L'intellectuel François-Georges Dreyfus est décédé le 24 septembre 2011 à l’âge de 83 ans. Titulaire de très nombreux titres universitaires, ce luthérien convaincu avait publié en 1985 « Des évêques contre le pape » (Ed. Grasset) où il prenait la défense des Souverains Pontifes - ainsi que d’un « certain » Cardinal Joseph Ratzinger critiqué par les évêques de France - et montrait les « errances » de l’Eglise dans notre pays. Extraits (pp. 143-167) :


 

 

Dreyfus« La crise de l’Eglise de France n’est pas seulement institutionnelle, elle est plus encore intellectuelle. Tant sur les problèmes structurels que politiques, éthiques ou pastoraux, le catholicisme français de 1965 à 1985 s’engage dans des voies qui sont plutôt des impasses. En effet, faute de réflexion propre, l’Eglise va se laisser dominer, au fil des années, par ce que Domenach a appelé les idées contemporaines : marxisme, structuralisme, « lacanisme », tels sont les thèmes qui dominent directement ou indirectement le cheminement, la pensée et l’action du catholicisme français contemporain. (…) L’influence des théologies inspirées directement ou indirectement par le protestantisme (…) ou encore par une sorte de christomarxisme latino-américain né d’ailleurs en France et en Belgique, conduit l’Eglise catholique [en France] vers un œcuménisme mal contrôlé qui va bouleverser la liturgie, la vision des ministères et toutes les structures de l’Eglise. (…) Il est incontestable que les directives des évêques de France vont dans le sens de la protestantisation.  Cela est particulièrement net en matière liturgique : comme on veut valoriser l’apostolat des laïcs, on va leur faire jouer un rôle qui d’ailleurs n’existe pas dans les Eglises protestantes restées fidèles à leurs traditions. Il n’est pas concevable que dans une Eglise luthérienne orthodoxe (…) un laïc puisse présider à la distribution de l’Eucharistie (…). Or, dans de nombreuses paroisses (…) on va voir des laïcs distribuer l’Eucharistie ; en fait, dans le clergé de France se développe de plus en plus une conception du ministère proche du sacerdoce universel (…) Protestantisation, évolution de la liturgie : on a abandonné,  malgré les textes explicites du Concile, l’usage du latin. Le clergé français ne veut plus qu’on entende le latin à l’église : la parole doit être aux laïcs, mais on ne les écoute pas quand ils protestent pour conserver le latin dans les chants de l’ordinaire de la messe, ce que pourtant le Concile avait avait recommandé. [Quant aux « assemblées dominicales en l’absence de prêtre » (ADAP), elles sont] un moyen connu et utilisé depuis longtemps pour prier ensemble de façon à honorer le Seigneur. Très vite, elles vont devenir des « messes en blanc » auxquelles il ne manque que la consécration encore que, comme on peut le lire dans un document du Centre régional d’études socio-religieuses de Lille, c’en est ainsi « jusqu’à nouvel ordre puisque les laïcs n’ont pas le pouvoir d’exécuter cet acte ». Protestantisation encore, dit-on, la volonté de banaliser le lieu de culte (…) Pour rester « près du peuple », nombre de prêtres ont abandonné leurs vieilles églises pour se réfugier dans des hangars ou dans des « salles polyvalentes » (…). Protestantisation aussi la banalisation des vêtements liturgiques (…). Protestantisation incontestable dans le cas des processions qui ont disparu, non par désaffection du peuple de Dieu, mais conformément aux prescriptions de la nouvelle pastorale qui se refuse à considérer que suivre une procession soit « participation active du peuple de Dieu ».

 

Si l’on en croit certains témoignages, il est même arrivé dans quelques diocèses qu’un prêtre soit suspendu pour avoir organisé une procession lors de la Fête-Dieu. Protestantisation encore, la vision des ministères : l’Eglise de France a longtemps donné l’impression qu’elle souhaitait banaliser, laïciser l’image du prêtre. La familiarité jusqu’au tutoiement entre prêtres et militants des mouvements, la quasi-disparition de tout signe extérieur d’appartenance au sacerdoce, tout cela a contribué à donner du prêtre une image nouvelle, à faire de lui un laïc ayant un ministère un peu particulier. (…) Tout cela s’accompagne de la diffusion de plus en plus courante entre 1965 et 1980 de l’idée qu’une femme peut accéder, doit accéder, au sacerdoce, qu’un prêtre peut être marié. (…) En fait, ce qu’on appelle « protestantisation » est bien davantage un phénomène de calvinisation que l’on retrouve aussi bien chez les luthériens que dans l’Eglise catholique. Cela explique les tendances à remettre en cause systématiquement la hiérarchie et à laisser le pouvoir dans l’Eglise se déliter dans des commissions nombreuses et aussi peu représentatives que les commissions techniques des administrations. (…) Au moment où paraissait le livre du Cardinal Ratzinger [« Entretien sur la Foi »], un manifeste français, cautionné par cinq évêques de l’Hexagone, accuse le Cardinal d’ « enterrer le Concile » et conteste par la même occasion tout le gouvernement de l’Eglise. (…) Certes, on n’accuse pas le Pape ou le Cardinal Ratzinger de contester la « lettre » du concile Vatican II, mais de mettre en cause (…) l’ « héritage concret », c’est-à-dire ce que la chrétienté progressiste essaie de mettre en place depuis (…) bien que le Concile n’en dise mot : les liturgies aberrantes, le mariage des prêtres, l’ordination des femmes (…), la mise en place d’assemblées démocratiquement désignées de laïcs et de clercs auprès des évêques, la limitation du pouvoir pontifical. Ces thèmes dont le Concile ne dit mot, s’ils devenaient réalité, transformeraient totalement le caractère de l’Eglise catholique. Ce n’est sûrement pas ce que souhaitaient les évêques français ; mais leur manque de caractère, leurs faiblesses théologiques (…), leurs liens avec une certaine intelligentsia progressiste et avec une action catholique largement dominée par l’ACO, expliquent l’appui de quelques-uns, à peine donné du bout des lèvres cependant par d’autres membres de l’épiscopat, à cette campagne de dénigrement contre Rome. Les évêques, sauf quelques irréductibles, n’ont pas comploté contre Rome. Une fois de plus, ils se sont laissé mener par cette intelligentsia catholique qui (…) dirige en fait l’Eglise de France. Cette intelligentsia, cette intellocratie, peut agir d’autant plus facilement que les évêques ne sont guère formés intellectuellement. (…) »

 

Nihil novi sub sole…

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