http://img.over-blog.com/300x304/0/21/41/34/liturgie/modernisme.jpgJuin 2012 : le nombre dramatiquement bas des ordinations sacerdotales en France ne serait-il pas le révélateur de cette crise dont il est question dans ces lignes et qu’on a longtemps cherché à minimiser tellement elle marque l’échec des pastorales mises en œuvre par des « clérocrates » se réclamant d’un Concile dont ils ont volontairement gauchi les enseignements ? Pour tâcher de répondre à cette question, il faut voir ce qui s’est passé d’une façon générale dans les séminaires, dans les paroisses et dans les diocèses. La « Ratio fondamentalis » publiée en 1985 fixait les modalités de la formation spirituelle, théologique et humaine que devaient avoir les futurs prêtres dans les séminaires diocésains. En France, ce document restera lettre morte. Assez rapidement, la direction des « grands séminaires » diocésains passe entre les mains de prêtres plus ou moins ouvertement « anti-romains » qui partent du principe selon lequel Vatican II ne pourra porter des fruits que si l’on apprend à en dégager l’ « esprit », c’est-à-dire si l’on sait « relire » les textes conciliaires pour les « réinterpréter » - c’est le terme alors à la mode - à la lumière de principes théologiques faisant la part belle à tout ce qui a le goût du neuf, de l’original, du moderne, d’opposé à une foi catholique que l’on pourrait qualifier de traditionnelle et populaire. Autrement dit, les séminaires diocésains de France deviennent tous, sans aucune exception, des laboratoires où s’expérimentent de nouvelles pastorales que les séminaristes, une fois ordonnés prêtres, devront introduire dans les paroisses où leur évêque les aura nommés. Sous la houlette des supérieurs de séminaires nommés par les évêques diocésains, les candidats au sacerdoce sont alors invités à se constituer en « équipes » qui deviendront rapidement de véritables « soviets » chargés d’éliminer le séminariste qui, par fidélité à la foi de l’Eglise et par obéissance au Souverain Pontife, refuse de cautionner des thèses théologiques hasardeuses et de se lancer dans toutes sortes d’innovations que Vatican II n’a jamais voulues. Car dans tous les séminaires de France, il devient vite obligatoire - ou plus exactement « normal » - de remettre en cause l’autorité du Pape et, ceci fait, de discuter tout ce qui vient de Rome ou de l’un des rares évêques de France osant rappeler la nécessité d’être unis autour du Successeur de Pierre. Bien entendu, dans un tel contexte, il devient aussi obligatoire de « réinventer » la liturgie, c’est-à-dire de refuser de mettre fidèlement en œuvre le Missel romain restauré à la suite du Concile : au cours des messes transformées en chantier liturgique permanent, les séminaristes doivent se tenir autour de l’autel avec les concélébrants pour, éventuellement, dire avec eux des « prières eucharistiques » qui auront été composées par l’une des équipes dont il a été question plus haut. Dans le même temps, il est « fortement conseillé » de railler des pratiques telles que les processions, le chapelet, l’agenouillement… et surtout l’adoration du Saint-Sacrement. Quant au latin et au chant grégorien que Vatican II a voulu conserver dans la liturgie, il ne doit absolument plus en être question. 

 

 

