la part des fidèles désireux de respecter les réelles intentions de Vatican II :

 

- premièrement, retournement des autels; c'est-à-dire généralisation de ce qui avait déjà été expérimenté ici ou là sous le regard goguenard d'évêques qui croyaient à des essais qui n'auraient aucun lendemain;

- deuxièmement, discrédit jeté sur le latin et le chant grégorien doublé d'une accusation d'intégrisme lancée à la tête de tout fidèle demandant le maintien de liturgies latines célébrées avec le missel romain révisé à la suite du Concile. A ces fidèles qui rappelaient les articles 36 et 116 de la Constitution sur la liturgie, il était systématiquement répondu qu'il fallait comprendre l' "esprit du Concile" et non s'en tenir à la "lettre". Formule qui allait permettre de justifier même ce qui allait manifestement contre les enseignements de l'Eglise... 

- troisièmement, obligation d'abandonner tout ce qui, dans la liturgie post-conciliaire, aurait pu rappeler la liturgie héritée de Trente : cierges, encens, vêtements et ornements, service d'autel... puis aussi la dignité, le respect des rites, l'expression du sacré;

- quatrièmement enfin, liquidation de tout ce que le Concile demandait de préserver comme expression de la distance entre le sacré et le profane, entre le sacerdoce baptismal et le sacerdoce ministériel, entre la condition de laïc et la condition de clerc...

 

 

Un tel nivellement destructeur, que l'Eglise n'avait jamais ni voulu ni même envisagé, fut ensuite encouragé par la diffusions d'ouvrages faisant la promotion de célébrations liturgiques reconstruites sur la base de projets pastoraux tous plus nébuleux les uns que les autres mais, en tout cas, systématiquement en opposition aux enseignements du Concile et des Souverains Pontifes successifs. Parmi ces ouvrages (cahiers, magazines...) il faut citer les "Feuilles du diocèse de Saint-Brieuc", la revue "Signes d'Aujourd'hui", les publications du très officiel Centre National de Pastorale Liturgique (CNPL) où il était systématiquement demandé d'imaginer de nouvelles façons de célébrer la messe et de modifier l'agencement intérieur des églises en y introduisant le plus d'éléments insolites possible. Partout, les célébrations liturgiques prenaient des allures de chantier permanent où le fidèle se voyait contraint d'accepter - à défaut d'approuver - le dernier caprice du célébrant. La catéchèse n'était pas en reste : on n'y enseignait plus qu'une foi sans dogmes, une Eglise sans Souverain Pontife, un "Credo" à reformuler, des liturgies à inventer... Le tout avec l'aide de catéchistes laïcs sans connaissances théologiques mais déjà gagnés aux idées nocives élaborées et diffusées par quelques clercs insoumis et constitués, dans les diocèses, en soviets d'où ils pouvaient ruiner de l'intérieur cette Eglise catholique romaine à laquelle ils reprochaient d'entretenir un sacerdoce contraignant pour lequel ils n'étaient pas faits. Tout était donc noyauté, verrouillé, en sorte que le fidèle qui voulait suivre l'enseignement de Rome plutôt que les tergiversations ou les marottes du clergé local était immédiatement considéré par le noyau dur de sa paroisse - curé en tête - comme un traître, comme un fauteur de troubles, comme un diviseur, comme un danger pour une unité des fidèles qui, en fait, n'existait déjà plus que dans l'imagination de quelques têtes pensantes confortablement installées dans les bureaux diocésains.

