Le mot « rite » vient du sanscrit « riti » et désigne ce qui doit être accompli en respectant des normes établies. Le rite est un acte stéréotypé (ce qui ne veut pas dire machinal et irréfléchi) permettant à une communauté d’affirmer son identité à l’occasion d’un rassemblement. Dans la plupart des religions, accomplir un rite c’est agir « à la manière de » Dieu et « avec » Dieu. Pour autant, il faut toujours éviter de confondre l’acte fondateur du rite avec le rite lui-même qui, en tant qu’acte subséquent procède toujours par stylisation et symbolisation afin d’évoquer à la fois son origine et sa puissance agissante.

 

 

 

zut9uknc.jpegUn rite ne s’invente pas : par nature, il est programmé d’avance et doit être reçu comme tel par la communauté des croyants qui se l’approprie. Ainsi, dans l’Eglise, le fidèle reçoit le rite comme un signe de la famille liturgique à laquelle il appartient en vertu de son baptême. Le rite doit permettre de donner la priorité à ce qui est dit et à ce qui est fait durant une liturgie, plutôt qu’à la personne qui dit ou fait les choses : il tient sa valeur de ce qu’il est et non de ce que les personnes en font. Voilà pourquoi le rite ne s’accommode ni de didactisme, ni de moralisme, ni d’explications, ni d’attitudes subjectives. (1) Il se vit, tout simplement, car sa fonction première n’est pas d’enseigner mais de célébrer et d’éduquer par imprégnation, jouant ainsi moins le rôle d’école que de matrice où les fidèles reçoivent leur « bagage spirituel ». (2) La richesse du rite tient donc d’abord au fait qu’il n’ouvre pas seulement sur un contenu directement accessible à la seule raison, mais qu’il fait déboucher sur la foi vivante et célébrée qui doit éclairer la raison. Lorsqu’il est correctement et fidèlement mis en œuvre, il réalise de lui-même ce qu’il est chargé d’exprimer, donnant ainsi à contempler la foi objective en tant qu’acte communautaire mais aussi en tant qu’acte vécu individuellement par chaque croyant. Voilà pourquoi on a pu dire qu’il convenait d’entrer dans le rite comme on entre dans un jeu qui possède ses propres règles : on s’y exprime et on s’y implique sans y chercher une utilité, mais pour y découvrir un sens. (3) On comprend à présent que, contrairement à ce qui a pu être parois affirmé, le rite n’est pas en lui-même identifiable à la Tradition, mais qu’il contient et informe le principe de Tradition vivante qui nourrit la foi de toute l’Eglise.

 

Les rites permettent, comme on l’a dit plus haut, d’identifier les différentes familles liturgiques que l’on trouve dans l’Eglise et qui ont toutes une source commune. En Orient, berceau du christianisme, les liturgies peuvent être classées en deux groupes qui correspondent aux traditions des deux plus anciens patriarcats : Antioche et Alexandrie. 

 

Le groupe des liturgies antiochiennes comprend :

- le rite syrien d’Antioche,

- le rite maronite,

- le rite byzantin,

- le rite arménien,

- le rite nestorien,

- le rite chaldéen,

- le rite malabar.

 

Le groupe des liturgies alexandrines comprend :

- le rite copte,

- le rite éthiopien.

 

L’Occident possédait aussi, autrefois, une grande variété de rites correspondant à des Eglises locales. Cependant, les anciens rites gallicans ont disparu à la période carolingienne et les rites celtiques sont tombés au moment de la réforme grégorienne du XIe siècle qui mit fin à l’emprise du pouvoir séculier sur l’Eglise. Certains ordres religieux avaient également leurs rites propres : chartreux, dominicains, prémontrés, cisterciens... Aujourd’hui, c’est surtout le rite romain qui s’est imposé et même si l’on y trouve les traces d’éléments provenant d’autres liturgies proches (celtiques, par exemple), il a conservé son caractère propre issu du génie latin : objectivité et « noble simplicité ». A côté du rite romain subsistent encore le rite ambrosien (à Milan), le rite mozarabe (dans certains diocèses d’Espagne) et le rite lyonnais (à Lyon). (4) 

 

Au moment du Concile Vatican II, l’Eglise a officiellement reconnu tous ces rites vénérables égaux en droit et en dignité. Elle les a légitimés et a vivement souhaité qu’ils soient maintenus et entretenus (Cf. Constitution conciliaire, art. 4). En même temps, l’Eglise a voulu restaurer le rite romain afin qu’il soit revu à la lumière de la tradition liturgique et ainsi remis en valeur en tenant compte des besoins et des circonstances actuelles (Sacrosanctum Concilium art. 3, 4). On sait ce qu’il adviendra malheureusement par la suite : des fidèles opposés à tout changement dans la liturgie voulue par l’Eglise, ou blessés par la façon dont on leur a imposé une modification de la liturgie qui n’était en aucune façon identifiable à la restauration voulue par Vatican II, ont ignoré une chose et en ont confondu deux. Ils ont ignoré le rite romain restauré tel qu’il est aujourd’hui voulu par l’Eglise, pour la raison qu’on ne leur a presque jamais donné de voir ce rite être fidèlement célébré dans les églises paroissiales. Ils ont confondu ce que le Concile avait souhaité avec ce qu’ils voyaient faire dans les églises et qui n’étaient que des liturgies recomposées à partir de présupposés pastoraux conduisant à s’éloigner toujours plus de ce qui était demandé par les livres liturgiques officiels. Entre une liturgie pratiquement inexistante et des liturgies plus ou moins falsifiées dans la quasi totalité des paroisses de France, la tentation a été, pour certains, de se rabattre sur la célébration de la messe telle qu’elle existait habituellement jusqu’au moment du Concile et qui remontait grosso modo à la restauration effectuée par S. Pie V, mais n’avait été célébrée qu’à partir de la seconde moitié du XIXe siècle. Cet imbroglio liturgique sera un des motifs, en 1988, du schisme lefebvriste dont les conséquences douloureuses pour l’Eglise se font encore sentir aujourd’hui.

 

NOTES.
(1) Cf. Louis-Marie Chauvet, Du symbolique au symbole, Le Cerf, Paris, 1979.

(2) Romano Guardini, L’esprit de la liturgie, éd. Plon, Paris, 1930.

(3) Cf. Marie-Laure Bourgueil, thèse de doctorat (Sorbonne).

(4) Droit canonique, Précis Dalloz.

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