guido-marini-ceremonaire.jpgL’article n.399 de l’actuelle « Présentation générale du Missel romain » stipule que « le Missel romain, tout en faisant place à la diversité des langues et à une certaine diversité de coutumes, doit être reçu à l’avenir comme un instrument et un signe évident de l’intégrité et de l’unité du rite romain ». Un tel souhait est fondé sur la tradition liturgique acquise par l’Eglise tout au long des siècles. Déjà S. Pie V (1566-1572), dans la Constitution apostolique « Quo primum » du 14 juillet 1570, avait déclaré offrir le nouveau Missel romain à tous les chrétiens comme un instrument d’unité liturgique exempt de toute erreur. Pour mieux comprendre le sens des propos du Pape S. Pie V, il faut situer la Bulle « Quo primum » dans le contexte liturgique de l’époque. Avant le concile de Trente, existait dans l’Eglise latine un nombre considérable de livres liturgiques dont les usages étaient soit locaux (territoires, diocèses) soit particuliers (ordres religieux, fraternités). Ces livres témoignaient de la variété des formes rituelles ayant cours pour célébrer l’Eucharistie. Tout en conservant la même structure de la célébration, ils offraient des différences dans le déroulement de la messe : oraisons particulières, invocation de saints locaux... Et surtout ajouts d’éléments relevant de la superstition ou d’une théologie peu « orthodoxe ».

 

Durant plusieurs siècles, dans l’Eglise latine, l’unité rituelle de la liturgie était loin d’être une réalité, et le « style » des célébrations demeurait variable d’un endroit à un autre. De plus, depuis la fin du Moyen-Age, on avait constaté une contamination de la liturgie par des thèses ou des pratiques inspirées du protestantisme naissant. Il fallait donc « purifier » le rite de la célébration de l’Eucharistie de certains éléments douteux et, par la même occasion, lui donner une plus grande unité. C’est ce travail qui fut entrepris par les pères du concile de Trente lors de la 25e session, sur la base des documents conservés à la bibliothèque du Vatican, plus particulièrement les missels anciens et les écrits des Pères de l’Eglise. Une fois achevé, ce travail fut soumis à S. Pie V qui établit que seul le nouveau Missel devait être utilisé et remplacer dans l’Eglise de rite latin les livres utilisés jusqu’ici. La détermination avec laquelle le pape a exprimé son désir apparaît dans les formules solennelles de la Bulle « Quo primum » : « (...) que les prêtres sachent quelles prières ils doivent utiliser, quels sont les rites et quelles sont les cérémonies qu’ils doivent conserver dorénavant dans la célébration des Messes (...). Nous le décrétons avec la même autorité, qu’après la publication de Notre présente Constitution, ainsi que du Missel, tous les prêtres qui sont présents dans la Curie romaine soient tenus de chanter ou de dire la Messe selon ce Missel dans un délai d’un mois ; ceux qui sont de ce côté des Alpes, au bout de trois mois ; et enfin, ceux qui habitent de l’autre côté des montagnes, au bout de six mois (...). »

 

Il convient cependant de noter que ce nouveau Missel a été rendu obligatoire partout... sauf pour les diocèses et les ordres religieux qui avaient un rite vieux d’au moins deux cents ans. Ce qui était le cas du rite mozarabe de Tolède, du rite de Braga, du rite Lyonnais, du rite ambrosien de Milan, et aussi des traditions liturgiques d’ordres religieux comme les Chartreux, les Cisterciens, les Dominicains et Carmes (cf : fiche Wikipedia, NDLR). Si la première édition typique post-tridentine du Missel romain a permis de mettre en œuvre les décrets du concile de Trente, quatre siècles plus tard, conformément à la demande formulée par les pères du concile Vatican II paraît le « Novus Ordo Missae ». Dans le sillage du « mouvement liturgique » apparu au XIXe siècle, les pères conciliaires ont retenu quelques principes généraux qui devant aboutir à une révision des livres liturgiques, leur objectif principal étant de rendre la liturgie romaine à nouveau plus facile à comprendre grâce à l’emploi d’un langage rituel (symboles, gestes, paroles) clarifié (« dépoussiéré », écrira Benoît XVI) pouvant favoriser l’ « actuosa participatio » des fidèles. 