http://a401.idata.over-blog.com/500x410/0/21/41/34/2011/messe-cuisine.pngLe séminariste qui ne se prête pas à ce jeu de critique systématique du Magistère et de ses enseignements ou qui se montre réticent face aux excentricités liturgiques et aux aberrations théologiques est progressivement marginalisé. Il est ensuite accusé de ne pas « s’intégrer » aux équipes de séminaristes, puis soupçonné d’être une sorte de dangereux « crypto-traditionaliste » opposé à l’ « esprit du Concile » dont se nourrit la communauté chargée de former le « prêtre de demain » : enfin, il est très vivement « invité » à prendre quelques années sabbatiques durant lesquelles les Directeurs du séminaire s’emploieront à lui faire comprendre, avec toute la charité chrétienne dont ils sont capables, que son retour au séminaire n’est pas souhaité. Bien que le témoignage rapporté ci-dessous concerne un diocèse précis, il reflète parfaitement ce qui s’est passé dans l'ensemble des séminaires diocésains et interdiocésains de France : « (...) Monseigneur et ses vicaires généraux étaient vigilants vis-à-vis des « déviants » que nous étions, je n’avais aucun doute à me faire à ce sujet. Pas un clerc n'aurait pu faire illusion plus que quelques mois, même en s'y entendant à jargonner comme les prêtres à la mode. J’ai connu personnellement plusieurs séminaristes qui ont échoué alors qu’ils parlaient pourtant le « clergé français » sans accent. Ils savaient sans rire « réarticuler leur foi au niveau de leur vécu et se laisser « réinterpeller » par le questionnement existentiel d’une pastorale d'ensemble qui fait problème. Rien n’y fit. Soumis quotidiennement à la surveillance omniprésente et au lavage de cerveau d’une équipe de « révision de vie », ils ne purent tenir plus de quelques mois ou de quelques années, pour les plus coriaces, et furent éjectés par le système. Dans un régime de délation généralisée - on ne pouvait être ordonné ou même passer en année supérieure sans l’avis favorable de l’équipe -, celui qui faisait preuve de la moindre faiblesse, de la moindre réticence à hurler avec les loups ou à dévoiler chaque coin de son âme, était immanquablement suspecté quand bien même il eût tenu le coup du point de vue nerveux. Au bout de quelques « partages d’Evangile », on était en général catalogué et mis à l’index. Le moins rapide à s’ « apitoyer » sur la tiédeur progressiste des autres risquant d’être la victime de l’ « équipe », il régnait dans les séminaires un climat de surenchère tel que rien ne pouvait échapper aux autorités. L’évêque ou les responsables des vocations n’avaient même pas à intervenir. Les sulpiciens ou les carmes qui dirigeaient les séminaires détectaient sans coup férir les mal-pensants. Ceux-ci étaient convoqués chez le supérieur en fin d'année et on leur expliquait le plus sérieusement du monde qu’ils n’étaient pas épanouis, qu’ils n'avaient pas l’esprit d’équipe, qu’ils n’avaient pas une foi adulte... et que, pour leur bien, on leur conseillait de partir. Et même si l’évêque les avait en estime, il était inutile d’aller le voir. Celui-ci, terrorisé par les commissions ou les bureaux, « ne pouvait rien faire ». Il n’aurait pas osé s’opposer aux décisions du supérieur d’un séminaire régional. A supposer même qu'un jeune ait été assez fort pour résister au lavage de cerveau et donner le change au séminaire, il se trouvait rapidement confronté dans son diocèse à de tels cas de conscience qu’il lui fallait soit perdre son âme en participant à l’inacceptable, soit se mettre de lui-même hors jeu en exprimant un refus. Il faut savoir en effet que pendant les vacances scolaires et au cours d’une succession interminable de stages venant repousser à l’infini la fin de leurs études, les séminaristes se voyaient intégrés pour la pastorale dans des équipes de prêtres et de laïcs particulièrement « choisies ». Et là, que faire si le curé les invitait à participer à une Eucharistie qu’il disait en civil avec un bout de pain et un gobelet de rouge sur la table de cuisine, si un vicaire les envoyait après la messe remettre dans la boîte avec les autres ce qui restait d’hostie consacrées, s’ils devaient participer à une réunion où on expliquait aux jeunes que les « expériences » sexuelles étaient tout à fait normales, ou s’ils entendaient enseigner aux enfants du catéchisme que « Jésus était un homme comme les autres » ? Ou bien ils acceptaient une fois, et au nom de quoi auraient-ils alors refusé ou protesté plus tard, ou bien ils s'opposaient et c’en était fait de leur accession au sacerdoce. Ils étaient renvoyés pour cause d’inadaptation à la « pastorale du diocèse ». On connut même le cas, dans le diocèse de M., d’un jeune que l’évêque, Mgr Louis K., successeur de Mgr M., avait admis au diaconat, et qu’il refusa ensuite d’ordonner prêtre, le laissant dans une situation impossible au mépris du droit canonique. Ce diacre, qui avait le tort rédhibitoire de porter le clergyman, ne se laissa pas faire. Il engagea un procès à Rome contre son évêque, procès qu’il aurait gagné à coup sûr, car on ne peut refuser l'ordination sacerdotale à quelqu'un qui a accédé au diaconat en vue du sacerdoce, sauf pour des raisons graves touchant à la foi ou aux mœurs. Malheureusement, Mgr K. ne fut jamais condamné : le diacre, entre-temps, était ordonné prêtre dans le sud de la France par un évêque intelligent, et il retira sa plainte... Quelqu’un d'extérieur à la question imaginera peut-être qu'il suffisait à ces jeunes d'adopter un profil bas, d'avaler des couleuvres, de se taire et de feindre jusqu’à leur ordination. Après tout, n'était-ce pas être profondément fidèle au Saint-Père et à l’Eglise que de durer pour devenir prêtre malgré l’orage afin que Rome trouve plus tard dans les diocèses des hommes sur qui compter pour redresser peu à peu la situation, au fil des nouvelles nominations d’évêques ? En réalité, la chose était pratiquement impossible, et je ne connais que très peu de jeunes qui se soient crus autorisés en conscience à user d’un tel subterfuge et qui aient pu le mener à terme. Résister jour après jour au bourrage de crâne et à l’inquisition permanente d’une équipe de « révision de vie » pour laquelle vous taire suffit à vous rendre suspect représente déjà, aux dires de ceux qui en ont fait l’expérience, une performance psychologique peu commune. Certains jeunes, j’en connais, qui après avoir traîné de longues années dans les séminaires de l’époque ont finalement été écartés, y ont laissé leur santé mentale. Mais, plus important encore, une telle attitude fut jugée par beaucoup inacceptable sur le plan moral. On ne peut collaborer à ce qui est vraiment mal, même en vue d’un bien futur. De plus, il faut savoir que pour un séminariste appelé aux ordres, comme pour un prêtre, l’union vraie avec l’évêque est quelque chose de spirituellement très important. Bien peu de jeunes ont pu considérer qu'une sorte de duplicité provisoire était envisageable en ce domaine afin d’être appelés au sacerdoce. Et en admettant même qu’un évêque, plus ou moins dupe ou capable de davantage d’indépendance et de largeur d’esprit, ait appelé ces jeunes aux ordres (...), leur épreuve n’aurait pas pris fin pour autant. Le courage des évêques allait rarement jusqu’à soutenir ces nouveaux prêtres différents ou à les protéger des confrères et du conseil épiscopal. Or, vis-à-vis de ces jeunes prêtres en clergyman, très motivés, et décidés en tout à obéir scrupuleusement à Rome, la hargne des aînés, en civil, plus vagues dans leur enseignement et plus « horizontaux » dans leur action pastorale, est souvent très réelle. Elle prend quelquefois un tour difficilement imaginable pour un laïc, de la part de gens pour lesquels la tolérance est le grand enseignement du Concile. (...) » (1)