 

La destructuration de la liturgie qui oblige Mgr Bux à demander si aujourd'hui, en assistant à certaines messes, on ne risque pas de perdre la foi, est l'aboutissement d'un long processus mis en place au sein même de l'Eglise par un clergé qui, depuis le XVIIIè siècle, avaient fait de la liturgie un spectacle dont ils tenaient à demeurer les seuls metteurs en scène. La crise liturgique actuelle qui se conjugue avec une crise de la foi est le fait d'hommes qui auraient probablement été plus à leur place dans l'animation de clubs de bienfaisance que dans la prêtrise et qui ont imaginé ne pouvoir s'épanouir dans leur ministère qu'à condition de l'exercer librement. C'est dans ces conditions qu'ils ont intrumentalisé la liturgie : ils devaient en faire un outil au service de leurs talents (supposés) d'animateurs; ils se sont fait les présentateurs d'un "spectacle" dont ils voulaient occuper le centre. Pour ça, il leur fallait imaginer des liturgies soft pour religion light. Au moment de Vatican II, tous les ingrédients étaient réunis et le leur permettaient : une liturgie tridentine qui s'était sclérosée au point d'échapper de plus en plus aux fidèles qui ne la voyaient plus que comme une savante mise en scène dont le sens s'était opacifié; des groupes de prêtres ne s'épanouissant plus dans leur ministère sacerdotal; un Concile dont la mise en oeuvre était confiée à des évêques à la formation théologique souvent insuffisante; des fidèles prêts à accepter une Eglise présentée comme plus en phase avec son temps; une multiplication de structures bureaucratiques dont il suffisait de prendre les commandes pour pouvoir faire pression sur les fidèles et les contraindre à accepter une pastorale censée répondre à l' "esprit du Concile", à mai 68, aux fidèles dont l'esprit avait préalablement été rendu malléable... On serait tenté de demander : mais qu'ont fait les évêques de France ? La réponse tient en un seul mot : rien. 

 

Certes, certains ont dénoncé ce qui n'allait pas; mais persuadés qu'on allait les écouter, ils n'ont jamais vérifié si ce qu'ils disaient donnait lieu à des applications concrètes. Puis, se sachant désobéis, ils ont baissé les bras... Plus triste : beaucoup sont entrés dans le mouvement des prêtres qui démolissaient tout et, ne voulant pas passer pour des "traditionalistes" ou des "rétrogrades", ils ont devancé les attentes des agitateurs déjà bien organisés, en se montrant à la pointe des innovations. Ils n'ont eux-mêmes plus obéi au Souverain Pontife et n'ont plus cherché à comprendre et à appliquer le Concile. A ceci, il faut ajouter des discours et des homélies à la phraséologie équivoque permettant de dire tout et le contraire de tout... Ce fut la rupture dont a parlé Benoît XVI et dont les dégâts sont aussi considérables que persistants. Que faire aujourd'hui pour corriger les erreurs et soigner tant de blessures ? La solution, c'est certain, ne peut venir que des évêques. Encore faut-il que ces évêques ne soient pas eux-mêmes les "enfants naturels" de ceux qui se sont employés et s'emploient encore à tout casser au nom de cette "herméneutique de rupture" qu'ils se sont employés à mettre en oeuvre et à laquelle ils tiennent. C'est-à-dire que les évêques de demain ne devront pas être choisis parmi les prêtres formés dans des séminaires contrôlés par les "soviets diocésains" où siègent et se cooptent des clercs et des laïcs dont la théologie est faible - pour ne pas dire éloignée de la doctrine catholique - et dont la fidélité au Siège de Pierre n'est habituellement qu'une formule vide de sens. De tels prêtres échappant au "système" existent. Mais combien d'entre eux voudront-ils accepter une charge épiscopale sachant qu'aujourd'hui, un évêque qui veut obéir au pape est assuré d'avoir les 3/4 de ses diocésains les plus influents sur le dos ? Etre évêque implique-t-il d'aller au "casse-pipes" ? Au jour de son élection sur le siège de Pierre, Benoît XVI avait demandé qu'on prie pour lui, afin qu'il trouve la force de ne pas se dérober face aux loups. On n'imagine pas combien, depuis le Concile, les loups ont pu proliférer dans les diocèses de France : ils s'emploient à montrer leurs crocs aux pasteurs diocésains qui se montrent trop empressés à suivre le Successeur de Pierre.

 

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