La liturgie romaine offre aujourd’hui de multiples visages. Intégralement respectée dans certains monastères ou quelques communautés religieuses, elle est devenue rarissime dans la majorité des paroisses de l’Europe de l’Ouest où de nombreux célébrants ont désormais pris l’habitude de l’adapter, c’est-à-dire, en réalité, de la modifier selon les circonstances et les goûts : ajouts de commentaires personnels, suppression de prières, ajouts de chants dont les paroles sont étrangères aux textes de la liturgie du jour, rondes d’enfants autour de l’autel, absence de dignité... etc. Au demeurant, les messes retransmises par la télévision française, le dimanche matin, montrent assez clairement que les célébrants - fussent-ils évêques - ne saisissent plus très bien ce que signifie « célébrer la liturgie ». Mais le plus grave est que quelles que soient leurs origines - France, Suisse, Belgique... - les images télévisées présentent toujours des célébrations plus ou moins falsifiées. En France tout particulièrement, la tenue des célébrants laisse ordinairement grandement à désirer ; l’agencement des sanctuaires serait presque partout à revoir ; le service d’autel est soit inexistant soit improvisé ; les « ajouts, omissions, modifications » sont légions ; le chant grégorien n’est plus conservé, dans le meilleur des cas, que comme musique d’ambiance. Quant aux chorales, là où elles existent encore, elles donnent généralement l’impression de ne savoir plus exécuter que des airs qu’on entendait autrefois aux veillées scoutes... 

 

 

 

 

priestLes paroisses où la liturgie est véritablement mise en œuvre avec intelligence, fidélité et dignité, selon les données du missel romain restauré à la suite de Vatican II sont donc rarissimes, contrairement à ce que veulent faire croire les évêques lorsqu’ils prétendent que les messes qui se célèbrent dans leurs diocèses respectifs sont conformes à ce qu’a voulu le Concile. Ce n’est pas même dans les cathédrales de France qu’on trouvera des célébrations eucharistiques dignes de ce nom pouvant servir d’exemples : il y règne le plus souvent des liturgies grandiloquentes qui ne savent plus qu’osciller entre le pompeux et le kitch. Pourtant, le « Cérémonial des Evêques » de 1997 donne des précisions concernant la façon de mettre en valeur la liturgie de l’Eglise. Par exemple : 

 

 

Les vêtements

 

1. « Le vêtement liturgique commun à tous les ministres de quelque degré que ce soit est l’aube, serrée autour des reins par un cordon, à moins qu’elle ne soit confectionnée de manière à s’ajuster au corps même sans cordon. » (cf. n°65). L’aube flottante qu’on voit partout n’est donc pas autorisée. 

 

2. « On mettra un amict avant de revêtir l’aube, si celle-ci ne recouvre pas parfaitement l’habit ordinaire autour du cou. » (Id.) Il n’est donc pas « normal » qu’on puisse voir le col de chemise ou le col romain de celui qui est à l’autel. 

 

3. « Le vêtement propre au prêtre célébrant, pour la messe et les autres actions sacrées en lien direct avec la messe, est la chasuble (...). On doit la revêtir par-dessus l’aube et l’étole. » (cf. n° 66). Célébrer l’Eucharistie sans revêtir la chasuble est donc un abus.

 

4. « Dans la célébration liturgique, l’évêque porte les mêmes vêtements que le prêtre ; mais, dans une célébration solennelle, il convient que, selon l'usage reçu de l’Antiquité, il porte sous la chasuble la dalmatique qui peut toujours être de couleur blanche, en particulier pour les ordinations, la bénédiction d'un abbé ou d’une abbesse, la dédicace d’une église ou d’un autel. » (cf. n° 56). « Les insignes pontificaux que porte l’évêque sont : l’anneau, le bâton pastoral (ou crosse), la mitre, la croix pectorale, et, si le droit le lui reconnaît, le pallium. » (cf. n° 57).

 

 

 

Les livres liturgiques

 

5. « Il faut traiter les livres liturgiques avec soin et respect, puisqu’ils servent à proclamer la parole de Dieu et à exprimer la prière de l’Eglise. Aussi faut-il veiller (...) à disposer des livres liturgiques officiels dans l’édition la plus récente et dans une présentation qui soit belle par la typographie et la reliure. » (cf. n°115). L’édition la plus récente du Missel romain est introuvable en France du fait que les évêques font tout pour en retarder la parution... Quant à la belle présentation des livres liturgiques, on sait que trop souvent elle est ignorée du fait qu’en beaucoup d’endroits on préfère les pochettes plastifiées ou les petits missels jetables.

 

 

 

Le chant

 

6. « Les musiciens observeront les normes concernant notamment la participation du peuple par le chant. Il faut en outre veiller à ce que le chant manifeste le caractère universel des célébrations que préside l’évêque ; il faut donc que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent, non seulement en langue vivante, mais aussi en latin. » (cf. n° 40). Chanter en latin ? C’est devenu impossible : après avoir interdit le chant grégorien pendant des années, on nous dit maintenant que les fidèles ne savent plus le chanter... 