 

 

http://idata.over-blog.com/0/21/41/34/2011/annee70.gifAprès exclusion systématique des candidats au sacerdoce considérés comme trop « classiques », comme trop « traditionnels » (2) - c’est-à-dire, en réalité, respectueux des enseignements de l’Eglise et demandant que le Concile soit fidèlement mis en œuvre - ne restent plus dans les séminaires de France que des futurs prêtres gagnés aux idées les plus « progressistes ». C’est sur eux que l’on pourra compter plus tard pour généraliser des pastorales du relativisme ou même de la désobéissance (3) : ils n’auront guère appris que cela. Ce seront ces séminaristes-là, sans véritable formation, qui seront ordonnés puis qui, quelques 20 années plus tard, seront nommés curés d’importantes paroisses, vicaires épiscopaux, ou seront même proposés à l’épiscopat. Ainsi, le système mis en place se verrouille et s’auto-entretient, laissant facilement deviner que la crise sera d’autant plus longue et difficile à surmonter qu’elle se greffe désormais sur l’indifférence ou l’ignorance de très nombreux fidèles laïcs. Dans les paroisses, des jeunes vicaires s’emploient à mettre en œuvre le programme pastoral élaboré dans les grands séminaires. Soit que ces nouveaux prêtres sont eux-mêmes convaincus du bien-fondé des changements envisagés, soit qu’ils subissent des pressions telles qu’il ne leur est plus possible de remonter un courant qui semble tout emporter sur son passage. De fait, les rares prêtres qui célèbrent la liturgie comme l’a vraiment voulu le Concile, qui continuent à organiser des processions, des Vêpres et des Saluts du Saint-Sacrement, qui maintiennent la pratique de la confession individuelle… sont rapidement considérés comme des « trublions » dont les avis ne méritent pas d’être pris en compte. De plus, il arrive que ces prêtres soient ouvertement critiqués par leurs propres paroissiens qui trouvent anachroniques le maintien de certaines pratiques abandonnées partout ailleurs ; ces paroissiens manifestent leurs nettes préférences pour les « nouvelles façons de vivre un christianisme ouvert » et pour les « célébrations vivantes » que présentent les tenants d’une libre réinterprétation du Concile. Celui qui n’a pas connu les années de l’immédiat après-concile ne peut plus imaginer ce qui s’est alors passé dans les églises paroissiales et ce qu’ont vécu douloureusement les fidèles de cette période pour le moins agitée.

