Dans la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium sur la liturgie, il est question de l'Office divin - "voix de l'Eglise" - qui est prié au choeur par les communautés religieuses ou par les chapitres de cathédrales ou de collégiales (Cf. n°95). Au numéro 101 du document conciliaire, il est précisé que « selon la tradition séculaire du rite latin, dans l'Office divin les clercs doivent garder la langue latine ». Cependant - ajoute le document - pour les clercs chez qui l'emploi de la langue latine est un empêchement grave à acquitter l'Office divin comme il faut, l'évêque du lieu pourra au cas par cas concéder l'emploi d'une traduction en langue du pays qui soit approuvée par l'autorité compétente. On sait bien que dans la réalité, les choses ne se sont pas déroulées comme le Concile le demandait : les clercs ont très vite abandonné le latin - de plein gré ou forcés - et des monastères entiers ont jeté par-dessus bord et le latin et le chant grégorien. Quant aux évêques, certain n'ont rien dit (mais il est vrai qu'on ne leur demandait ni avis ni autorisation...) tandis que d'autres se sont plus ou moins réjouis de la disparition d'un patrimoine liturgique qui avait été jalousement conservé jusque là. Le passage du latin au "tout en français" n'allait-il pas, à les entendre, remplir les églises et susciter un flot de vocations ? Bernique ! Mis face à la dévastation liturgique qui n'avait pas été prévue par les pères conciliaires, le 15 août 1966 le pape Paul VI adresse une Lettre aux Supérieurs généraux des communautés religieuses astreintes à la récitation chorale de l'Office. Le Souverain Pontife fait preuve ici d'une clairvoyance et d'un ton qui étonneront beaucoup. Voici donc des extraits significatifs de cette Lettre qui commence par les mots Sacrificium laudis et dont la traduction française se trouve dans le tome II des "enseignements pontificaux et conciliaires sur la liturgie" publié par les moines de Solesmes (Ed. Desclée) :

 

 

 

