« La liturgie est essentiellement prière d’adoration. La crise qui a blessé la liturgie est due au fait que au centre même n’est plus Dieu et son adoration, mais les hommes et la communauté. Ainsi que le disait Jean-Baptiste Metz : « La crise de Dieu est nouée dans l’ecclésiologie ». Providentiellement, le Concile a approuvé en premier la constitution sur la Sainte Liturgie, parce que « Au commencement est l’adoration et donc est Dieu […] L’Eglise dérive de l’adoration, de la mission de glorifier Dieu » (J. Ratzinger, L’ecclesiologia della Costituzione Lumen gentium, ed. Balsamo, 2004, p. 132). C’est cela l’ecclésiologie du Concile qui, au-delà des accents historiques divers, est celle de l’Eglise catholique depuis deux mille ans. La crise de la liturgie commence au moment où elle cesse d’être conçue et vécue comme une adoration en Jésus-Christ de la Trinité, au moment où elle n’est plus une célébration de toute l’Eglise catholique mais celle d’une communauté particulière, au moment où les évêques et les prêtres au lieu d’être des ministres, c’est-à-dire des serviteurs, deviennent des leaders. La lamentation continuelle de certains liturgistes au sujet de la mise en œuvre manquée de la réforme et des expédients nécessaires pour la rendre attrayante, montre bien que s’est perdu l’esprit de la liturgie, en la réduisant à une autocélébration de la communauté particulière. Voyez tous les exemples de relativisme liturgique (habillés du nom de « créativité ») qui sont tous les jours sous tous les yeux : l’Eucharistie est la première a avoir fait les frais d’une idée de l’Eglise non catholique. 

 

Pour réaliser une « réforme de la réforme », il faut reprendre les fondements théologiques de la liturgie décrits de manière systématique dans le « Catéchisme de l’Eglise catholique » (nn. 1077-1112) sur la base de la constitution Sacrosanctum concilium. L’œuvre de Romano Guardini, « L’esprit de la liturgie », ou sa mise à jour par Joseph Ratzinger, « Introduction à l’esprit de la liturgie », aideront à déterminer dans le Novus Ordo les points qui ont besoin de restauration. Il faut réformer ce qui a été déformé. Or les principales « déformations », lesquelles n’ont jamais été imaginées par le Concile, concernent :

 

- la transformation de la liturgie, prière et dialogue avec Dieu, en exhibition d’acteurs et en inondation de paroles : cela est favorisé par le fait que le prêtre est tourné vers le peuple et facilement porté à regarder aux alentours au lieu de lever les yeux vers la croix, comme la vraie prière avec Dieu l’exigerait. Ainsi les hymnes, les psaumes, l’action pénitentielle, les collectes, la prière universelle et surtout l’anaphore, sont perçus comme la récitation plus ou moins sérieuse d’une pièce théâtrale ; d’autant qu’il arrive au célébrant de les interrompre pour faire des monitions et des avis aux fidèles ;

 

- la condamnation du concept de sacrifice auquel est substitué celui de repas, ce qui a fait assimiler l’Eucharistie catholique à la célébration de la Cène protestante ;

 

- la désorientation engendrée par la récitation de l’anaphore face au peuple, qui a contribué à confirmer que la messe était un repas fraternel ;

 

- la substitution totale du vernaculaire au latin ; 

 

- la révolution « artistique », en particulier celle de la forme de l’autel devenu une table, et le décentrement du tabernacle, remplacé par le siège-trône du prêtre. Pour ne rien dire de l’abolition de la clôture sacrée du sanctuaire et de l’installation du baptistère dans le chœur.

 

Beaucoup de prêtres célèbrent la liturgie à la manière d’une autocréation. Les documents de la Congrégation pour le Culte divin sont très nombreux, mais ils restent lettre morte parce que l’obéissance est en crise. »

 

(Mgr Nicola BUX, extraits d’une interview à « 30 Giorni ».

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