Jamais, au cours de son histoire, la réalisation du rite romain n’a fait l’objet de tant de difficultés et de tant de divisions que depuis le Concile Vatican II. Pourquoi ? Pour deux raisons principales et évidentes : - d’abord parce qu’une fausse conception de la liturgie s’est emparée des mentalités occidentales : au nom des libertés individuelles, on a voulu faire de la liturgie un lieu où chacun devait pouvoir s’exprimer librement pour tenter de « se réaliser » sans référence à l’Absolu. - ensuite parce que dans plusieurs pays - et tout particulièrement en France - il se trouve un épiscopat incapable de mesurer le désastre liturgique qui s’étale sous les yeux de tous les croyants, et tout aussi incapable de prendre des mesures claires et efficaces pour redresser la situation. Sur ce point, tous les témoignages concordent parfaitement. Dans la persistance d’un grand silence complice de la part des autorités diocésaines, les messes ont été transformées en « célébrations » au cours desquelles le savoir-faire (ou prétendu savoir-faire) des participants est devenu plus important que le véritable sens de l’Eucharistie tel qu’il est signifié et transmis par la liturgie elle-même. Ce glissement du sens de la liturgie est observable tous les dimanches, en de très nombreuses paroisses, où le savoir-faire propre du célébrant transformé en « animateur » compte plus que le mandat dont il est le dépositaire.

 

 

 

