De plus en plus de fidèles (apparemment plus de laïcs que de clercs) se mettent peu à peu au diapason de Benoît XVI et souhaitent une "réforme de la réforme" de la liturgie. C'est-à-dire qu'ils souhaitent des messes plus dignes, plus priantes, célébrées d'une façon que l'on pourrait qualifier de "plus classique"...
Dans le même temps, certains de ces fidèles pensent ou enseignent que le Missel romain dit "de Paul VI", c'est-à-dire celui qui a été révisé selon les principes conciliaires et approuvé par Jean-Paul II dans sa version actuelle, celui que devraient utiliser ordinairement les célébrants (mais qu'on ne trouve pas en France !), ne permet pas de mener cette "réforme de la réforme" dans la mesure où il contiendrait un certain nombre de pratiques qui, étant optionnelles, permettent à chaque célébrant de donner un tour personnel à la liturgie. En clair, le Missel "de Paul VI" favoriserait les improvisations en liturgie et tolérerait une part de désacralisation. Tel quel, il serait donc inutilisable pour mener à bien la "réforme de la réforme". Que penser d'une telle affirmation ? Abordons le sujet point par point.

 

 

 

1475616270.jpgPoint 1/4. Le Missel "de Paul VI" contient-il des parties "optionnelles" ?
Réponse : à l'article 24 de la Présentation générale du Missel romain (PGMR), on ne parle pas d' "options" mais d' "adaptations" qui "pour la plupart, consistent dans le choix de certains rites ou de certains textes, comme les chants, les lectures, les prières, les monitions et les gestes, qui répondent mieux aux besoins, à la formation et à la mentalité des participants, et qui sont confiés au prêtre célébrant." Il est clair qu'un célébrant ne peut pas choisir de son propre chef de faire ou de ne pas faire tel ou tel rite; il a uniquement la possibilité d'adapter certaines parties clairement précisées dans le Missel. Mais l'adaptation est légitime uniquement quand des circonstances indépendantes du célébrant font qu'on ne peut pas mettre en oeuvre l'intégralité du rite. Il ne faudrait jamais oublier que le Missel romain n'a pas été élaboré "que" pour quelques grandes paroisses parisiennes: il doit pouvoir être utilisé aussi bien par les catholiques du grand nord canadien que par ceux de Papouasie, aussi bien par un prêtre népalais que par un bénédictin de Solesmes... D'où une marge d' "adaptations" possibles. Au demeurant, de telles "adaptations" étaient déjà prévues avec le Missel dit "de S. Pie V" : il était possible, par exemple, de psalmodier le Graduel au lieu de le chanter, et aussi de remplacer les pièces grégoriennes du Propre par des cantiques... ce qui s'est d'ailleurs toujours fait dans 90% des paroisses de France et aussi dans grand nombre de paroisses des pays germaniques où était généralisée la Singmesse depuis le XVIIIè siècle. N'oublions pas non plus que dans les pays d'Afrique - pour ne prendre que cet exemple-là -, bien des missionnaires prenaient sur eux, avant Vatican II, d' "adapter" la liturgie au gré des circonstances rencontrées, tandis que d'autres adressaient à Rome une demande d'indult qui, généralement, était accordé mais arrivait trop tard vue la lenteur des services postaux à l'époque. Personne n'avait jamais été choqué ou offusqué de voir un célébrant se "débrouiller" le mieux possible avec les moyens du bord. Il faut donc comprendre que ce n'est pas tant l' "adaptation" qui pose problème ou qui peut choquer, mais l'esprit dans lequel elle est faite. Ce qui, par contre, n'a jamais été admis, c'est que des célébrants se permettent de transformer la liturgie de l'Eglise en une succession d' "adaptations" qu'ils ont eux-mêmes imaginées puis imposées. A ce sujet, la PGMR, au même art. 24, rappelle au prêtre "qu'il est le serviteur de la liturgie et ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la célébration de la messe."
Point 2/4. Le Missel "de Paul VI" favorise-t-il des célébrations où la dignité est moindre ou même absente ?
La PGMR précise, à l'art. 22 : "l'évêque doit s'appliquer à ce que les prêtres, les diacres et les fidèles laïcs comprennent toujours plus profondément le sens authentique des rites et des textes liturgiques et soient ainsi conduits à une célébration active et fructueuse de l'eucharistie. Dans le même esprit, il doit veiller à une dignité toujours plus grande des célébrations elles-mêmes, ce à quoi contribue tout particulièrement la beauté de l'espace sacré, de la musique et des oeuvres d'art." Il est donc clair que le Missel "de Paul VI" n'a jamais autorisé que l'Eucharistie soit célébrée par des prêtres se tenant mal, s'habillant mal, se groupant autour d'une caisse en guise d'autel, se réunissant dans un hangar au lieu d'aller dans une église. La désacralisation et l'enlaidissement des célébrations liturgiques que l'on constate dans une majorité de paroisse ne saurait donc en aucun cas être imputés à la liturgie post-conciliaire.
Point 3/4 : le Missel "de Paul VI" a-t-il introduit la célébration "face au peuple" ou a-t-il obligé à célébrer l'Eucharistie le prêtre étant tourné vers les fidèles ?
La réponse est très clairement "non". La généralisation de la célébration "face au peuple" est le résultat d'un autoritarisme exercé par des clercs peu formés à la liturgie.


 

Point 4/4 : le Missel "de Paul VI" a-t-il limité ou supprimé l'usage du latin et du chant grégorien ?
Là encore, la réponse est clairement "non". La PGMR, à l'art. 12, précise qu'aucun catholique ne peut nier "que le rite accompli en langue latine [est] légitime et efficace." A l'art. 41, la même PGMR rappelle que "le chant grégorien, en tant que chant propre de la liturgie romaine, doit, toutes choses égales d'ailleurs, occuper la première place."
On voit donc clairement qu'en respectant le Missel romain "de Paul VI" - comme le respectent de plus en plus de jeunes prêtres - il est possible de donner à la liturgie de la stabilité, de la beauté et de la dignité... comme l'ont souligné les Auteurs du "Cérémonial de la sainte Messe à l'usage ordinaire des paroisses" qui devrait être le livre de chevet de tout prêtre et de tout fidèle membre d'une équipe liturgique.
Ce qui pose problème - si problème il y a - ce n'est donc pas le Missel actuel restauré à la suite de Vatican II, mais le défaut d'obéissance chez un bon nombre de clercs et aussi, comme l'avait souligné le Cardinal Arinze dans une conférence donnée à Paris, le manque de formation solide de ces mêmes clercs. Probablement manque-t-il aussi une volonté épiscopale de mettre réellement en oeuvre les enseignements de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium ? Plus que d'une "réforme de la réforme" de la liturgie, c'est d'une réforme des mentalités dont nous avons grandement besoin.

 

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