L’objection la plus souvent avancée contre la messe célébrée en latin, est qu’elle ne favorise pas la « participation » active des fidèles qui a été demandée par les pères du concile Vatican II. Dans une messe célébrée en latin, les fidèles seraient réduits à n’être que des spectateurs plus ou moins muets d’une action qui ne concernerait que le célébrant. En 2007, au n. 52 de l’Exhortation post-synodale « Sacramentum Caritatis » Benoît XVI écrivait que « le concile Vatican II avait opportunément voulu un développement particulier de la participation active, pleine et fructueuse du peuple de Dieu tout entier à la célébration eucharistique. Le renouveau mis en œuvre au cours de ces années a bien certainement favorisé des progrès notables dans la direction souhaitée par les Pères conciliaires. » Le Pape rappelait « Sacrosanctum Concilium » et rappelait que la participation des fidèles à la Messe devait être « actuosa, plena, fructuosa » C’était le vœu des pères conciliaires ; ça devrait être notre souci, notre objectif. Et Benoît XVI ajoutait : « Nous ne devons pas cependant nous cacher qu’une certaine incompréhension, précisément sur le sens de cette participation, s’est parfois manifestée. Il convient par conséquent de dire clairement que, par ce mot, on n’entend pas faire référence à une simple attitude extérieure durant la célébration. »

 

 

 

 

saint-sacrifice-messeCette précision apportée par le Pape est importante ; elle nous pousse à demander en quoi doit alors consister la participation « active, pleine et fructueuse » à la liturgie. Curieusement, Benoît XVI ne nous dit pas en quoi doit précisément consister la « participation » ; il préfère plutôt nous dire ce qu’elle ne doit pas être : « participer » ne veut pas dire « faire quelque chose » pendant que le prêtre à l’autel dit des prières et accomplit les rites prescrits. Souvenons-nous des terribles années 80. Avant la Messe, on s’employait à faire un programme : pendant l’offertoire, on chantera « Les mains ouvertes devant toi, seigneur » ; pendant la communion, « Pour inventer la liberté »... A la fin de la célébration, le prêtre était heureux si la Messe avait été bruyante ; pour lui, c’était la preuve que les fidèles avaient « participé ». Chacun pouvait rentrer chez lui dans les dispositions de quelqu’un qui venait d’assister à un concert. Il est vrai qu’à cette époque-là, bien peu de catéchistes rappelaient aux enfants que la messe est le Saint Sacrifice du Christ sur la Croix qui se renouvelle de façon non sanglante sur l’autel par les mains du prêtre, « alter Christus ». Donc, le pape explique ce que l’on doit entendre par « participation ». Il nous rappelle qu’en dépit de ce que peuvent penser certains clercs aujourd’hui encore, aucun des pères conciliaires n’était un « rocker » ou un « hippie » désireux de transformer la liturgie de l’Eglise en une sorte de « Woodstock ». Se souvenant de l’époque du Concile auquel il a lui-même participé, Benoît XVI souligne que la « participation active » à la liturgie telle qu’elle était souhaitée par Vatican II doit être comprise en termes plus substantiels : elle doit consister en une plus grande prise de conscience du mystère célébré et de sa relation à la vie quotidienne. Encore pleinement valable est la recommandation conciliaire de la Constitution « Sacrosanctum Concilium », exhortant les fidèles à ne pas assister à la liturgie eucharistique, « comme des spectateurs étrangers et muets », mais en participant « à l’action sacrée en connaissance de cause, pieusement et activement. » C’est le point capital : comme l’ont souhaité les pères conciliaires et comme le rappelle Benoît XVI, il n’est pas possible d’être à la Messe comme des étrangers, comme des spectateurs muets. Peut-être étions-nous de tels étrangers à la liturgie - du moins certains d’entre nous - quand nous pensions, de bonne foi, que l’essentiel était d’avoir des guitares bien accordées et que l’emploi des bongos ou des maracas allait donner l’envie d’aller à l’église. Pendant le temps de communion, l’essentiel était de pouvoir finir tous les couplets du chant choisi... Etrangers à la liturgie, nous l’avons été lorsque nous avons « zappé » la communion sous prétexte d’interpréter « notre » morceau, lorsque nous avons suivi les catéchistes qui, dans leur ignorance crasse, nous invitaient à imaginer des célébrations ressemblant plus à une fête d’équipe sportive qu’à la célébration liturgique. D’autre part, au sujet de l’assistance à la Messe en « spectateurs muets », il est malvenu de critiquer la liturgie qui se faisait jusqu’au moment du Concile en avançant qu’elle ne facilitait pas - ou même interdisait - la « participation » des fidèles. Il ne faudrait tout de même pas oublier, en effet, que pendant 2 000 ans de christianisme, les saints et les saintes nous ont enseigné la valeur du silence : d’un silence qu’il ne faut pas confondre avec la mutité qui, elle, n’est pas le silence mais l’absence de parole.