01_paolo-VI_terra-santa_cenacolo_pa.jpg« Le sacrifice de la louange offerte par les lèvres qui professent la foi dans le Seigneur, la psalmodie et le chant des hymnes par lesquels sont sanctifiés par la piété religieuse, les heures, les jours et les saisons de l'année avec, au centre, le sacrifice Eucharistique, comme un soleil resplendissant en plein midi et attirant à soi toutes choses, avait été, d'une manière ininterrompue, toujours tenus en très grande estime par vos Congrégations religieuses vouées au service divin. On croyait à juste raison que rien ne pouvait passer avant une si sainte pratique religieuse. On comprend donc facilement toute la gloire qui a été ainsi procurée à Dieu, notre créateur, et toute l'utilité qui en a dérivé pour l'Eglise. (...) Mais les lettres de certains d'entre vous, et de nombreuses informations parvenues d'autre part, nous ont appris que, dans les monastères ou les provinces qui dépendent de vous - nous parlons seulement de celles de rite latin - on a adopté des manières différentes de célébrer la divine liturgie. Si, pour certains, la langue latine reste intouchable, pour d'autres, au contraire, on réclame les langues vulgaires et on veut aussi que le chant grégorien soit remplacé par des cantilènes aujourd'hui à la mode. (...) Nous devons vus avouer que des requêtes de ce genre Nous ont gravement troublé et beaucoup attristé. On en vient à se demander d'où est née et pourquoi s'est diffusée pareille mentalité et pareille souffrance autrefois inconnues. (...) les choses dont nous venons de parler arrivent après que le concile Vatican II s'est expressément et solennellement prononcé sur ce sujet et après que des règles claires et précises ont été énoncées dans les Instructions. Dans une de ces Instructions destinée à la mise en pratique de la Constitution sur la Liturgie, il est précisé que "dans la célébration chorale de l'office divin, les clercs sont tenus de conserver la langue latine". Une autre Instruction qui a pour titre "De la langue à employer dans la récitation de l'Office divin", publiée le 23 novembre 1965, confirme ce précepte. (...) Donc, et jusqu'il en soit établi légitimement d'une manière différente, ce sont là les lois en vigueur: elles réclament cette obéissance qui doit être la caractéristique première des membres des communautés religieuses (...). Et puis, il ne s'agit pas ici seulement de conserver la langue latine dans la récitation chorale de l'office divin (...) mais il s'agit aussi de conserver intact le décor, la beauté et la vigueur originelle des prières et des chants. Il s'agit là de l'Office divin chanté au choeur avec "les suaves accents des voix de l'Eglise" (Cf. S. Augustin, Confessions, IX, 6) que vos fondateurs, vos maîtres et les saints du Ciel, luminaires de vos familles, vous ont transmis. Il ne faut pas délaisser les traditions de vos pères qui, pendant de longs siècles, vous ont donné lustre et renommée. De plus, cette manière de réciter l'Office divin au choeur fut une des principales raisons de l'unité solide de vos familles et de leur heureux développement. On est stupéfait, donc, d'apprendre que, sous l'effet d'un trouble imprévu, cette manière de prier est jugée désormais, par certains, dépassée. Dans les conditions actuelles, quelle langue, quel chant pourront-ils remplacer ces formes de la piété catholique que vous avez utilisées jusqu'à maintenant? Il faut réfléchir et empêcher que ne naisse une situation pire, une fois que vous auriez rejeté votre glorieux héritage. Il y a, en effet, le danger de voir l'Office choral réduit à une squelettique récitation, dont vous seriez les premiers à éprouver la pauvreté et qui engendrerait vite l'ennui. Et puis, il y a un autre problème: est-ce que tous ceux qui veulent écouter les prières sacrées continueraient à fréquenter en aussi grand nombre vos églises si n'y résonnait plus l'antique et originelle langue soutenue par un chant plein de gravité et de dignité? (...) Sans doute la langue latine offre-t-elle aux novices de vos saintes milices quelques difficultés, même assez lourdes? Mais celles-ci ne sont pas telles qu'elles ne puissent être surmontées, spécialement dans vos maisons où, loin des préoccupations et des agitations du monde, vous pouvez facilement vous appliquer à l'étude des lettres. Du reste, ces prières pleines de force et de noble majesté, continueront à attirer à vous les jeunes appelés au service de Dieu. Au contraire, si on ôtait au choeur cette langue qui dépasse les frontières de toute nation, et qui resplendit de force spirituelle, si on le privait de cette mélodie - le chant grégorien - qui jaillit du plus profonde de l'âme, il ressemblerait à un cierge éteint qui n'illumine plus et qui n'attire plus à lui les yeux et les esprits des hommes. Quoi qu'il en soit, fils très chers, les requêtes susdites sont si importantes qu'il ne Nous est pas possible de les accueillir actuellement et de déroger aux règles fixées par le Concile et les Instructions que nous avons rappelées. (...) de la même Eglise qui, pour des raisons pastorales et la commodité du peuple, qui ignore le latin, a introduit dans la Sainte Liturgie, l'usage des langues vulgaires, vous recevez aujourd'hui le mandat de conserver - tant en ce qui concerne la langue qu'en ce qui concerne le chant - la traditionnelle dignité, la beauté et la gravité de l'Office choral. Obéissez donc avec un esprit sincère et tranquille aux préceptes que Nous vous donnons. Ceux-ci ne sont pas dictés par la nostalgie des vieilles coutumes, mais par notre amour paternel envers vous et exigés par le zèle du culte divin ».

 

On sait que Paul VI fut très peu obéi et qu'il n'aurait pas été davantage suivi en se montrant plus ferme : les temps étaient à la contestation. En France, l'une des grandes abbayes qui conserva intégralement le latin et le chant grégorien fut Solesmes. Ce ne fut pas sans difficultés : elle fut considérée comme réfractaire au Concile et de très nombreux évêques de France déconseillèrent vivement ou interdirent même à leurs prêtres et à leurs séminaristes d'y faire des retraites... Pour dissiper les malentendus et encourager les moines bénédictins de la famille solesmienne à poursuivre dans la voie qu'ils avaient choisie et qui était celle de la fidélité aux enseignements conciliaire ainsi qu'à ceux de leur père fondateur, Dom Guéranger, le pape Paul VI écrivit personnellement au T.R. Père Abbé de l'époque, Dom Jean Prou, qui avait à diriger sa prestigieuse communauté dans un contexte particulièrement difficile.

 

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