L’Eglise catholique est-elle en train de se transformer en une multitude de factions autonomes ? C’est la question que l’on peut se poser en regardant les émissions religieuses : le fossé de plus en plus profond qui sépare les documents magistériels concernant la liturgie et les diverses façons dont sont célébrées les messes prouve que l’unité liturgique n’existe plus et que le sens même d’une liturgie commune à toute l’Eglise semble définitivement perdu pour une majorité de fidèles. Un exemple parmi d’autres nous vient du Brésil où le Pape François se rend à l’occasion des JMJ : la TV montre une messe où les fidèles se trémoussent et se « bisouillent » en tombant dans les bras les uns des autres, où les célébrants se conduisent comme des pasteurs de communautés pentecôtistes (le « punch » en moins), où chacun s’exprime librement… Bref, une célébration eucharistique où tout - ou presque - contredit le Missel romain sans que Rome ne s’en offusque. « Ce sont des « messes vivantes » où chacun exprime spontanément sa foi », diront certains. Et de sautiller de bonheur. « Ce sont des messes où tout un chacun comprend les mots employés, des messes proches des gens », diront d’autres, sans chercher à comprendre vraiment ce qu’ils célèbre. « Mais quelle foi célèbre-t-on là ? » demanderont quelques-uns, plus circonspects devant de telles célébrations où l’exubérance tient lieu de rite. Le fait est que ces messes « vivantes », où chacun est libre d’exprimer avec ardeur et spontanéité ce qu’il ressent, ne sont plus toujours des célébrations de la foi catholique.

 

En donnant l’importance aux « communicants » et à leur style plus qu’au contenu de ce qui est communiqué, elles favorisent le délitement de l’Eglise « une, sainte, catholique et apostolique » et son remplacement par une mosaïque de communautés fréquentées par ceux qui recherchent des « leaders » uniquement capables de créer des ambiances conviviales, uniquement attachés à célébrer une foi simpliste ne permettant que très difficilement la contemplation du vrai visage de Dieu. Détachées de toute référence à la foi et à l’Eglise, écartant le silence de contemplation qui introduit dans la célébration du Mystère, ces messes-là où l'euphorie tient lieu de dogme n’ont aucun intérêt pour qui veut demeurer catholique et réfléchir un tant soit peu au contenu de la foi. Elles ne touchent que des gens qui n’ont aucune formation catéchétique et ne prêtent aucune attention à ce que signifie la liturgie. Et il faut bien reconnaître qu’à côté de telles célébrations, seules les messes célébrées selon la forme extraordinaire du rite romain expriment le sens véritable de l’Eucharistie et maintiennent les fidèles dans une unité de foi.

 

D’où une autre question : l’Eglise n’est-elle pas en train de se scinder en deux blocs, d’un côté celui, majoritaire, des fidèles qui abandonnent la liturgie de l’Eglise pour lui préférer des rencontres où l’on célèbrera une sentimentalité collective, et d’un autre côté celui, très minoritaire, des fidèles qui espèrent sauver ce qui peut encore l’être par le biais de la forme extraordinaire du rite romain ? Si ces deux blocs devaient se constituer, on assisterait à la crise la plus profonde que l’Eglise ait à traverser : d’un côté se retrouveraient des fidèles trouvant refuge dans les mouvements « traditionalistes » pour fuir les liturgies déjantées de certaines communautés, de l’autre une masse de fidèles ouverts à toutes les religiosités, y compris celles proposées par les mouvements pentecôtistes. C’est une grave erreur de croire que des « liturgies-spectacles » puissent devenir « sommet et source de la vie de l’Eglise » : à plus ou moins long terme, elles ne parviennent qu’à vider les églises, comme le prouvent les « messes des jeunes » des années 68 qui, après une brève période d’engouement, ont fait fuir davantage de fidèles qu’elles n’ont attiré de jeunes. Il n’est donc pas certain que des messes populaires, comme on en voit au Brésil, puissent être un rempart contre un mouvement centrifuge qui semble faire fuir les fidèles vers les mouvements pentecôtistes ou vers des croyances « light » hostiles à toute réflexion sur le contenu de la foi. 

 

Pour qui sait lire et regarder, il est évident que Benoît XVI était totalement conscient de ces problèmes, comme le montre l’Encyclique « Lumen fidei » - promulguée par le Pape François – où il est question du rôle capital que doit jouer la raison pour donner une orientation à la foi. Le Pape aujourd’hui émérite avait essayé de régler ces problèmes par le biais de la liturgie, en donnant aux célébrations qu’il présidait une « densité » authentiquement catholique. Il ne fut malheureusement pas compris. Le Pape François saura-t-il évaluer l’ampleur de la crise ? Saura-t-il se donner les moyens d’éviter un éclatement de l’Eglise ? L’image de lui qu’il a donnée aux journalistes dès les débuts de son pontificat ne risque-t-elle pas de jouer contre lui dès lors qu’il lui faudra attaquer les questions de fond où se joue l’avenir de l’Eglise ?

 

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