 

 

guitarPartout, en l’espace de seulement quelques semaines, la liturgie subit des bouleversements que personne n’osait imaginer avant le Concile ; partout elle est bouleversée sur la base de principes et de directives dont on ne trouve aucune trace dans la Constitution « Sacrosanctum Concilium » : le latin et le chant grégorien, que l’Eglise demandait de conserver dans la liturgie romaine, sont les premiers à faire les frais des changements. L’usage du chant grégorien est d’abord critiqué, puis drastiquement limité, et enfin carrément interdit afin d’être oublié le plus rapidement possible. Au point qu’aujourd’hui, dans la majorité des paroisses, les fidèles ne sont plus même capables de chanter un simple « Credo ». Dans le même temps, on semble découvrir que le latin est une « langue que l’on ne comprend pas » et qui empêche la « participation active » des fidèles à la liturgie. Curieusement, quelques années auparavant, son usage ne semblait troubler que très peu de pratiquants. Conjointement, les maîtres-autels sur lesquels, de mémoire de paroissiens, la messe avait toujours été célébrée, sont abandonnés - parfois même démolis à coups de pioches sur ordres de certains curés - pour être partout remplacés par des autels « face-au-peuple » qui sont généralement de simples tables placées en avant des chœurs pour être bien visibles des assemblées. Ces deux premières nouveautés touchant à la langue cultuelle et à l’orientation des célébrations imposent immédiatement une apparence inédite aux messes paroissiales et font croire aux prêtres qu’ils auront désormais à jouer un nouveau rôle. Ils devront être tour à tour « commentateurs », « animateurs », « entraîneurs d’assemblées », « compositeurs-interprètes », « showmasters » (4) au sein de célébrations devant conduire à l’oubli de tout ce qui se faisait et était signifié jusqu’ici par la liturgie de l’Eglise. Ainsi les changements qui affectent les formes rituelles entraînent-ils des modifications du fond. Et c’est précisément ce que souhaitent bien des prêtres de la nouvelle génération « formés » dans les séminaires dont il a été question plus haut. Mais ces premiers changements qui affectent la liturgie ne s’arrêtent pas là. Presque partout ils sont accompagnés d’un véritable rejet de tous les éléments qui permettaient de sacraliser et de solenniser les célébrations. Pêle-mêle, les calices et les ciboires sont remplacés par des coupelles en terre cuite ou des paniers en osier et sont vendus à des antiquaires avec les porte-cierges et les ostensoirs devenus inutiles ; les chasubles sont remisées au fond des placards d’où elles ne sortiront plus que très rarement puisque la nouvelle tenue du célébrant français est désormais l’aube flottante en tergal (dont on se demande encore comment il peut se faire que des prêtres acceptent de la porter tellement elle est d’un mauvais goût accompli qui confère une silhouette proprement grotesque) ; les groupes d’enfants de chœur sont peu à peu supprimés tout comme sont dissoutes les chorales dont le rôle est jugé inutile puisque ce sont maintenant les assemblées qui, au nom de la « participation active » doivent chanter sous la direction d’animateurs liturgiques qui semblent choisis plus pour leurs aptitudes à entrer dans le jeu de tel célébrant s’employant à ignorer les normes liturgiques que pour leurs aptitudes à aider au bon déroulement des célébrations ; tout ce qui permet de s’agenouiller au cours d’une messe, comme le demande le Missel restauré, est supprimé ; l’orgue à tuyaux est concurrencé par un « orgue » électronique permettant l’accompagnement de refrains ou de cantiques composés en toute hâte pour détrôner définitivement les pièces grégoriennes du « propre » et du « commun »… etc.

