Dans les diocèses, il est de bon ton d'organiser des rassemblements ayant pour centre de gravité des célébrations eucharistiques qui sont de moins en moins "liturgiques" et de plus en plus "spectacles". En plein air ou dans de vastes salles louées pour le "happening", autour d'un autel généralement dressé sur une scène, les célébrants font face à "leur public" : ils sourient, remuent les mains, prennent un air heureux, agitent des tissus multicolores, construisent ou font construire des trucs... parfois même se trémoussent de bonheur. Ce goût pour les messes-spectacles pose pourtant une question de fond : celle de l'authenticité de l'expérience humaine, c'est-à-dire, en définitive, celle de l'identité véritable des célébrants qui donnent l'impression d'avoir besoin de telles exhibitions pour avoir le sentiment d'exister. (Cf. Professeur Lugaresi, Osservatore Romano du 16.2.2011). En d'autres termes, peut-on être authentique, fidèle à soi-même et à sa vocation sacerdotale, lorsqu'on cède à la tentation de construire artificiellement son "profil public" ? (Cf. Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale des Communications)

 

 


 

Cette question se rapporte directement à la tentation diabolique - le diable étant le "simulateur" par excellence - de fabriquer de fausses images de soi-même pour forcer les autres à se construire aussi, par mimétisme, leur fausse image en vue de la glorification ou de la destruction de soi. Quand une célébration eucharistique perd sa dimension purement liturgique pour n'être plus, par célébrants interposés, qu'une "foire aux illusions", alors ce qui se passe autour de l'autel sombre dans l'artifice : le fidèle n'est plus dans la vérité de la foi mais dans le mauvais spectacle, dans cette tendance à ne vouloir échanger que certains aspects de son monde intérieur. Quant au célébrant, il tombe dans la construction de l'image qu'il veut donner de lui : construction qui conduit inévitablement à l'auto-complaisance. Et dans sa chute, il entraîne les fidèles dont la foi est la moins assurée. Les "liturgies- spectacles" ont donc ceci de dangereux pour la foi, qu'elles se présentent comme une mise en scène ambivalente dans laquelle le vrai (un peu de liturgie) et le faux (beaucoup de spectacle) s'entremêlent au point de rendre impossible la distinction entre ce qui est juste - "orthodoxe" - et ce qui est inexact - "hétérodoxe" -. Les Pères de l'Eglise ont très tôt reconnu, dans ce bouleversement de la réalité naturelle opéré par la "fictio" du spectacle et dans la construction de pseudo-réalités visant à ne susciter que des passions ou des émotions chez les spectateurs, une signature du diable, c'est-à-dire l'action de celui qui est par définition le "mauvais imitateur" de Dieu et qui, n'ayant pas le pouvoir de créer, peut seulement corrompre ce qui vient de Dieu. En se basant sur l'enseignement de Tertullien qui parle du diable comme d'un "aemulator" et d'un "interpolator" de l'oeuvre divine, n'est-il permis de penser qu'il puisse y avoir aujourd'hui des "messes-spectacles" qui ne sont en réalité que des "imitations" de la liturgie et qui, à ce titre, pourraient être utilisées par le diable pour conduire les fidèles ailleurs que là où l'authentique liturgie de l'Eglise veut les mener ? Dans une page des "Confessions" (3, 2), S. Augustin, se souvenant combien, lorsqu'il était jeune, il fréquentait passionnément les théâtres, note avec beaucoup de finesse que les spectateurs se plaisent à souffrir en voyant se dérouler sur scène des histoires douloureuses et tragiques qui devraient susciter leur pitié s'ils les rencontraient dans la vie réelle. Et il se demande « quelle est, en définitive, la pitié que l'on éprouve en ce qui concerne les fictions théâtrales. En effet le spectateur n'est pas incité à porter secours mais seulement invité à s'apitoyer en ressentant une souffrance proportionnée a l'appréciation qu'on porte à l'acteur qui joue les scènes ». S. Augustin en conclut qu'une relation véritablement humaine ne se réalise que lorsqu'il y a responsabilité. Or le sens de la responsabilité ne peut pas s'établir dans une "messe-spectacle" où n'existe qu'une pseudo-relation entre le fidèle-spectateur séduit par un célébrant-acteur s'obligeant à jouer le rôle d'un "génial metteur en scène" (Cf. Card. Ratzinger, La célébration de la foi). Il est donc évident que les "messes-spectacles" mettent les fidèles et les célébrants en position de "fausse proximité" vis-à-vis de l'Eucharistie qu'on célèbre : elles transforment les uns et les autres en spectateurs totalement passifs et déresponsabilisés (les célébrants regardant les fidèles jouer le rôle de miroir leur renvoyant l'image qu'ils souhaitent donner d'eux-mêmes).


Le véritable engagement dans la liturgie, dans ce qu'elle signifie et apporte, ne peut donc en aucun cas se faire par le biais de ces "célébrations-spectacles" devenues à la mode. L'engagement du fidèle - sa participtio actuosa - dans le signifié de la liturgie exige continuité de l'attention, sens du concret, concentration sur ce qui est essentiel... bref, tout ce que les "célébrations-spectacles" ne permettent en aucune façon puisqu'elles sont élaborées pour n'être que de puissantes incitations à la distraction, à la dispersion du "je" qui passe sans cesse du "dedans" au "dehors" de soi (selon une dynamique psychologique bien connue de tous ceux qui naviguent sur le web, lorsqu'ils se rendent compte que, de connexion en connexion, ils ont perdu des heures précieuses.) Disons les choses sans détour : les "liturgies-spectacles" qui semblent faire les délices de certains célébrants et de certains fidèles laïcs, sont symptômatiques d'une maladie de l'esprit que les Anciens avaient diagnostiquée sous le nom de "polypragmosynè", "curiositas". Tertullien, dans son "De praescriptione haereticorum" (7, 12) indique en quoi ce mal s'oppose à la radicale nouveauté du christianisme que doit célébrer toute liturgique digne de ce nom : "Nobis curiositate opus non est post Christum Jesum nec inquisitione post evangelium." Après la rencontre avec la Bonne Nouvelle qu'est Jésus-Christ, il n'y a plus de place pour la "curiositas"... C'est dire que le fidèle baptisé ne devrait donc pas avoir besoin de prendre part à des "messes-spectacles" pour savoir qui il est, ce qu'il croit, ce qu'il célèbre dans la liturgie. Il est donc urgent de soustraire les célébrations eucharistiques du besoin d'en faire des spectacles; il est urgent de les soustraire de la théâtralisation qui procède d'une instrumentalisation du sentiment, afin de leur garantir ce style véritablement "liturgique" que Benoît XVI veut nous faire redécouvrir.

 

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