« Qu’elles étaient gentilles ces dames catéchèses de mon collège, chargées d’une mission assez indéfinie auprès des enfants de mon âge, au sein d’un établissement catholique qui ne savait plus très bien où il en était ! Gentilles, et d’une compétence inversement proportionnelle à leur gentillesse. Elles seraient bien surprises de connaître le résultat de leur travail, les dizaines d’agnostiques qu’elles ont consciencieusement produits. Mais qui le leur dira, avec la charité nécessaire et la délicatesse si difficile à employer à l’égard de personnes volontaires et dévouées ? Mes parents m’avaient donc inscrit dans un collège catholique sous contrat, où mon père et mes oncles avaient usés leurs fonds de culotte à l’époque des prêtres en soutanes et des supérieurs qui ne rigolaient pas. Sans doute pensaient-ils que j’y recevrais une formation sérieuse, y compris sur le plan spirituel, puisqu’ils ne m’ont jamais proposé d’autre activité religieuse qui, il faut bien le dire, aurait été vue comme une forme de bigoterie dans la bourgeoisie catho-libérale qu’ils fréquentaient. Au début des années 1980, assommés par l’élection de François Mitterrand, ils avaient puissamment contribué aux manifestations monstres contre le projet de grand service public unifié de l’éducation porté par le ministre Savary, et avaient eu la satisfaction de remporter la victoire que l’on sait. Victoire à la Pyrrhus, l’histoire l’a montré, mais victoire tout de même. Que voulaient-ils ? Sauver la notion même d’école libre, car ils étaient convaincus de la différence notable entre le public et le privé. Mes bons parents pensaient sincèrement que l’enseignement privé était catholique, et se démarquait par cela des enseignants syndiqués du collège d’en face, où l’aumônerie était reléguée de l’autre côté de la rue. Funeste illusion, à laquelle tous se sont laissés prendre, et qui perdra le peu qu’il restait d’indépendance de l’enseignement libre. Mais nous n’en sommes pas là. Les écoles catholiques étaient déjà en pointe de ce qu’il faut appeler « l’esprit du Concile » ; elles le sont toujours. Dans mon établissement un comité Théodule avait pondu un texte admirable, garni de poncifs déjà éculés et de références à Vatican II (qu’aucun de ses membres n’avait étudié), intitulé « Projet pédagogique » (à moins que ce ne fût « Projet Pastoral ». Peu importe.) On y trouvait des phrases splendides :

 

- Construire l’Homme et dire Dieu ; 

- Ouvert sur le monde, respectueux des origines philosophiques, des situations sociales et familiales, ... doit s'enrichir de la différence en restant accueillant à tous ; 

- Etablissement catholique où il existe une proposition de la foi animée par l’esprit de l’évangile et le développement de valeurs : tolérance, solidarité, respect.

 

Vainement y aurait-on cherché une définition précise de l’éducation authentiquement catholique, de la foi, de la vérité, du but poursuivi. On y trouvait, au contraire, tous les mots creux, les mots obligatoires dans une perspective moderne et débarrassée de toutes les vieilleries anté-conciliaires : ouverture, tolérance, humanisme, accueil des différences, proposition de la foi, égalité, fraternité, justice et paix. Tous ce mots qui ne signifient pas grand-chose, et que tout un chacun interprète comme il l’entend. Nos gentilles dames catéchèse étaient imprégnées de ces songes creux et nous en imprégnaient à leur tour, sans grand succès d’ailleurs, car leur autorité limitée n’empêchait pas que nous accomplissions durant leurs cours des tâches autrement plus passionnantes que la matière « enseignée ». C’est au cours d’une de ces fameuses séances que j’ai appris le mode d’emploi d’un extincteur, et l’extrême sensibilité de la gâchette qui permet de propulser d’un doigt délicat un jet de mousse sur la gentille dame... Durant mes années de collège, j’ai vaguement entendu parler de drogue, de racisme, de violence ; de Martin Luther King, de Nelson Mandela et d’Oscar Romero. J’ai fait des avions en papier avec le fichier catéchétique joliment intitulé « Joie de Vivre », rempli de photographies représentant des adolescents heureux de jouer au football. J’ai inscrit des slogans sur des ballons et découpé des étiquettes à coller sur un arbre en carton ; j’ai assisté à des « célébrations » dignes d’un spectacle de Guignol dont on aurait supprimé l’aspect hilarant ; j’ai colorié, peint, médité sur des textes insipides ; j’ai participé à des « temps forts » qui n’avaient de fort que l’ennui qui s’en dégageait ; j’ai suivi la retraite au cours de laquelle, entre deux répétitions de « Je crois en Dieu qui chante », j’ai contribué à rédiger une profession de foi non catholique ; bref, j’ai perdu des dizaines d’heures à ne rien apprendre, sinon à mépriser ces platitudes et celles qui les proféraient, ce qui, j’en convient, n’était pas très chrétien.

 

Mais qu’on se rassure, je n’ai jamais été endoctriné par un dogme vivant et issu de vingt siècles de réflexion ecclésiale. Pas un mot sur la Trinité ; pas une ligne sur les fins dernières ; pas un chuchotement sur les grandes vérités de foi ; pas un apprentissage de la fréquentation assidue des sacrements ; pas une minute devant le Saint Sacrement ; pas un geste de profond respect devant le Corps du Christ. Rien de toutes ces idées inutiles n’est jamais venu polluer mon éducation catéchétique en milieu scolaire. Et après, certains se plaignent que les églises sont vides ? Mais, mesdames les catéchistes, où sont vos élèves d’il y a trente ans ? Que sont devenus les enfants à qui vous avez fait lire « Pierres vivantes » ? Quel est le sens de la vie des hommes et des femmes passés entre vos mains expertes, sinon celui de la consommation, de la jouissance, du matérialisme, du narcissisme et du moi d’abord ? Quels sont, parmi ceux- là, vos successeurs dans cet enseignement inénarrable ? Voyez le résultat : il n’est pas brillant. Il paraît que les choses changent ; je le crois volontiers dans quelques rares établissements dont le directeur a eu la chance d’échapper à ces niaiseries, et bénéficie d’une solide formation spirituelle. J’en connais un et je sais les difficultés auxquelles il est confronté pour épurer les équipes d’aumônerie vieillissantes. Mais dans la plupart des écoles, collèges, lycées catholiques, la formation religieuse demeure inexistante, facultative lorsqu’elle est proposée, et confiée aux mêmes incompétents qu’autrefois. Finalement, la vie chrétienne se limite à ce vague humanisme hébété, et à la « solidarité », au profit du CCFD et d’autres organismes à la catholicité douteuse. Entre une intervention du Planning Familial et une distribution de préservatifs dans la cour du lycée. Et on s’étonne que la plupart vivent en athée ? Ceux qui, comme moi, ont survécu à ce traitement sont des extraterrestres ou des miraculés. Deo gratias ! (1)

 

(1) A l’intention des dames catéchèses, cette expression latine signifie « rendons grâce à Dieu »

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