 

 

Partout se mettent en place de nouvelles façons de célébrer la liturgie. Elles ont toutes en commun d’être plus ou moins tributaires des marottes de prêtres poussés, grâce aux autels « face au peuple », à se comporter comme des « animateurs » de communautés au sein desquelles les sentiments de tel groupe de fidèles l’emportent sur le sens profond de la liturgie. Il arrive même assez souvent que ces nouvelles façons de (mal)traiter la liturgie deviennent l’occasion d’exacerber le narcissisme de certains célébrants, généralement ceux de la génération qui a été privée de véritable formation liturgique : on aboutit alors à cette instrumentalisation systématique de la liturgie dénoncée par le Bx Jean-Paul II dans sa Lettre « Vicesimus quintus annus » pour le 25e anniversaire de la Constitution conciliaire « Sacrosanctum Concilium ». Toutes ces façons de célébrer font perdre à la liturgie son harmonie et son unité : au lieu d’être l’action sacrée par excellence qui possède sa logique interne et son harmonie, elle devient le résultat d’un empilement plus ou moins composite de pratiques calquées sur le schéma du rite originel mais qui ne sont plus véritablement le rite lui-même. La célébration apparaît alors comme fractionnée en éléments plus ou moins disparates, comme composée d’instants sans cohérence capable d’induire une foi réfléchie et, chose absolument insolite, une liturgie mise en œuvre dans le strict respect de ce que demande l’Eglise passera pour « curieuse » ou insolite aux yeux des fidèles désormais habitués à des célébrations aléatoires. Car tel est bien le problème : à force de multiplier des liturgies dysharmonieuses et de permettre que toute célébration puisse être systématiquement agencée selon les goûts des célébrants et des assemblées, une messe dignement et fidèlement célébrée passe aujourd’hui pour une curiosité tandis qu’une messe soumise aux fantaisies d’un célébrant désinvolte passera pour « normale » puisque c’est désormais comme ça qu’est traitée dans la majorité des paroisses de France la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. (5) Plus insolite encore : de nombreux prêtres trouvent offensant ou incongru que des fidèles viennent leur demander de célébrer la liturgie en respectant le Missel romain actuel, tellement ils sont convaincus qu’ils respectent cette liturgie et qu’ils sont dans la droite ligne du Concile. Et si un groupe de fidèles demande que pour telle occasion, une messe soit célébrée qui soit respectueuse des normes données par l’Eglise, il lui faudra d’abord trouver un prêtre qui sache célébrer correctement, et ensuite obtenir du curé de la paroisse une autorisation pour qu’une telle messe puisse se faire : l’obtention d’une liturgie simplement « normale » s’apparente donc à un parcours du combattant alors qu’on ne fera aucune difficulté pour un prêtre qui accommode la liturgie à sa façon. Aujourd’hui, donc, la liturgie voulue par Vatican II semble sans arrêt osciller entre une indigence érigée sinon en norme du moins en habitude, et un « kitsch prétentieux » réservé à quelques fêtes paroissiales ou diocésaines ; quant à la mise en œuvre correcte de la liturgie, elle ne se trouve donc plus que très rarement, le mauvais goût semblant être la chose la mieux partagée au sein d’un certain clergé. 

 


