Aujourd’hui, bon nombre d’églises sont vides et l’on constate que les grands absents sont les adolescents et les jeunes adultes. Pour les attirer, on avait imaginé des « messes de jeunes » avec des liturgies « copains-copains » ou « Bisounours » et des chants « pseudo-jazzy ». De telles célébrations dans les paroisses étaient courantes dans les années soixante-huitardes, grande époque des « maisons des jeunes » et des groupes musicaux comme on en voit dans la série TV où des étudiants à vie gratouillent des guitares et frappent une batterie dans un garage aménagé prêté par des parents complaisants. Il n’est pas un seul jeune « formé » à ces « liturgies » qui soit encore pratiquant. Pas un seul ? Si : dans certaines paroisses, on trouve des rescapés des groupes d’autrefois - à présent bons sexagénaires - qui s’emploient à « animer » des célébrations « vivantes » en faisant chanter aux assemblées des refrains dont la facture reste assez proche des airs des années « Hélène et les garçons ». A ces messes s’ajoutent aujourd’hui les « messes des enfants » ou les « messes des familles » au cours desquelles il s’agit de se donner la main, de faire une ronde autour de l’autel, de piquer des fleurs en papier sur un grand panneau disposé bien en avant du chœur pour montrer que dans une célébration eucharistique, c’est le bricolage qui est important... On est dans la « liturgie gouffre à émotions ».

 

On a ainsi misé depuis le Concile - et même un peu avant - sur une pastorale ciblée sur les jeunes dans l’espoir que devenus adultes, leur foi deviendra adulte elle aussi. Or, d’après le professeur De Marco Pietro, sociologue des religions à l'Université de Florence (I), cette stratégie pastorale consistant à adapter la liturgie aux supposés goûts des enfants et des adolescents a été et est une grave erreur. Il explique pourquoi. D’abord parce qu’il y a une idée insidieuse qui circule parmi les responsables de la pastorale, à savoir que l’éducation chrétienne nécessaire et suffisante est l’éducation de l’homme dans le souvenir d’un Jésus « homme [et croyant] parfait ». C’est là l’origine de ce pédagogisme activiste qu’on trouve dans la catéchèse et dans les messes « pour les enfants » ou « des familles ». Ensuite parce les prêtres qui favorisent de telles célébrations paroissiales « adaptées » finissent par apparaître aux yeux des jeunes comme des adolescents attardés, comme des hommes demeurés un peu « gamins » et qui, de ce fait, évitent les adultes parce qu’ils ne savent pas quoi leur dire ni en tant que directeurs spirituels ni en tant que guides intellectuels. Comment pourrait-on demander à ces prêtres d’avoir en liturgie des comportements exprimant une réelle maturité puisque la culture d’élite de l’après-concile a déprécié ou détruit, à travers les médias catholiques et les séminaires, l’intelligence et la spiritualité de plusieurs générations de laïcs et de prêtres ? Enfin parce que la pastorale ordinaire a fait le pari de fonder sur les adolescents, sur les « jeunes » au sens général et émotionnel du terme, une formation qui se limite à l’expression de bons sentiments ou d’idéaux qui leur apparaitra très insuffisante une fois qu’ils seront devenus adultes. Les quelques « traces chrétiennes » transmises au cours des « messes de jeunes » se révèleront brutalement comme décalées au moment du passage à l’adolescence puis totalement insuffisantes par rapport à ce qui compte dans le monde des adultes, surtout lorsque l’adulte se demande à lui-même ou demande aux autres de « donner la raison de l’espérance » (1 P 3, 15).

 

En conclusion, le Professeur De Marco Pietro ajoute que la stratégie pastorale la plus répandue en faveur des adolescents est en outre caractérisée par trois convictions dangereuses : 1. La conviction qu’il s’agit d’un engagement plus facile et plus efficace dans la mesure où il est « basique » ; 2. La conviction anti-adulte qui cache une attitude de suffisance défensive vis-à-vis du croyant sans qualification particulière ; une conviction dans laquelle convergent souvent le clergé et les laïcs « engagés ». 3. La conviction anti-intellectuelle et fidéiste qu’il est possible, à travers les jeunes, de s’opposer à la cohérence rationnelle et à la formulation de contenus et d’arguments, alors qu’elles sont nécessaires à la foi du chrétien adulte. Si donc les adultes de référence - les prêtres au premier chef - ne sont pas, aujourd’hui, conduits de manière cohérente à confirmer la formation chrétienne avant tout en eux-mêmes, en tant qu’adultes, alors, dans la communication entre les générations la formation à la vision catholique du monde offerte aujourd’hui aux adolescents dans la pastorale est déjà menacée d’échec. Ceux qui instruisent les jeunes générations chrétiennes doivent combattre au sein des paroisses un théorème insidieux du XXe siècle pédagogique en partie hérité de Rousseau. C’est le théorème qui entend favoriser l’autoformation des adolescents à travers des liturgies imaginées par eux et pour eux et qui veut en même temps inviter les adultes à des « sessions de formation liturgique » afin que l’intelligentsia puisse « rééduquer » les fidèles. A quoi ? A rien sinon à une « déculturation » liturgique aux conséquences dramatiques.

 

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