 

Une première édition du Missel romain restauré voit le jour en 1964-65, quand est publié une version bilingue du rituel de la messe. Nous laisserons ici de côté les raisons pour lesquelles il a été jugé que ce Missel ne correspondait pas pleinement à la volonté exprimée par les pères du Concile Vatican II et qu’il fallait envisager une nouvelle « réforme » du Missel. Ainsi donc, le 3 Avril 1969, dans la Constitution apostolique « Missale Romanum », Paul VI présente la nouvelle édition typique du Missel romain, en soulignant ce qui avait été révisé et modifié depuis la dernière édition (1962) du « Vetus Ordo » (ou « Usus antiquior ») de Saint Pie V. Une simple comparaison entre les deux Constitutions - celle de S. Pie V et celle de Paul VI - permet de voir comment les deux versions du Missel romain sont nées de la volonté de renouvellement exprimée par les conciles - Trente et Vatican II - qui avaient précédé leur préparation. Les deux versions du Missel sont les résultats de deux contextes historiques et ecclésiaux difficiles : la Contre-Réforme d'une part, et le mouvement liturgique lié aux problème des temps modernes de l’autre. Les deux actes pontificaux promulguant les Missels ont encore un autre point commun : ils font une référence directe à la même source liturgique que constitue l’ « antique tradition des Pères ». C’est un point capital montrant que c’est bien sur la base de la même « tradition » qu’ont été élaborées, à plusieurs siècles de distance, les deux éditions du Missel romain. Il est donc facile de comprendre que les deux Missels constituent la norme pour célébrer de deux façons identiques le même rite romain (lex orandi) traduisant la foi inchangée de l’Eglise (lex credendi). C’est ce qu’a enseigné le Pape Benoît XVI dans son Motu Proprio « Summorum Pontificum » du 7 Juillet 2007 par lequel a été établi un cadre juridique permettant la célébration de la liturgie romaine selon la forme antérieure à la réforme de 1970 et jamais abrogée par un acte officiel.

 

Pour conclure, il est nécessaire de faire quelques observations relevant du Droit canonique. Il faut d’abord rappeler que « Summorum Pontificum » est une Lettre apostolique donnée sous la forme d’un « motu proprio ». Ce texte signé de Benoît XVI a donc, sur le plan juridique, la valeur d’une loi universelle qui abroge certaines règles des documents antérieurs tels que la Lettre « Quattuor abhinc annos » et le Motu proprio « Ecclesia Dei Adflicta » de Jean-Paul II. Il faut ensuite faire une claire distinction entre les rubriques concernant la mise en œuvre ponctuelle de la liturgie et les lois concernant la discipline liturgique de façon générale. Les rubriques indiquent au célébrant ce qu’il doit faire au cours du rite liturgique ; elles demeurent inchangées pour la forme « extraordinaire » du rite romain. Cependant, les lois liturgiques du Code de 1917, ainsi que certaines règles incluses dans le Missel de 1962, ont été abrogées par la législation récente de l’Eglise. Par conséquent, les lois disciplinaires anciennes ne peuvent plus être observées lorsqu’une loi plus récente établit quelque chose de différent. C’est une règle constante dans l’Eglise. Un exemple simple aidera à mieux comprendre : dans le Droit en vigueur depuis 1962, la Messe ne pouvait pas être célébrée l’après-midi ou le soir sans une autorisation de l’Ordinaire du lieu. Or cette restriction n’est plus valide, même si la Messe est célébrée selon la forme « extraordinaire ». On doit donc en conclure que les lois liturgiques à caractère universel doivent être observées également dans le cas des célébrations du rite romain selon la forme « extraordinaire » : elles constituent comme un préalable au rite qui, lui-même, demeure inchangé.

 

D’après Mgr Guido Marini. Trad. DC/APL.

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