A voir comment la liturgie est traitée dans un grand nombre d'églises paroissiales, on en conclut que beaucoup de prêtres ont oublié que le sujet qui élabore la liturgie n'est pas le spécialiste ou le célébrant, mais la communauté catholique dans son ensemble, autrement dit l'Eglise tout entière.  Aujourd'hui, chaque prêtre, chaque groupe de fidèles, chaque "équipe liturgique" semble désormais vouloir être "créateur" de la célébration, alors que l'authentique devoir de tout fidèle n'est pas d'imaginer des façons d'adapter la liturgie mais d'approfondir la liturgie reçue de l'Eglise, de chercher à la comprendre et à la vivre intérieurement. Du fait qu'on a oublié que la liturgie est un fruit de l'Eglise dérive un pluralisme qui en réalité est un subjectivisme, un individualisme n'ayant que peu à voir avec les bases de la célébration commune de la foi. Depuis que chacun s'est cru autorisé à bricoler la liturgie, les diverses façons d'organiser les célébrations ont engendré des groupes de fidèles, des sortes de clubs et de courants qui en sont venus à se fermer sur eux-mêmes pour aller jusqu'à se contredire les uns les autres et causer ainsi de graves dommages au peuple de Dieu de plus en plus déconcerté.

 

 

 

La vision subjective de la liturgie qui s'est développée surtout depuis Vatican II, a fait que le rite a été considéré comme un carcan, comme une atteinte à la liberté du célébrant. On a ainsi perdu de vue que le rite qui détermine la forme de la liturgie est, au contraire, un outil au service de l'expression de la foi, un don offert aux croyants par l'Eglise pour échapper au subjectivisme des acteurs de la liturgie; il n'est pas une muraille qui empêche le fidèle de saisir le sens de la célébration mais une fenêtre ouverte permettant au croyant de voir bien au-delà de ce qui fait son univers ordinaire. Si les prêtres ne respectent plus le missel, s'ils ne le mettent plus correctement en oeuvre en vue de célébrer la liturgie qui est vraiment l'expression commune de la foi en l'Eucharistie, si chaque messe est exposée au morcellement et à des expériences pastorales qui changent constamment, alors la foi catholique n'apparait plus comme une vérité mais simplement comme une opinion qu'il s'agit de rendre humainement intéressante en l'adaptant aux idées du moment. Autrement dit, la liturgie n'apparait plus comme l'expression globale à la foi, mais comme le résultat d'inspirations puisées à des expériences anthropologiques partielles et subjectives. On aboutit alors à une désagrégation du sensus fidei chez les fidèles, lesquels se montrent d'ailleurs de plus en plus incapables d'avoir une vision d'ensemble de leur religion. A la suite d'une lecture erronée des textes conciliaires, certains pasteurs ont brisé le lien unissant étroitement la liturgie et l'Eglise. Cette rupture a conduit à oublier que le sens de la liturgie ne peut être compris qu'à partir de sa connexion vitale avec l'Eglise; cet oubli, comme on le constate, a rendu de nombreux célébrants incapables de concevoir la liturgie qu'ils célèbrent à partir de la Tradition de l'Eglise : pour eux, ce qui se fait à l'autel doit partir de la toute dernière méthode qui se donne pour pastoralement efficace. Une telle dépendance à ce qui semble toujours nouveau est même devenue chez certains la marque d'une opposition à tout ce qui peut paraître traditionnel; si bien que, pour eux, la foi de l'Eglise ne semble plus pouvoir être soutenue et exprimée par la liturgie, laquelle ne leur apparaît plus que comme un obstacle à une foi "sincère", "authentique", "populaire", vécue au sein d'un christianisme devant être sans arrêt relooké, simplifié, édulcoré.


La rupture entre l'Eglise et la liturgie tend à les vider toutes les deux de l'intérieur : l'Eglise comme la liturgie deviennent alors des sortes de coquilles vides. Car une Eglise qui ne célèbre pas sa foi à travers une liturgie reçue de la Tradition vivante n'a pas de fondement biblique; elle se transforme peu à peu en un produit historique, conjoncturel : elle n'est alors plus qu'une institution parmi d'autres, un simple cadre d'organisations humaines nécessitant une surmultiplication de bureaux, de groupes, d'équipes qui se donnent pour but de fonctionner sans pour autant évangéliser. De même, la liturgie sans l'Eglise n'est plus la célébration de la foi reçue des Apôtres, mais un empilement de rites, une collection de pratiques dont on s'emploiera à tirer ce que l'on juge ponctuellement utile ou plaisant. Une liturgie qui n'est pas vécue dans le corps vivant de l'Eglise devient une sorte de terrain de fouilles pour archéologues : la célébration de la foi ne revient alors plus aux pasteurs légitimes, au Magistère, mais à des fidèles qui avec leurs études toujours provisoires et changeantes se font passer pour des experts en pastorale. Pour faire face à cette situation ruineuse, le fidèle catholique doit avoir l'audace de croire que sa foi (en communion avec celle de l'Eglise) est au-dessus de tout "magistère parallèle" : celui des experts, des intellectuels, des clercs ayant participé à des sessions de recyclages diocésains pilotés par les mêmes experts et intellectuels.

 

La liturgie, aujourd'hui comme hier, n'est constituée ni de découvertes sur ses sources, ni par de modes pastorales, ni de lubies de tel ou tel célébrant, mais par ce qui a été transmis par l'Eglise, authentifié par le Magistère et vécu dans l'Eglise depuis les Apôtres jusqu'à nos jours. C'est la fidélité à la liturgie ainsi comprise et célébrée qui a donné tant de saints et de saintes : ceux-ci étaient parfois illettrés, en tout cas fréquemment ignorants des grandes questions liturgiques. Pourtant, ce sont eux qui ont le mieux compris ce que devait être la célébration de la foi; ce sont eux qui ont le mieux vécu la liturgie en profondeur, sans forcément chercher à l'adapter à leurs charismes ou à leur sensibilité.

 

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