http://www.introibo.fr/IMG/jpg/1102gdeshres.jpg« Prêtre diocésain depuis longtemps, je collabore en France à l’action pastorale sous la conduite d’un curé de plusieurs ensembles de paroisses. J’entre maintenant dans certains détails du service effectué en commun. Pour n’en citer qu’un, particulièrement problématique, j’évoquerai synthétiquement la célébration des funérailles à l’église. Premièrement les faits. Malgré nos efforts respectifs en tant que prêtres et notre soutien mutuel de bonne volonté, je constate que deux éléments principaux n’ont pu à cette heure être éradiqués de la célébration liturgique : les chansons profanes, et les textes de témoignages ou poétiques à la fois aliturgiques (échappant à la forme prescrite de la célébration) et déconnectés des fondamentaux du réalisme personnel de la mort et du contenu de la foi. Il m’est même arrivé qu’une personne de la famille qui venait de lire la première lecture, fit immédiatement à la suite un petit discours improvisé selon lequel une personne reste vivante tant qu’on ne l’oublie pas (j’ai froidement contredit tout cela en public dans mon homélie, et vous sentez l’ambiance…). Bien d’autres faits de cet ordre se sont produits, à la fois illégaux dans la forme et déviants quant au fond. Mais cette courte évocation suffira.

 

Deuxièmement, les questions de forme et d’organisation de l’Eglise : on constate une mentalité diffuse selon laquelle la forme liturgique est d’une part à la libre disposition de l’ensemble des acteurs pastoraux, et d’autre part à la libre disposition des familles qui s’adressent à l’Eglise, quel que soit leur rapport à l’Eglise et à la foi. Il s’ensuit que le ministère apostolique des prêtres est contraint de négocier leur pratique puis de faillir à leur devoir en ce domaine, qui relève pour une part du gouvernement apostolique de la liturgie. J’en veux pour preuve la célèbre citation de Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n°22 et les textes pontificaux ultérieurs. Il s’ensuit un curieux renversement ecclésiologique de la part des « acteurs pastoraux ». Qu’ils soient ou non pourvus d’une « lettre de mission » de provenance diocésaine, ils exercent en pratique une véritable « épiscopê » sur l’exercice du ministère apostolique des prêtres. Je crois qu’ils se prêtent à cela pour des raisons multiples correspondant à chacun selon des degrés divers : le manque d’instruction sur le formalisme ecclésial en liturgie (décentrement christocentrique et primauté de la grande Eglise) et sur les éléments de fond impliqués dans cette forme (la mise en acte de la foi apostolique en paroles et en gestes) ; la croyance infondée selon laquelle après Vatican II, les normes liturgiques de l’Eglise ne sont plus désormais qu’un outil pratique (c’est ici de l’utilitarisme) pour reconstruire la prière de l’Eglise selon les besoins de l’assemblée locale, qui sont immédiatement qualifiés de « pastoraux » et habillés de charité pastorale ; l’utilisation d’outil pastoraux largement publiés et comportant sans mandat un caractère normatif (« Tilt », « Signes d’Aujourd’hui », et autres usines pour la déconstruction-reconstruction de la liturgie) ; la croyance dans les fruits supposés de ce renversement et du refus de ce renversement, à savoir le retour ou le non retour à l’église de ceux qui s’en sont éloignés ; la croyance en le fait que la participation active des fidèles consiste à s’emparer du rite pour le reconstruire ; la croyance en le fait que les prêtres doivent désormais se plier à cette mise en actes de l’esprit du Concile et même de l’Evangile s’ils veulent rester attentifs à la demande des gens et rester fidèles au précepte de la charité pastorale envers les autres. On s’en tiendra là, pour noter que la direction normative de notre ministère se fonde désormais dans la demande des gens puis est relayée par les « acteurs laïcs de la pastorale » et qu’ainsi elle permet seule de garder l’orientation au Christ de l’exercice de notre ministère.


