On ne sait que trop que vouloir des messes « modernes » mène à une destruction de la liturgie. Car les célébrations que veulent les prêtres qui imaginent des messes plus « parlantes » et plus « participatives » procèdent d’une modernité coupée de ses racines. Privée de sa sève, cette modernité-là se détruit d’elle-même. C’est cette autodestruction des liturgies qui se veulent « de notre temps » qui fait que les célébrations actuelles lassent très vite les fidèles et n’attirent personne en dépit du mal que se donnent ceux qui les organisent. Mais il n’y a pas que la « modernité » qui détruit la liturgie : la « tradition », telle que la conçoivent les fidèles « traditionalistes » attachés de façon exclusive à la forme « extraordinaire » du rite romain la détruit de la même façon. En ce sens, il faut reconnaître que la « tradition » que veulent défendre les « traditionalistes » n’est pas si opposée à la modernité qu’on se l’imagine généralement. Dans la mesure où elle n’est plus que « conservatisme » ou fascination d’un certain « passé historique », elle aussi mène, à plus ou moins longue échéance, à une semblable ruine de la liturgie. Cette vision de la « tradition » est destructrice dans la mesure où elle n’est plus que la connaissance historique prise pour elle-même. Elle multiplie les informations sur le passé, mais c’est pour le mettre dans une vitrine. Rien n’est plus opposé à la tradition que le musée folklorique. 

 

C’est que la tradition ne consiste pas en une simple transmission de savoir : elle est dans la transmission d’un savoir-vivre. Je peux connaître avec beaucoup de précision tout ce qu’a fait Jésus, et même la Bible par cœur ; je peux être le conservateur d’un grand musée du christianisme. Mais ce rapport muséal n’est pas un rapport traditionnel : le culturel n’est pas le cultuel. L’érudit connaît très bien la tradition, mais il n’est pas dans la tradition. La vielle femme qui prie Jésus est dans la tradition, même si elle en sait beaucoup moins sur la tradition que l’érudit. Dans la tentation de Jésus au désert, Satan sait très bien citer le Deutéronome par cœur ; il est même sans doute un expert en exégèse historico-critique : il est dans l’érudition pour s’éviter d’entrer dans la tradition vivante. Par ailleurs, la tradition n’est pas un conservatisme. Un bon exemple nous est donné par le Motu proprio de Jean-Paul II Ecclesia Dei afflicta. Ce texte constate le schisme opéré par Mgr Marcel Lefebvre et ceux que l’on appelle « intégristes » ou « traditionalistes ». Quel est le principe de ce schisme ? Non pas l’amour de la tradition, dit Jean-Paul II, mais l’amour du conservatisme, c'est-à-dire d’une conservation qui tient tout absolument intact, et donc qui minéralise au lieu de conserver en vie. Vous le savez bien : si vous voulez tout conserver d’un être vivant, vous ne pouvez plus le conserver en vie, parce que vous devez le figer. « A la racine de cet acte schismatique [écrit Jean-Paul II], on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l’a enseigné clairement le Concile Vatican II, se poursuit dans l’Eglise sous l’assistance de l’Esprit Saint ». 

 

Le traditionalisme s’oppose à la Tradition, parce qu’il tue l’organisme vivant pour devenir un adepte du fossile. La vraie tradition ne consiste pas à tout conserver de ce qui se faisait hier, mais à en transmettre l’essentiel. Et pour le transmettre, il faut savoir reconnaître les signes des temps, et donc s’ajuster à certaines conditions nouvelles de transmission. Josef Pieper écrit avec force : une conscience authentique de la tradition nous rend libres et indépendants vis-à-vis de ceux qui s’en prétendent les « gardiens ». Il peut arriver que ces fameux « tenants de la tradition », du fait qu’ils s’en tiennent à des formes historiques, entravent la véritable et nécessaire transmission (qui ne peut s’opérer qu’à travers des formes historiques changeantes) ». La façon avec laquelle les « traditionalistes » veulent conserver la forme « extraordinaire » du rite romain peut-elle garantir la nécessaire transmission de la liturgie ? Peut-être pas davantage que la façon dont les « progressistes » défigurent la liturgie en prétendant en faire quelque chose de plus parlant, de mieux adaptés aux fidèles.

 

Source : Fabrice Hadjadj, L’Osservatore Romano, édition en langue française du 10-3-11

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