Tandis que presque partout, en France, on continue - souvent avec une réelle arrogance - d'ignorer la liturgie restaurée à la suite de Vatican II telle qu'elle est donnée par le missel dit "de Paul VI", des fidèles se regroupent pour demander que leur soient accordés des lieux où pourra être célébrée la forme "extraordinaire" du rite romain, comme le prévoit le Motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Beaucoup de ces fidèles ne sont pas des inconditionnels de la forme "extraordinaire". S'ils y viennent ou s'ils y retournent, c'est très souvent parce, à partir de ce qu'ils voient dans leurs paroisses, ils imaginent que la forme "ordinaire" est forcément laide, bavarde, fatigante, souvent même abrutissante et infantilisante. S'ils y viennent ou y retournent, c'est aussi parce qu'ils ont constaté que demander au curé de leur paroisse - ou même à l'évêque de leur diocèse - de célébrer correctement la forme "ordinaire" de la liturgie romaine revient à demander l'impossible : les curés pas plus que les évêques ne la veulent. D'ailleurs, savent-ils la célébrer ? Donc, il n'y a plus qu'une solution : se rabattre sur la forme "extraordinaire". C'est aussi une solution qui arrange bien le clergé local : on parque les "tradis" dans une chapelle et on continue à faire ce qu'on veut partout ailleurs... Tout le monde est content. Mais pour combien de temps ? Car il semble que cette façon de procéder, qui oblige les évêques à ne plus faire que de la gestion de situations précaires au détriment d'une authentique pastorale liturgique, ne soit pas une solution d'avenir. Et, comme on le verra plus bas, elle n'est pas ce que le pape Benoît XVI a souhaité.

 

 

 


1475616270Dans une église paroissiale, deux messes dominicales se succèdent. La première, se faisant passer pour conforme à la forme "ordinaire", est célébrée n'importe comment par le curé-improvisateur-guitariste. La seconde, conforme à la forme "extraordinaire", est célébrée par des prêtres extérieurs à la paroisse. Sur le parvis de l'église, les fidèles de la messe dite "ordinaire" croisent tous les dimanches les fidèles de la messe "extraordinaire" : les uns sortent tandis que les autres entrent... Pendant ce temps, on se dépêche de dégager le choeur de tout ce qui a servi pour la célébration de la première messe : il faut pousser sur le côté l'autel "face au peuple", enlever le décor imaginé par l'E.A.P. locale... Et l'on met en place ce qu'il faut pour la messe "extraordinaire" : cierges, canons d'autel, missel... etc. Sur l'escalier qui mène à la tribune, la chorale de la messe "ordinaire" qui descend croise la chorale de la messe "extraordinaire" qui monte... L'organiste qui prend son service remplace le "Louange à Dieu" et les partitions photocopiées utilisées à la messe "ordinaire" par le "Potiron" (1) et le "Paroissien 800"... Les deux musiciens se saluent : - Je vous laisse le moteur de l'orgue allumé. Bon dimanche ! - Oui, merci. Bon dimanche ! Depuis que cette situation existe, il n'y a pas eu un seul échange entre les fidèles de l'une ou de l'autre messe. Ce qui donne l'impression de deux mondes qui coexistent l'un à côté de l'autre mais qui n'ont rien en commun si ce n'est l'utilisation du bâtiment-église. C'est l'univers des Shadoks et des Gibis en quelque sorte... En beaucoup d'endroits se met en place une situation analogue. Et l'on voit des fidèles se réclamant du Concile croiser des fidèles se réclamant de la Tradition : les premiers ignorent que le Concile, qui ne peut être compris qu'à la lumière de la Tradition, ne leur permet pas  leurs excentricités liturgiques; les second refusent de comprendre que c'est la Tradition - qui va (pour le moment) de Nicée à Vatican II en englobant les enseignements de tous les papes, de Pierre à Benoît XVI (pour le moment aussi) - qui a dirigé la restauration liturgique voulue par le Concile.

 

Alors, faut-il se réjouir d'obtenir toujours plus d'églises où sera célébrée la forme "extraordinaire" de la liturgie romaine ? Oui, si l'on envisage ces lieux de culte comme transitoires et si l'on envisage la forme "extraordinaire" comme un moyen de soigner les blessures infligées à la forme "ordinaire". Non, si l'on conçoit ces lieux de culte comme des refuges stables destinés à des inconditionnels de la forme "extraordinaire" que rejoignent des fidèles frustrés de ne pouvoir participer, dans leurs paroisses respectives, à des liturgies conformes aux enseignements de l'Eglise. (2) La pensée du pape Benoît XVI au sujet des deux formes du rite romain est très claire et il n'est aucun fidèle digne de ce nom qui puisse l'ignorer pour donner libre cours à des préférences liturgiques exclusives. Dans la Lettre accompagnant le Motu proprio Summorum Pontificum qu'il adresse à tous les évêques le Saint Père précise : « La meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions; c'est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel ». Ainsi, selon le Souverain Pontife, c'est bien la forme "ordinaire" du rite romain qui doit unir les fidèles des différentes paroisses, la forme "extraordinaire" ne pouvant être envisagée que dans un contexte transitoire en raison des problèmes actuels. Alors, plutôt que de vouloir une multiplication des célébrations selon la forme "extraordinaire" qui, dans ce contexte de mutuelle indifférence et de commune ignorance de la liturgie, n'apporte rien à la forme "ordinaire", la première chose à faire n'est-elle pas de demander sans relâche aux évêques de veiller à ce que les prescriptions données par le Missel de Paul VI soient partout respectées ? Il en va du droit des fidèles à prendre part à des liturgies qui ne se voudront ni "ordinaires" ni "extraordinaires", mais tout bonnement "catholiques"... Objectivement catholiques romaines ! (3)

 


(1) Le "Potiron" est le nom donné habituellement au livre d'accompagnement du grégorien

réalisé par Henri Potiron (1882-1972). Henri Potiron fut, entre autres choses, organiste

à la basilique de Montmartre et à l'orgue de choeur de Notre-Dame de Paris.
(2) Voir Benoît XVI, Lumière du monde, éd. française, Bayard, 2011, pp. 143-144.
(3) Voir Mgr Guido Marini, La liturgie, mystère du salut, éd. Artège, 2010.

Photo : Messe de Benoît XVI selon le Missel restauré à la suite de Vatican II

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