Celui qui tient à ce que la liturgie de l'Eglise soit respectée est-il meilleur chrétien que celui qui se contente des liturgies, bricolées, approximatives, adaptées, telles qu'on les trouve habituellement dans 99% des paroisses ?
Les fidèles qui tiennent à la liturgie de l'Eglise sont-ils de meilleurs catholiques que ceux qui acceptent de bon coeur les fantaisies liturgiques qu'impose un célébrant ?
Répondre "oui" à ces deux questions serait faire preuve d'un orgueil bien peu en harmonie avec l'esprit évangélique : « Je suis meilleur que les autres simplement parce que je tiens aux rites, au grégorien, à un certain faste, à l'effacement du célébrant... à de l'encens et à des dentelles... ».
En réalité, la réponse qu'on peut donner à la question posée ici n'est pas à chercher du côté de la prétention à se vouloir meilleur que d'autres quand on respecte les rites : car on n'est pas "plus catholique" quand on aime que les règles de la célébration précisées dans le missel donné par l'Eglise soient correctement mises en oeuvre. Il n'est d'ailleurs aucun rite qui puisse, même quand il est bien accompli, communiquer automatiquement la foi. Et il arrive même qu'on puisse aimer les belles liturgies et le chant grégorien par pur esthétisme et, au fond, ne pas être un chrétien exemplaire. 



 

 

priest32.jpgMais alors ? Qu'apporte de plus un respect de la liturgie qui, aux yeux de certains, pourrait passer pour quasi obsessionnel ?
En réalité, les questions devraient être formulées autrement : qu'est-ce que n'apporte pas une liturgie qui ne respecte pas les règles de la célébrations ? Qu'est ce que ne trouve pas le fidèle qui participe à une célébration approximative ?
Si, pour le fidèle, l'Eucharistie dominicale n'est qu'une amicale réunion de fidèles autour d'un célébrant cool et d'une animatrice "sympa", alors oui, le rite n'a pas besoin d'être respecté. Il vaut même mieux qu'il ne soit pas respecté puisque le premier but de la célébration sera d'être "festive" et "conviviale".
Mais si la célébration de Eucharistie est autre chose que cela, autre chose qu'une célébration de "l'être ensemble", alors la liturgie doit être capable de focaliser le fidèle sur autre chose qu'un célébrant cool, sur autre chose qu'une animatrice "sympa", sur autre chose qu'une chorale voulant favoriser la "participation active" à l'aide d'un répertoire fait de refrains rudimentaires. Si la liturgie est autre chose qu'une réunion conviviale de paroissiens, alors elle doit clairement se distinguer du simple rassemblement dans ce qu'il risque d'avoir de plus désacralisé, de plus paganisé. La liturgie doit alors clairement apparaître comme un acte d'Eglise qui exprime non des pieux sentiments mais la foi de l'Eglise. Et ce qui permet d'exprimer la foi de l'Eglise ne saurait ressembler à un empilement hétéroclite de pratiques chaque dimanche réinventées et dont le seul objet serait de maintenir le fidèle dans la chaleur du groupe mais pouvoir l'introduire dans la vie intime de l'Eglise.
Il est donc capital de savoir ce qu'une célébration pourra procurer, de savoir si elle sera de type "nombriliste", favorisant une distraction collective qui évite de réfléchir, ou si elle sera de type "cosmique", c'est-à-dire capable d'ouvrir l'assemblée vers un au-delà d'elle-même.
Les liturgies favorisant des formes de "nombrilisme" sont celles que l'on rencontre le plus souvent dans nos paroisses : elles ne permettent pas au fidèle d'aller plus loin que le célébrant, plus loin que l'équipe liturgique, plus loin que la chorale, plus loin que l'assemblée elle-même... laquelle joue souvent le rôle d'un miroir dans lequel le célébrant regarde l'effet qu'il produit ou cherche à produire. Ces liturgies-là sont de type narcissique et se révèlent bien vite incapables de procurer davantage que ce que les acteurs de la célébration auront été capables d'y amener.
Les liturgies "cosmiques", ouvertes sur l'infini, sont celles où le célébrant se fait oublier pour devenir comme transparent à l'Objet de la célébration; ce sont celles où l'assemblée elle-même devient génératrice d'un climat propice à la contemplation; ce sont celles où l'équipe liturgique s'efface totalement et où ce que chante la chorale ne vient pas se superposer aux textes et aux rites de la célébration mais s'y intègre harmonieusement en sorte que du signe de croix initial à la bénédiction finale n'apparaisse aucune aspérité.
Pour qu'il en soit ainsi, le célébrant doit veiller à ce que sa façon d'être dans sa fonction ministérielle soit capable de créer un dépaysement chez le fidèle : sa façon d'être doit aider le fidèle à se conduire comme il n'a pas l'habitude de se conduire; l'aider à faire des gestes qu'il n'a pas l'habitude de faire; l'aider à chanter des mots qu'il ne dit pas ordinairement... Voici donc le fidèle dépouillé de ce qu'il est ordinairement : mais c'est ce "désencombrement" de soi qui permet de s'ouvrir à la présence du Seigneur. Comment pourrons-nous accueillir Celui qui veut se donner si nous refusons de nous "désencombrer", si nous refusons de nous défaire de tout ce qui prend trop de place en nous, parfois même toute la place ?
Si donc le célébrant a l'obligation de respecter les rites reçus de l'Eglise, c'est parce que c'est par ce moyen qu'il s'efface, qu'il se rend transparent à la présence de Dieu, qu'il se refuse à se mettre devant le Seigneur. Si, au contraire, il donne à la liturgie une forme arbitraire, alors il interdit aux fidèles l'accès à la dimension "transtemporelle" de la célébration de la foi de l'Eglise : il ampute la liturgie de sa capacité à faire vivre le fidèle à un rythme capable de l'élever au niveau de la communion des saints, au niveau de la vie en Dieu.