Troisièmement, les questions de fond dans l’action liturgique elle-même : quand on passe une chanson profane, je dis toujours qu’il faut faire volontairement l’impasse sur son absence de références chrétiennes, pour voir comment elle côtoie l’expression de la foi comprise dans le rite catholique ; c’est beaucoup plus instructif de voir comment cela « fonctionne ». Je ne prétends pas ici faire une analyse approfondie de la chanson française, mais j’évoquerai la manière fréquente qu’ont les gens d’entendre des chansons postérieures aux chansons à textes. Pour faire court, la chanson d’aujourd’hui est devenue une musique capable de faire « avaler » les paroles. C’est criant avec « Le paradis blanc » de Michel Berger, avec « Puisque tu pars » de Jean-Jacques Goldman, qui utilisent à des degrés divers le procédé de la phrase musicale « planante » et redondante. C’est très efficace pour provoquer l’immersion des cerveaux dans une problématique, et ici, dans une problématique fermée inscrite dans les paroles. Car il n’y a pas d’au-delà réel personnel dans ces paroles, ni d’au-delà réel de provenance divine cru par la foi. On a tout au plus l’invitation à une régression bienheureuse « anté-lapsaire » et primitive au sens des psychanalystes (Michel Berger), ou bien un appel au désir de perpétuation du souvenir pour maintenir le lien (Jean-Jacques Goldman). Ce ne sont donc que des processus psychologiques problématiques et peu analysés qui vont maintenir la permanence des vivants et des morts, et de leurs liens mutuels quand il y en a (chez Michel Berger, c’est même la relation qui a disparu pour faire place à une fusion dans le grand tout primordial). Ce sont ces processus-là qui seront convoqués et sacralisés par leur mise en marche dans l’église et en présence des prêtres. Quant aux textes lus par la famille et qui font le récit de la vie du défunt, on voit, comme pour les chansons, comment ils « fonctionnent » en liturgie. Pour faire court, ils fonctionnent comme une canonisation de la vie sans Dieu, sans la grâce, sans le salut, sans le péché, sans la miséricorde, sans les fins dernières, sans l’être de la personne, et sans apaisement durable de l’âme. Ils consacrent donc une religion séculière, subjectiviste, et humainement cruelle. Et ce sont les ministres sacrés qui, comme indiqué ci-dessus, qui sont, au nom de l’Evangile, convoqués à être ces druides stipendiés de cette nouvelle religion séculière et foncièrement cruelle. Pour cette religion prise au « télésubjectif », qui procède par accumulation d’éléments incompatibles pour aboutir à une complète retranscription du contenu de la foi par mode de séduction émotionnelle et intellectuelle, on aura favorisé l’éclosion d’une nouvelle classe de clergé civil, en phase complète avec les contradictions émotionnelles des personnes en souffrance qu’on laisse à elles-mêmes, et avec les officines bien connues de la laïcisation du sacré et productrices de la sacralité séculière. Pour cette religion, on aura favorisé l’éclosion d’un « clergé de la séduction » tout au service du séducteur…tout cela au nom du Christ et de l’Evangile.


Une des conséquences graves de tout cela, et non des moindres, est la subversion du ministère épiscopal sacré et du lien statutaire des évêques au Pape dans la proclamation de la foi divinement révélée. D’autres qu’eux exercent à leur place un véritable épiscopat sur leurs prêtres, renversent leur épiscopat sur nous qui sommes leurs prêtres. A la réflexion, cela provient en droite ligne de l’organisation interne de l’Eglise et de son rapport à la mentalité sociale. Il arrive qu’un curé de paroisses suffisamment formé s’en rende parfaitement compte, et qu’il cherche un temps à patienter, par souci d’accompagner les paroissiens habituels, épisodiques, en responsabilité, et même les non-chrétiens, dans l’attente aussi que soient publiées des orientations diocésaines dont les schémas préparatoires crient à ciel ouvert qu’on nage en plein dans le problème, quand ce n’est pas dans le délire. Face à cette situation traversant tant la mentalité sociale que le fonctionnement des responsables pastoraux, je dis qu’un homme de foi, vision et de sans froid qu’essaye quand même d’être un prêtre, n’échappe pas à la question permanente de l’objection de conscience devant un ordre illégitime et immoral, et de l’éventuel refus de célébrer. Lors de mon ordination de prêtre, l’évêque me demandait : « Voulez-vous célébrer les Saints Mystères avec foi, selon la tradition de l’Eglise ? » Je sais avoir répondu : « oui, je le veux…avec la grâce de Dieu ! » Cette grâce est bien nécessaire pour vivre en France une existence pascale, dans cet exercice actuel du ministère liturgique, sous la conduite de nos évêques diocésains, avec foi et espérance. Cette grâce est bien utile pour tenir en situation de pagaille où subsiste encore un espace de liberté fidèle. Cette grâce est encore plus nécessaire là où sont passées à l’acte de véritables constructions soviétiques de l’Eglise, en termes de structures, de rôles, de vocabulaire, et même de gestion humaine des prêtres. On s’entend dire parfois et au mot près, suite à une demande de précisions pour être assuré de célébrer correctement les funérailles : « La priorité ici, ce n’est pas la liturgie, mais l’évangélisation ad extra » ou pire : « Tu insistes sur la liturgie parce que tu es blessé ». C’est ainsi que le « oui » de toute ordination porte le risque de conduire non pas à l’attention, à la contrition et à la miséricorde, mais directement à l’hôpital psychiatrique. 

 

Dans son testament rédigé en 1965, le Pape Montini (Paul VI) avait inséré cette disposition lapidaire : « Niente monumento per me », « pas de monument pour moi ». Il suffit d’aller à la crypte de Saint-Pierre de Rome pour voir cela. Tout ce Pape-là était là. Toute sa réforme liturgique était là, qui se tourne simplement vers un Autre. Tout l’esprit des funérailles catholiques est là, qui s’ouvre au Sauveur. Tout le regard sur l’homme qui meurt est là, qui ne l’enferme pas ni ne s’enferme avec lui. Tout le style du ministère apostolique est là, qui montre le Mystère. Tout l’être de l’Eglise est là, qui est une Servante du Seigneur. Toute l’anthropologie chrétienne de l’homme image de Dieu est là. Tout le Christ en personne est là, qui a été exalté sur une Croix. Et tout le contraire relève d’une sacralité inversée et cruelle. »

 

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