 

 

L’autel


7. « L’autel de l’église cathédrale sera normalement fixe et dédicacé, [élevé] à une distance du mur qui permette d’en faire facilement le tour et d’y célébrer face au peuple (...) » (cf. n° 48). « On encense l’autel de coups d’encensoir successifs de la manière suivante : a) si l’autel est isolé du mur, l’évêque l’encense en en faisant le tour ; b) si l’autel est placé contre le mur, l’évêque l’encense en passant d’abord le long du côté droit, puis du côté gauche de l’autel.” (cf. n°93). On lit bien : si l’autel est placé contre le mur... ce qui implique la légitimité de la célébration « versus orientem ». Quant à la liturgie épiscopale, elle revêt toujours une grande importance pour l’Eglise : « Les célébrations sacrées que préside l’évêque manifestent (...) le mystère de l’Eglise à qui le Christ se rend présent : elles ne sont donc pas un simple apparat de cérémonies. » (cf. n°12) « Pour que la cérémonie, surtout celle que préside l’évêque, soit remarquable par sa beauté, sa simplicité et son ordonnancement, elle a besoin d’un maître des cérémonies qui la prépare et la dirige (...). Le maître des cérémonies doit être vraiment expert en liturgie, connaître son histoire, son caractère, ses lois et ordonnances; mais il doit pareillement être compétent en pastorale afin de savoir comment organiser les célébrations en vue de favoriser la participation fructueuse du peuple aussi bien que pour donner aux rites toute leur beauté. Il veillera à observer les lois des célébrations sacrées selon leur véritable esprit, ainsi que les traditions légitimes de l’Eglise particulière qui ont une valeur pastorale. » (cf. n°34). Le maître des cérémonies doit être un « expert » en liturgie qui « observe les lois », est-il dit... Or, combien trouve-t-on, parmi les membres des actuelles équipes liturgique paroissiales qui se sont imposées presque partout, d’expert(e)s qui sachent observer les lois de la célébration ? On répondra qu’il ne s’agit là que de détails... Peut-être, aux yeux de certains. Mais ne faut-il pas reconnaitre que lorsque ces « détails » sont respectés, la messe a bien plus d’allure que la majorité des célébrations paroissiales actuelles qui donnent trop souvent l’impression d’avoir été imaginées par des amateurs ou, parfois même, par des incompétents ?

 

 

 

Il convient alors de s’interroger : pourquoi, depuis 50 ans, les données sur la liturgie de Vatican II n’ont-elles trouvé aucun champ d’application dans les diocèses ? Cette question a été posée à plusieurs évêques de France. L’un d’eux nous a donné cette réponse : « (...) une partie de la réponse à la question posée se trouve précisément dans le livre « L’esprit de la Liturgie » du Cardinal Ratzinger. Mais également dans l’allocution prononcée le 26 octobre 2006 par le Cardinal Arinze, alors Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements, à l’occasion du 50ème anniversaire de l’Institut Supérieur de liturgie à Paris. » Ces quelques lignes d’un Evêque français sont éclairantes pour plusieurs raisons : - l’Evêque ne rejette pas la question posée : en y répondant, il donne implicitement la preuve que le problème liturgique évoqué est bien réel ; - l’Evêque renvoie à deux documents : un livre du Cardinal Ratzinger et une conférence du Cardinal Arinze. C’est là, dit-il, qu’on peut trouver « une partie de la réponse » à la question posée au sujet du problème liturgique. Or, que disent les deux Cardinaux cités - dont un est aujourd’hui pape - ? Simplement que bon nombre de problèmes actuels sont le résultat d’une mauvaise formation donnée aux prêtres, et parfois même à une totale absence de formation. Ainsi, dans « L’esprit de la Liturgie », le Cardinal Ratzinger insiste-t-il sur la nécessité d’un parcours éducatif qui devrait porter à rétablir la conscience que la liturgie est un don et non pas une démonstration des capacités humaines, puisque la liturgie, comme la théologie, ne vit pas tant de ce que l’on pense d’elle que de ce que l’on reçoit d’elle. Quant au Cardinal Arinze, il dit clairement que « beaucoup d’abus, dans le domaine de la Liturgie, ont pour origine, non pas la mauvaise volonté, mais l’ignorance (...), la place indue qui est accordée à la spontanéité, ou à la créativité, ou bien une fausse idée de la liberté, ou encore cette erreur qui a pour nom “horizontalisme” et qui consiste à placer l’homme au centre de la célébration liturgique au lieu de porter son attention vers le haut, c’est-à-dire vers le Christ et ses Mystères ». Et, citant le pape Jean-Paul II, il ajoute qu’ « il est urgent que dans les communautés paroissiales, dans les associations et dans les mouvements ecclésiaux on assure des cours appropriés de formation, afin que la Liturgie soit mieux connue dans toute la richesse de son langage et qu’elle soit vécue dans toute sa plénitude ». Enfin, le Cardinal souligne dans son discours que « la promotion de l’ars celebrandi [ne pourra se faire que grâce à] une solide base théologico-liturgique, une formation de qualité dans le domaine de la foi, et le respect du caractère propre de la Liturgie ». Le « manque de formation solide » des prêtres - curés, aumôniers... et même évêques ! - disent les Cardinaux Ratzinger et Arinze : c’est donc là que se trouve une des racines du mal qui ronge actuellement la liturgie et prive tant de fidèles de célébrations qui soient une expression authentique de la foi de l’Eglise.

 

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