curedarsCette situation nouvelle a fait que, même si au début on n’en a pas eu clairement conscience, c’est un pouvoir purement humain qui s’est substitué au mandat que le prêtre à reçu de l’Eglise ; l’individu s’est arrogé une autorité arbitraire qui s’est substituée au pouvoir qui lui avait été conféré et dont il lui fallait rendre compte. C’est de cette façon qu’a été progressivement abandonnée la structure-exousia de la liturgie, et c’est ainsi que l’essentiel du culte liturgique s’est perdu : aujourd'hui, le rite n’est alors plus qu’un instrument que chacun est libre d’utiliser comme il le souhaite, que chacun modifie selon l’inspiration du moment pour ne plus manifester que son engagement, son altruisme, sa philanthropie, sa sympathie, sa gentillesse, son désir de plaire, son souhait d’être engagé dans la société... Mais ce rite liturgique ainsi modifié - subverti, devrait-on dire - ne transmet plus rien de la foi de l’Eglise. Tout juste exprime-t-il encore un vague christianisme au sens le plus large du terme. A force de baigner dans une constante « a-liturgie », les fidèles - et de nombreux prêtres en premier lieu - ont totalement perdu de vue que l’important dans la célébration de la foi, ce n’est pas que le culte soit organisée de façon sympathique par des gens sympathiques ; car le propre de l’Eglise n’est pas qu’il y ait des gens sympathiques en son sein - ce qui demeure cependant grandement souhaitable, c’est vrai - mais c’est que la liturgie puisse dire les mots du salut et poser les actes du salut dont l’homme a toujours besoin et qu’il sera toujours incapable de se donner à lui-même comme s’il s’agissait de quelque chose venant de lui. Oui, l’essentiel pour la liturgie est qu’elle pose les actes dont l’homme a besoin. Et elle ne peut le faire que si elle n’est pas elle-même aliénée par ceux qui ont reçu de l’Eglise le mandat de la mettre en œuvre. « La liturgie court à l’échec si elle veut concurrencer le show-business. Le curé n’est pas un maître du spectacle et la liturgie n’a rien d’un spectacle de variétés. Elle court également à l’échec si elle se veut une sorte de cercle de loisirs. Peut-être pourra-t-elle développer quelque chose de ce genre dans son prolongement et à partir des rencontres qu’elle aura fait naître. Mais elle-même se doit d’être davantage. Il doit apparaître que s’ouvre ici une dimension de l’existence à laquelle nous aspirons tous secrètement : la présence de ce que nous ne pouvons pas faire, la théophanie, le mystère et, en lui, l’approbation de Dieu qui règne sur l’existence et qui, seule, peut faire qu’elle soit bonne, pour que nous puissions l’accepter et la porter au milieu de toutes les tensions et de toutes les souffrances. Autrement dit, il nous faut trouver un juste milieu entre un ritualisme où le seul acteur d’une liturgie incompréhensible et sans rapport avec les préoccupations des croyants est le prêtre, et une manie de l’intelligibilité qui dissout finalement toute l’action, en en faisant une œuvre purement humaine, en la privant de sa dimension catholique et de l’objectivité du mystère. A travers la communauté des croyants et de ceux qui comprennent dans la foi, la liturgie doit avoir sa propre force d’illumination qui devient aussi, dès lors, appel et espérance pour ceux qui ne croient et ne comprennent pas » (Cf. Cardinal Ratzinger, La célébration de la foi.) Pour ce faire, il est plus qu’urgent de mettre un terme au « confusionnisme » qui a envahit les célébrations et qui fait que n’importe quelle chansonnette équivaut à une pièce grégorienne, que n’importe quelle composition de circonstance équivaut à une pièce de Bach ou de Couperin, que n’importe quelle parole proférée par un célébrant ou un animateur liturgique équivaut à une prière officielle de l’Eglise, que n’importe quelle attitude des ministres de l’Eucharistie équivaut à un rite reconnu par la Tradition. Car là où les valeurs liturgiques transmises par la Tradition authentifiée par le Magistère sont ignorées, bafouées ou gauchies, on désapprend aux fidèles à hiérarchiser et à privilégier. Alors, tout finit par se valoir, et la Beauté tout comme la Vérité se diluent dans l’improvisé et l’épisodique pour n’être plus que des valeurs subjectives incapables de construire autre chose qu’une foi subjectivisée incapable de s’appuyer sur autre chose que des émotions. Or seule la liturgie accomplie comme le veut l’Eglise peut être un « sésame » pour l’intelligence de la foi, un antidote à l’ennui comme au relativisme doctrinal dont on sait aujourd’hui qu’il est la source de tant d’égarements et de confusions dans le monde actuel. Il est certain que la question liturgique est au centre des problèmes auxquels l’Eglise se trouve aujourd’hui confrontée. Dès lors, la liturgie romaine ne peut plus continuer à se présenter comme un moment fugitif, sans cesse en restructuration, sans cesse tiraillé par des groupes de fidèles qui ne cessent d’affirmer n’importe quoi à son sujet faute de l’avoir étudiée sous toutes ses composantes. La liturgie romaine doit redevenir de toute urgence ce bagage éternel capable d’accompagner toute une existence ; elle doit alors non plus se disperser dans les multiples « ajustements pastoraux » qu’on lui faire subir, mais se concentrer sur ce qui fait son essence. Car une liturgie qui cherche sans cesse à plaire sera toujours une liturgie assurée de se perdre dans les mirages du modernisme pour n’instaurer qu’une anomie dont le résultat sera l’ignorance, l’instabilité, le désordre et la division. Ce qu’il nous faut donc retrouver aujourd’hui de toute urgence, ce n’est pas tant une liturgie « invariable » qu’une liturgie « stable » : stable dans son déroulement, dans sa dignité, dans son expressivité, dans ses prières, dans ses chants, dans le comportement de ses acteurs et principalement dans les attitudes des célébrants. Car c’est le prêtre qui, en tant que « président » de la liturgie, donne le ton à la célébration. Or un prêtre qui célèbre selon son humeur, selon ses goûts, selon le dernier « truc à la mode » dans la pastorale locale, n’est pas forcément au diapason de ce qu’est la liturgie pour l’Eglise, c’est-à-dire pour le Peuple de Dieu. Il faut donc retrouver une liturgie qui, pour le temps qu’elle dure, oblige le prêtre et ses assistants à abandonner leur subjectivité, en sorte que ne soit plus manifestée, dans toute sa vérité, que le mystère du Christ.

