Près d’un demi-siècle après Vatican II, le Cardinal Ratzinger écrivait : « (...) A l’époque de Guardini, c’est-à-dire en 1918, la liturgie était fort comparable à une fresque bien conservée mais presque entièrement dissimulée sous le badigeon d’une restauration plus tardive. Ainsi, dans le missel dont se servait le prêtre pour célébrer la messe, la structure originelle du rite était intacte ; mais pour le fidèle, cette structure disparaissait sous une quantité de commentaires et de dévotions privées. Le Mouvement liturgique et, après lui, le Concile Vatican II, ont permis de remettre au grand jour la fresque originelle; pendant un moment, nous avons été fascinés par la beauté de ses couleurs et de ses formes. Mais, sous l’effet des conditions climatiques et de fréquentes restaurations ou reconstructions, voici que cette fresque est à nouveau en danger. Si le nécessaire n’est pas fait, très vite, pour mettre fin à toutes sortes d’influences nuisibles, elle pourrait bien être irrémédiablement détruite. Bien entendu, il ne s’agit pas de recouvrir la fresque d’un nouveau badigeon : pour que sa redécouverte ne se transforme pas en une étape conduisant à sa perte définitive, il est urgent de la traiter désormais avec davantage de respect et de rechercher à nouveau son sens et sa raison d’être. » 

 

 

 

Bien des fidèles sont donc toujours dans l’attente d’une authentique mise en œuvre de la liturgie romaine dont la forme a été définie par la Constitution Sacrosanctum Concilium, tout en ayant conscience qu’un redressement de la situation ne sera pas chose facile tellement la ligne préconisée par le Concile, à savoir celle qui permet de situer la liturgie dans la vraie Tradition, semble avoir été totalement lâchée par certains clercs. Il règne donc, dans le domaine liturgique, une grande confusion qui engendre deux erreurs : la première consiste à croire que la solution se trouve dans l’instauration d’habitudes nouvelles qui seraient en rupture avec la tradition vivante de l’Eglise, la seconde à croire que la solution est à chercher dans la restauration d’habitudes anciennes confondues avec la tradition. Dans un cas comme dans l’autre, il serait opportun de suivre le conseil donné par Isaac le Syrien : « Craignez les habitudes plus que vos ennemis ». Il y a là, au fond, une idée assez simple permettant de mettre en question les habitudes, qu’elles soient nouvelles ou anciennes. L’habitude, en effet, étant néfaste en liturgie car étant le lieu du moindre effort, elle conduit à des comportements statiques et passifs. C’est donc la « tradition » authentique qu’il faut retrouver. Contrairement aux habitudes, la tradition exige un effort incessant de recherche pour se conformer progressivement à l’idéal qu’elle véhicule et signifie : c’est cet effort qui, en liturgie, dicte le comportement de celui qui vit et qui se montre véritablement dynamique - ce qui ne signifie pas être agité ou sans cesse occupé à « faire » quelque chose -. Dès que cette recherche de conformité à un idéal - ici de l’idéal liturgique - s’arrête, la tradition se transforme en simple habitude qui conduit inéluctablement à la mort de la liturgie. Et quand la routine s’introduit non seulement dans le domaine spirituel, mais aussi dans le contexte dans lequel s’accomplit la liturgie en tant qu’elle est la plus haute manifestation du spirituel, elle devient contrainte : et la contrainte alourdit et sclérose les célébrations liturgiques, les transformant en quelque chose d’ennuyeux auquel on assiste plus par devoir que par désir de « gaspiller » son temps pour Dieu. En liturgie, les « bonnes habitudes » ne sont pas contraignantes : elles libèrent l’esprit autant que le corps en évitant les efforts inutiles. « Libérer » : telle est bien la fonction des rites. Ces derniers nous apprennent à faire de la liturgie un acte moins contraignant, moins laborieux, moins factice. Les « bonnes habitudes », celles qui sont conformes à la tradition vivante et vivifiantes, sont acquises lorsque les gestes, les chants, les déplacements, les signes, les attitudes... sont effectués dans l’ordre voulu et aux moments prévus, de façon juste, afin de communiquer à l’assemblée bien plus que ne peut communiquer la seule sympathie du célébrant ou le caractère artificiel d’usages ajoutées au culte pour soi-disant le rendre plus vivant, ou encore les modifications inopportunes dans l’ordre des rites. Voilà pourquoi Jean-Paul II, puis Benoît XVI après lui, ont sans cesse rappelé que c’est l’attention et l’obéissance à la structure propre du rite qui manifestent la volonté du ministre d’accueillir avec une docile gratitude le don ineffable du Seigneur, pour le transmettre aux fidèles dans son intégrité et sa plénitude.

 

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