Dans la "Lettre aux catholiques de l'Irlande", le Pape parle d'une Eglise blessée et désorientée par les nouvelles relatives aux prêtres pédophiles.
Il dénonce d'une voix très forte les « crimes monstrueux », « la honte et le déshonneur », « la violation de la dignité des victimes », le coup porté à l'Église « à un degré que pas même des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre ». Au nom de l'Eglise il « exprime ouvertement la honte et le remords ». Il aborde le problème du point de vue du droit canonique - répétant avec force que c'est sa « non-application » parfois même par des évêques, et non ses normes, comme une certaine presse laïque le prétend, qui a provoqué la « honte » - et de la vie spirituelle des prêtres, dont la négligence est à l'origine du problème et à laquelle il leur demande de retourner à travers l'adoration de l'Eucharistie, les missions, la pratique fréquente de la confession. Si ces mesures correctives sont prises en considération, il est possible que la Providence, qui peut tirer un bien même du pire des maux, puisse en cette année sacerdotale, ouvrir aux prêtres « une saison de renaissance et de renouveau spirituel », montrant « à tous que, là où le péché abonde, la grâce surabonde » (cf. Rm 5, 20).

  

 

 

hippycatholicism-copie-1Le Pape propose une interprétation des racines d'un problème, « qui n'est certes pas propre à l'Irlande ou à l'Église » (NDLR : près de 96% des actes pédophiles sont commis au sein de la famille. Le jour où les médias s’attaqueront avec autant de hargne sur ce tabou au lieu de lyncher avec arrogance l’Eglise et le Pape à cause de quelques brebis galeuses, on pourra éventuellement croire à un "non-complot", pas avant. Que ces hypocrites soixante-huitards polluant aujourd'hui les médias et la politique puissent méditer ce passage biblique avant de lancer - comme des pharisiens - la première pierre à la Sainte Eglise Immaculée : "Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l'oeil de ton frère et n'aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil ?" (Luc VI, 41)). Après avoir évoqué les gloires pluriséculaires du catholicisme en Irlande - une histoire de sainteté qui ne peut et ne doit pas être oubliée - Benoît XVI fait allusion aux dernières décennies et aux « graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise ». « Il y a eu - explique le pape - un changement social très rapide, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des personnes à l'égard de l'enseignement et des valeurs catholiques ». Il y a eu une déchristianisation « rapide » de la société, et on a vu simultanément, y compris au sein de l'Eglise, « la tendance, également de la part de prêtres et de religieux, à adopter des façons de penser et à considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l'Evangile ». « Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II fut parfois mal interprété ». « Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent de la foi et lui permettent de croître, comme la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles ont été négligées ». C'est dans ce contexte général d'affaiblissement de la foi et de perte de respect pour l'Eglise et ses enseignements « que nous devons essayer de comprendre le problème déconcertant des abus sexuels sur les enfants ».
[…] 
Revenant à des thèmes familiers de son Magistère, Benoît XVI cite parmi les causes la "mauvaise interprétation" du Concile - ailleurs il a parlé d'une "herméneutique de la discontinuité et de la rupture" - et non les documents de Vatican II en eux-mêmes. […] [Par ailleurs], ce que les Britanniques et les Américains appellent les "sixties" et nous, en nous concentrant sur l'année emblématique "soixante-huit", apparaît de plus en plus comme le moment d'un bouleversement profond des coutumes, avec des effets cruciaux et durables sur la religion.
Il y a eu du reste un "soixante-huit" dans la société et aussi un "soixante-huit" dans l'Eglise : justement, 1968 est l'année de la dissidence publique contre l'Encyclique "Humanae Vitae" de Paul VI, une contestation qui selon une étude remarquable et influente du philosophe américain récemment disparu Ralph McInerny - "Vatican II - Qu'est-ce qui n'allait pas ?" - représente un point de non-retour dans la crise du principe de l'autorité dans l'Église catholique. On peut aussi se demander qui est venu en premier de la poule ou de l'œuf, à savoir si ce fut le "soixante-huit" dans la société qui a influencé celui dans l'Église, ou l'inverse.
Au début des années 1990, un théologien catholique pouvait, par exemple écrire que la "révolution culturelle" de 1968 « ne fut pas un phénomène de choc qui s'était abattu contre l'Eglise de l'extérieur mais avait été préparé et déclenché par les ferments post-conciliaires du catholicisme ». […] Le théologien en question était le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans son livre "Un tournant pour l'Europe".
Mais - encore une fois - pourquoi les années 1960 ?
Sur le sujet, pour rester dans les îles britanniques, Hugh McLeod, a publié en 2007 (Oxford University Press), un livre important - "La crise religieuse des années 1960" - qui fait le point sur les discussions en cours.
Deux thèses s'opposent : celle de Alan Gilbert, selon laquelle ce qui a déterminé la révolution des années 60, ce fut le boom économique qui a généralisé le consumérisme et éloigné la population des églises; et celle de Callum Brown pour qui le facteur décisif a été l'émancipation des femmes après la diffusion de l'idéologie féministe, du divorce, de la pilule contraceptive et de l'avortement. McLeod pense, selon moi à juste titre, qu'un seul facteur ne peut expliquer une révolution de cette ampleur. Elle a à voir avec le boom économique et le féminisme, mais aussi des aspects plus strictement culturels, qu'ils soient extérieurs aux Eglises et aux communautés chrétiennes (la rencontre entre la psychanalyse et le marxisme) ou intérieurs (la « nouvelle théologie »).



Sans entrer dans les éléments les plus techniques de ce débat, Benoît XVI dans sa "Lettre" se montre conscient qu'il y eut dans les années 1960, une révolution pas moins importante que la Réforme protestante ou la Révolution française, qui fut "très rapide" et qui a asséné un coup très dur à « l'adhésion traditionnelles de la population à l'enseignement et aux valeurs catholique ». Avec une grande finesse, un penseur catholique brésilien Plinio Corrêa de Oliveira, parla à l'époque d'une quatrième Révolution - succédant justement à la Réforme, à la Révolution française et à celle soviétique - plus radicale que les précédentes, car capable de pénétrer "in interiore homine" et de bouleverser non seulement le corps social, mais le corps humain. Dans l'Eglise catholique, la conscience immédiate de la portée de cette révolution ne fut pas suffisante. Au contraire, elle contamina même - estime aujourd'hui Benoît XVI – « des prêtres et des religieux », détermina des malentendus dans l'interprétation du Concile, provoqua « une formation humaine, morale et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats ». […] Si cette révolution, à la différence des précédentes, est morale et spirituelle et touche l'intériorité de l'homme, ce n'est que par la restauration de la moralité, de la vie spirituelle et d'une vérité intégrale sur la personne humaine que pourront en dernier venir les remèdes. 
Mais pour cela, les sociologues, comme toujours, ne suffisent pas : nous avons besoin de pères, de maîtres, d'éducateurs et de saints. Et nous avons tous un grand besoin du Pape : de ce Pape, qui, une fois encore - pour reprendre le titre de sa dernière encyclique - dit la vérité dans la charité et pratique la charité dans la vérité.

 

Extrait d’un article de Massimo Introvigne publié sur Zenit

Traduction française réalisée par le blog Benoit et Moi

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