 

Que se passe-t-il sur l’autel durant la Messe ? Il se produit un mystère ineffable, indicible, qui fait que le Christ se rend présent sous les espèces du pain et du vin. On ne célèbre pas un symbole ! On ne célèbre pas une image, une idée ! Le Christ est vraiment là, présent dans l’hostie et la coupe de vin que tiennent les mains du prêtre. C’est un grand Mystère, indicible, si « scandaleux « pour l'intelligence humaine que la seule façon d’y adhérer est de faire appel à la foi : Mysterium fidei. C’est dans la relation avec ce Mystère si grand et profond que nous devons nous demander ce que signifie être des spectateurs « muets » et ce que signifie « participer activement, pleinement et fructueusement ». Il est clair que le concept de « participation » n’a pas de sens absolu. Imaginons un jeune « fan » de football qui assiste à un match ; pour lui, « participer » signifie crier, applaudir, encourager l’équipe dont on est le « supporter », éventuellement vociférer contre l'arbitre qui n’a pas vu une faute, agiter drapeaux et souffler dans des vuvuzelas... Imaginons maintenant ce qui se passerait si ce jeune « fan » était en classe et voulait « participer » comme il l’a fait au stade... Au théâtre, à l’opéra, à l’école, au cours d’une conférence... c’est toujours la « participation active » des spectateurs ou des auditeurs qui est demandée. Mais une participation par le silence et l’attention. Un silence qui n’est jamais le « mutisme », car le « mutisme » signifie l’arrêt de l’attention, de l’intelligence ; le « mutisme » traduit la résignation, une volonté d’humilier la parcelle d’intelligence divine que possède le génie humain. Le silence est le contraire du « mutisme » : il traduit l’écoute, l’adhésion, la réflexion. Devant le Mystère, le silence est participation ; et vouloir le chasser ne procède que d’une recherche de la distraction à tout prix. Or la distraction ne naît que de l’incompréhension, c’est-à-dire d’un humiliant renoncement à comprendre. Cela peut nous sembler paradoxal, mais devant le Mystère, le silence est la vraie « participation » tandis que le bruit de certains chants, des commentaires, des explications, n’est que l’expression d’un « mutisme » : le « mutisme » de l’âme qui se cache derrière le flot des paroles et de cette agitation qu’on appelle aujourd’hui « animation liturgique ». La docte ignorance des philosophes qui admettent qu’ils ne savent pas et ne peuvent pas savoir, produit le « mutisme ». Au contraire, l'intelligence éclairée par la grâce mais demeurant dans la perception consciente de ses limites se sublime dans le silence qui est abandon confiant à Dieu, qui est adoration et prière. Là est la vraie « participation ». J’aime utiliser le peu de latin que je sais et le peu de rhétorique latine que j’ai étudiée pour profiter pleinement du goût sublime de certaines expressions liturgiques, surtout celles de la Prière eucharistique dont l’Auteur qui nous restera à tout jamais inconnu bénéficia incontestablement de la Lumière divine. Mais je ne me fais pas d’illusions : le peu de latin que je sais ne fait pas de moi un meilleur chrétien, ni un fidèle plus apte à « participer » à la messe, qu’elle soit célébrée en latin ou en langue vernaculaire. En effet, la compréhension de la lettre du texte est de nature à créer l'illusion que la raison peut enfin saisir le Mystère célébré. Souvenons-nous de l’histoire de cet enfant qui, avec une coquille, faisait semblant de croire qu’il pourrait transvaser toute l’eau de la mer dans le trou qu’il avait creusé dans le sable. Cette histoire nous apprend que le sublime n’est pas dans la compréhension du Mystère, mais dans la prise de conscience de nos propres limites. C’est seulement à ce moment-là que, éclairé par la grâce, dans un abandon filial en Dieu qu’on peut aller au-delà de ce que montre la liturgie afin d’appréhender le Mystère non pas en termes de « compréhension » illusoire, mais par l’intuition, la contemplation et l’adoration.

 

« En latin, on ne comprend pas », disent beaucoup de fidèles. Pourtant, la liturgie n’est-elle pas faite de gestes, de signes, de symboles qui, en parlant au cœur, vont plus loin que ce que peut transmettre le latin ou toute autre langue qui ne s’adresse qu’à « tête » ? En toute honnêteté, je ne pense pas que la messe célébrée de façon fructueuse durant des siècles par l’Eglise ait tous ces défauts sur lesquels certains insistent - souvent, par paresse ou peut-être par crainte d’avoir à se remettre en cause -. Cette obstination à critiquer l’usage du latin sent parfois un peu le soufre... Si l’usage du latin pouvait redevenir habituel - à côté d’autres possibilités légitimes - les fidèles ne viendraient pas à la Messe en découvrant à chaque fois une nouvelle façon de traiter la liturgie : ils seraient plutôt conduits à retrouver le sens du sacré dans chaque célébration eucharistique et deviendraient ainsi étrangers au « one-man-show » que certains prêtres s’emploient à faire dès qu’ils sont à l’autel. Citons encore Benoît XVI au n. 52 de « Sacramentum Caritatis » : « Développant la réflexion, le Concile poursuivait : que les fidèles « se laissent instruire par la Parole de Dieu, refassent leurs forces à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu, et qu'offrant la victime sans tache non seulement par les mains du prêtre, mais aussi en union avec lui, ils apprennent ainsi à s'offrir eux-mêmes et soient conduits de jour en jour, par le Christ Médiateur, à la perfection de l'unité avec Dieu et de l'unité entre eux ». Le Pape, qui rappelle ici « Sacrosanctum Concilium », exhorte les fidèles à se laisser former par la Parole de Dieu, à se nourrir à la Table eucharistique, puis à apprendre à s’offrir eux-mêmes de jour en jour. Déjà au n. 51, le Pape avait rappelé le lien intrinsèque entre la liturgie et la mission, entre la célébration des Mystères et la nature missionnaire de l’Eglise. Ce lien fournit la preuve que toute personne est impliquée dans la formule qui achève la Messe : Ite, Missa est ! Cette expression est souvent mal traduite : « Allez dans la paix du Christ ». Comme si la Messe était finie ! Comme si une Messe pouvait « finir » ! Non, elle ne finit pas. L’usage du latin nous invite à la vivre avec attention afin de la prolonger intérieurement dans le calme.

 

(D’après Giovanni SCHINAIA)

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