betterinlatinLe fait que les fidèles ne soient plus choqués par tant de célébrations approximatives et miséreuses prouve bien qu’ils se sont habitués à ce que le soin porté à la liturgie ne soit plus une priorité, ne soit plus une nécessité ; par exemple, ils ne seront pas heurtés de voir qu’au cours d’une messe de la Fête-Dieu, le célébrant utilise un magnifique ostensoir mais mette les hosties destinées à la communion dans des corbeilles en osier, ou de voir que c’est une simple caisse couverte de tissu qui, utilisée comme autel, symbolise le Christ et est encensée, ou encore que tel évêque puisse se présenter habillé de façon proprement hétéroclite avec une magnifique chape dorée ancienne, une mitre ultra-moderne, une étole quelconque et une grotesque « aube-sac » en tergal portée sans cordon… Pourtant, n’est-ce pas l’accumulation de tant de ces maladresses et fautes de goût qui, ajoutée à la liberté prise par des célébrants peu formés, rend les célébrations si peu fascinantes que beaucoup croient à présent qu’en y ajoutant des gadgets qui n’ont rien à voir avec la liturgie (rondes d’enfants autour de l’autel, agitations de banderoles, animation liturgique, commentaires et explications, chants « qui plaisent »…), elles pourront demeurer attractives ? Les fidèles qui pensent que l’analyse de la situation faite ici est exagérée ou ne correspond pas à la réalité sont vivement invités à lire en détail la « Présentation générale du Missel romain » puis à comparer ce qui y est dit avec les messes qu’ils voient dans leurs paroisses ou même à la télévision et aussi avec les photos de messes trouvées sur les sites internet des paroisses : ils ne pourront que constater qu’un fossé profond sépare les pratiques actuelles de ce que l’Eglise a clairement établi en matière de culte divin.

 

 

Pour clore ces lignes, il reste à voir ce qui se passe dans les diocèses de France. Il apparait que dans chaque diocèse existent des commissions de liturgie ; leur création avait été envisagée par le Concile. Mais celles-ci sont à présent dirigées par des prêtres qui, appartenant à cette génération privée de formation solide, se sont souvent employés à encourager les expériences liturgiques illicites par le biais de publications largement diffusées dans les paroisses grâce aux appuis de maisons d’éditions qui avaient compris rapidement que l’intérêt porté aux questions liturgiques pouvait être lucratif. Ainsi ont été très largement diffusés dans toutes les paroisses des « fiches d’animation liturgique » et des « recueils de chants nouveaux » qui ont rapidement supplanté le Missel romain au point de devenir les seuls objets d’étude au cours de stages organisés pour les « animateurs liturgiques ». Ces derniers devenant alors les relais des prêtres gagnés à l’ecclésiologie nouvelle. Les rouages du « magistère parallèle » sont donc bien huilés ; au point que certains prêtres de la nouvelle génération qui aimeraient pouvoir célébrer la liturgie de l’Eglise en toute liberté n’hésitent plus à parler de « soviets » qui, au sein des diocèses, entravent toute velléité d’obéissance au Magistère et de réelle fidélité aux enseignements conciliaires. Cette situation n’est-elle pas sans porter un nouveau préjudice aux vocations sacerdotales ? Quel jeune, en effet, accepterait d’être prêtre en sachant qu’il devra exercer son ministère et vivre la liturgie eucharistique en étant contraint de sans cesse louvoyer entre les directives diocésaines les plus discutables et les instructions romaines les plus dignes d’être reçues dans un esprit de confiance ?

 

NOTES.
(1) Patrick CHALMEL, Ecône ou Rome ; le choix de Pierre. Ed. Fayard, Paris, 1990.
(2) Jean-Pierre DICKES, La Blessure, Ed. Clovis, Etampes, 1998 ; Cercle Jean XXIII de Nantes, Liturgie et lutte des classes, Ed. de l’Harmattan, Paris.
(3) « Depuis quelque temps, Nous avons donc eu bien des occasions d’évaluer la vitalité du catholicisme français. (...) Nous sommes très conscient, comme vous-mêmes, de réalités préoccupantes, par exemple : le problème des vocations et de la formation au sacerdoce, ici ou là des « liturgies inadmissibles », une apathie spirituelle de prêtres, de religieux et religieuses, une évolution surprenante de tel ou tel mouvement d’action catholique, l’admission, chez des personnalités ou des organismes officiellement catholiques, d’hypothèses ou de pratiques manifestement contraires à la foi ou à l’éthique chrétienne, et Nous avons le courage d’ajouter : un certain « complexe antiromain », selon le titre d’un ouvrage récent. (...) » (Cf. PAUL VI, Discours aux évêques français en visite ad limina, 5 décembre 1977.)
(4) Cardinal Joseph RATZINGER, Entretiens sur la foi, Ed. Fayard, Paris, 1985.
(5) Lorsque le Pape Benoît XVI est venu en France, des évêques ont dû expliquer aux fidèles que les messes que célébrait le Souverain Pontife étaient bien conformes à la liturgie restaurée à la suite de Vatican II.

 

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