 

 

Les fidèles que l’on qualifie de « progressistes » et qui, avec la complicité des bureaucraties diocésaines, se sont presque partout emparés des messes paroissiales, ont fini par transformer la liturgie en un espace de libre-expression. C’est une très grave erreur dont on sait très bien - même quand on ne veut pas le dire officiellement - qu’elle est la principale source de la désertification actuelle des églises. Les « conservateurs », quant à eux, se retrouvent dans les lieux où l’on célèbre la liturgie pré-conciliaire car, précisément, ressentant cette nécessité d’avoir une liturgie stable et ne supportant pas - avec raison - la mainmise des « progressistes » sur les rites, ils reprochent à la « messe de Paul VI » d’être une forme liturgique qui refuse la formalité du culte. Pour eux, dans la messe actuelle, tout est « en option » : il s’agit d’une « messe évolutive » construite selon le bon désir du célébrant et de ses « équipes liturgiques » qui choisissent ce qu’ils veulent dans le Missel pour élaborer une sorte de synthèse à caractère liturgique. Et ceci leur est insupportable dans la mesure où il s’agit d’une confiscation du sacré. Cette dernière critique faite à l’encontre du rite romain actuel par les « conservateurs » ne tient pas plus la route que la façon avec laquelle les « progressistes » traitent actuellement la liturgie. En effet, il suffit d’ouvrir le Missel romain actuel pour constater qu’il n’autorise aucune option. Simplement, il autorise davantage que l’ancien Missel certaines adaptations qui peuvent faciliter la tâche de prêtres exerçant leur ministère dans des conditions particulièrement difficile : le curé qui doit célébrer une messe dans un hameau perdu au fond de la Cordillère des Andes et qui s’aperçoit qu’il a oublié d’emporter sa chasuble, n’est pas obligé d’envoyer un e-mail à son évêque pour lui demander l’autorisation (un indult) de pouvoir tout de même célébrer l’Eucharistie... Mais on comprend qu’il n’y a aucune commune mesure entre ce cas particulier et le cas des nombreux prêtres qui refusent dans nos paroisses de porter les vêtements liturgiques prescrits. Il est donc faux de dire que la liturgie romaine actuelle exige du célébrant qu’il « fabrique » sa messe ou qu’il « élabore » la forme de sa célébration eucharistique. C’est exactement le contraire qui est demandé par toute l’histoire de la liturgie romaine dont le dernier Concile est une étape de plus. Voilà pourquoi il est nécessaire d’apprendre à mettre la liturgie romaine en œuvre dans l’esprit de la Tradition : un esprit de stabilité et de continuité qui s’oppose aussi bien à l’esprit de fixité ou de fluctuation qu’à l’esprit de rupture ou de sclérose. « Le prêtre comme ministre, comme célébrant, comme étant celui qui préside l’assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir un sens particulier du bien commun de l’Eglise, qu’il représente par son ministère, mais auquel il doit être subordonné selon une discipline correcte de la foi. Il ne peut pas se considérer comme un propriétaire qui dispose librement du texte liturgique et du rite sacré comme de son bien propre, en allant jusqu’à lui donner un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété subjective, mais objectivement c’est toujours trahir l’union qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de l’unité. Tout prêtre qui offre le saint sacrifice doit se rappeler que, pendant ce sacrifice, ce n’est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c’est toute l’Eglise qui prie, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu’un voulait appeler une telle position « uniformisme », cela prouverait seulement l’ignorance des exigences objectives de l’unité authentique, et ce serait un symptôme d’individualisme dangereux. » (Bx Jean-Paul II, Lettre aux prêtres). Toute l’histoire du rite romain nous montre que les grands problèmes qui ont ébranlé l’Eglise au cours des siècles ont toujours surgi lorsque l’ « individualisme » - sous une forme ou une autre - avait réussi à s’infiltrer dans la liturgie. Or nous sommes à une époque où jamais l’individualisme n’a été aussi fort, aussi puissant, aussi omniprésent. En tout état de cause, il faut bien comprendre que dans une société qui a soif d’absolu mais qui a trop souvent égaré ses repères, notre liturgie romaine, fidèle à l’esprit qui lui a permis de se constituer et de s’affermir tout au long de son histoire, doit veiller à échapper à l’individualisme si elle veut redevenir de marbre et non plus demeurer de sable (cf. Mt. 7, 24-27). 

 

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