 

Dans le livre qu'il vient de publier sous le titre de "Lumière du monde", Benoît XVI explique pourquoi il est important de donner au fidèle qui demande à rencontrer le Seigneur cette liturgie - la liturgie de l'Eglise et non celle du célébrant - qui permette cette rencontre : « Il s'agit de ne pas célébrer la liturgie comme s'il s'agissait, pour la communauté, de se présenter elle-même, en veillant à ce que chacun apporte une part de soi-même, si bien qu'au bout du compte seul ce "moi-même" serait important. Il s'agit plutôt de nous fondre dans quelque chose de beaucoup plus grand; de nous sortir en quelque sorte de nous-mêmes et de pouvoir aller plus loin. C'est la raison pour laquelle il est tellement important que la liturgie ne soit pas "bricolée", si je puis m'exprimer ainsi ». (cf. p. 143)
Quand la liturgie n'est plus respectée, est célébrée à travers des ajouts ou des modifications ou des suppressions, alors progressivement et insidieusement les fidèles sont conduits hors de l'Eglise et de la Tradition : peu à peu apparaît une nouvelle conception de l'Eglise qui ne réside plus dans l'institution mais dans simplement dans la dynamique de la Parole qui rassemble les croyants pour en faire une communauté locale de type luthérien.
Finalement, ce qui sépare les fidèles qui tiennent à ce que la messe soit correctement célébrée selon le missel romain de ceux qui sont moins regardants sur la question des rites est qu'ils ont chacun une vision très différente de ce que l'on peut trouver dans la liturgie et aussi une vision différente de ce qu'est l'Eglise. Les premiers ne sont pas meilleurs chrétiens que les seconds; mais ils ont probablement davantage conscience que la liturgie ne nourrit la foi que si elle échappe au "moi" de ceux qui en sont les protagonistes, que si elle ne se limite pas à célébrer un "être ensemble" conduisant à penser abusivement que la communauté locale puisse porter le nom d'Eglise alors qu'elle n'est qu'une cellule qui, pour vivre, doit conserver un lien avec l'organisme global dont la vie, précisément, passe par la liturgie commune.

 

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